L’intelligence artificielle bouscule le marché de l’art

InvestissementLa start-up italienne Kellify a mis au point un algorithme capable d’anticiper l’évolution de la valeur des tableaux.

En 2018, grâce à trois informaticiens français, un robot guidé par un algorithme réalisait une toile intitulée «Portrait d’Edmond Bellamy». Par la suite, cette peinture était adjugée pour 432 000 dollars par Christie’s.

En 2018, grâce à trois informaticiens français, un robot guidé par un algorithme réalisait une toile intitulée «Portrait d’Edmond Bellamy». Par la suite, cette peinture était adjugée pour 432 000 dollars par Christie’s. Image: DR

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«L’intelligence artificielle est plus apte à déterminer la valeur d’une toile que l’œil d’un expert qui a emmagasiné des siècles de connaissance sur l’histoire de l’art.» C’est en se basant sur une telle analyse que Francesco Magagnini démarre l’aventure Kellify. Avec cette start-up, cofondée avec Fabrizio Malfanti, il entend révolutionner le marché de l’art.

«Je ne connais rien à l’art»

«Moi-même, je ne connais rien à l’art, s’amuse ce geek originaire de Gênes et âgé de 31 ans. À la fin d’un entretien d’embauche, si un candidat m’explique qu’il est amateur de peinture, je suis obligé de lui dire qu’il ne peut pas travailler chez nous. Ses jugements esthétiques risqueraient d’influencer nos calculs.»

Kellify ne s’adresse pas aux chineurs et aux piliers des salles de vente mais aux banquiers, gestionnaires de fortune et autres gérants de family office qui considèrent l’art uniquement comme un bon investissement à conseiller à leurs clients. «L’avantage est que le marché de l’art n’est pas corrélé avec l’économie réelle. Il est plus émotionnel, basé sur le long terme puisque les plus-values se réalisent en général sur un horizon de quinze à vingt ans», explique Francesco Magagnini.

Acquisition ou placement?

«Nous ciblons des investisseurs qui ne veulent pas attendre vingt ans pour réaliser une plus-value sur leur acquisition», raconte l’entrepreneur italien. L’app Kellify se fonde premièrement sur un système de machine learning (apprentissage automatique) centré sur l’analyse de plus de 200 millions de transactions réalisées dans des ventes aux enchères au cours des trente dernières années. Chez Sotheby’s et Christie’s mais également dans des salles de vente plus modestes aux quatre coins du monde.

L’algorithme est également composé d’un réseau neuronal artificiel permettant de décortiquer les photos des œuvres en dizaines de critères non esthétiques puis de les traduire en équations mathématiques: dimension, année de création, signature, couleur, sujet, etc. Les réunissant dans un «GAN», soit un réseau adverse génératif, l’intelligence artificielle (IA) développe ses propres capacités d’analyse.

«Notre IA procède comme un cerveau qui devient de plus en plus efficace en connectant toujours davantage de neurones. Elle se transforme en une sorte d’intelligence collective de tous les critiques qui ont façonné le marché de l’art. Elle analyse les toiles mais également le comportement des acquéreurs. Elle peut déterminer qu’un Basquiat se vendra mieux à New York qu’à Tokyo ou, par exemple, qu’un cheval jaune sur un fond vert aura plus de valeur qu’un cheval vert sur un fond jaune», détaille Francesco Magagnini.

Disponible à 400 000 euros!

L’app sélectionne ainsi chaque semaine une centaine de toiles qui sont sur le marché. Elle détermine un prix d’achat conseillé et estime la marge de gain sur deux ans. «Mais si deux acquéreurs entrent en concurrence et font monter les enchères, notre évaluation devient caduque. Dans ce cas, nous conseillons d’abandonner l’enchère.» En plus de la peinture, l’algorithme est également disponible pour analyser grands vins et voitures d’époque.

Entrant dans la catégorie «conseil financier» et non pas «conseil artistique», l’algorithme n’est pas disponible pour les particuliers. L’abonnement à 400 000 euros, soit un peu moins de 450 000 francs, a de toute façon tendance à décourager les amateurs.

Toutefois, au contraire des fonds d’investissement, qui achètent en propre des œuvres contre des actions immatérielles de la société, les acquéreurs bénéficiant indirectement des services de Kellify pourront toujours accrocher leur acquisition au mur de leur salon.

Œuvre réalisée par une IA

Ce n’est pas la première intrusion de l’intelligence artificielle dans le marché de l’art. En 2018, trois jeunes informaticiens français ont fait exécuter un tableau par un robot guidé par un algorithme qui avait analysé des milliers de portraits réalisés aux XIXe et XXe siècles. Intitulé «Portrait d’Edmond Bellamy», le tableau a été adjugé pour 432 000 dollars par Christie’s.

Les artistes peintres doivent-ils se sentir menacés par la concurrence de l’intelligence artificielle? «Non, répond Francesco Magagnini. Kellify n’est qu’un instrument financier et le «Portrait d’Edmond Bellamy» est une croûte. L’art reposera toujours sur les émotions qui distinguent les hommes des machines. J’espère que les vrais collectionneurs continueront à acheter des tableaux sur des coups de cœur.» Nous voilà rassurés.

Créé: 21.07.2019, 18h03

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