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Le grounding a commencé, Berne doit sauver Swiss

Les autorités helvétiques et allemandes pourraient chercher à s’entendre pour sauver la compagnie suisse. Conséquence d’un deal datant du 23 mars 2005.

Photo d'illustration.
Photo d'illustration.
Keystone

Grounding presque total! Swiss International Air Lines ne vole quasiment plus. La compagnie n’exploite actuellement qu’un unique avion long-courrier et cinq court-courriers, sur une flotte de 91 appareils en tout. «Nous assurons actuellement moins de 10% des opérations prévues», confirme Meike Fuhlrott, porte-parole du transporteur. «Les acteurs de la branche du transport aérien ne disposent en moyenne de liquidités que pour deux ou trois mois», a prévenu en début de semaine l’Association internationale du transport aérien, dont les membres assurent plus de 95% des vols dans le monde.

Dans une telle situation, combien de temps Swiss peut-elle survivre sans aide de l’État? «Impossible de répondre! Du fait même d’une situation évoluant en permanence», reconnaît le président du directoire de la compagnie, Thomas Klühr. La situation du propriétaire de Swiss, le groupe Lufthansa, ne paraît guère plus rassurante. «Le volume de nos opérations a décliné jusqu’à leur niveau de 1955», indique le PDG du leader européen de la branche, Carsten Spohr. Son principal concurrent n’est pas épargné. «Avec cette pandémie du coronavirus, Air France/KLM n’aurait plus que deux mois de trésorerie d’avance», selon France Télévisions.

Dans ce contexte, une foule de compagnies d’aviation se pressent auprès des gouvernements occidentaux pour solliciter de l’aide. C’était encore un tabou l’automne dernier. C’est une tendance générale aujourd’hui. Swiss ne fait pas exception. Mais un problème de poids se pose avec cette dernière. Comment la Confédération peut-elle se porter au secours d’une entreprise appartenant entièrement à un groupe étranger? Lufthansa a en effet commencé à prendre le contrôle d’une Swiss lourdement déficitaire le 23 mars 2005. Pour seulement 340 millions de francs. En quinze ans, presque jour pour jour, la compagnie helvétique s’est ensuite profilée comme une vache à lait: elle a rapporté quelque 5 milliards de francs de bénéfices au cours de cette période.

Ces éléments restent vivaces dans certaines mémoires. Comme le démontre Thomas Matter, banquier zurichois et membre UDC (Union démocratique du centre) de la commission de l’économie du Conseil national. «La Confédération peut, certes, se porter au secours de Swiss. Mais seulement si elle-même, ou des investisseurs suisses, peuvent racheter la société.» Autrement dit recouvrer une participation significative dans son capital-actions. Mais l’importance d’intérêts stratégiques semble parfois peser davantage que celle de droits de vote d’actionnaires.

«L’histoire du succès de Swiss reste avant tout liée à son intégration dans le giron de Lufthansa. Cette situation lui a donné accès à un marché d’ampleur mondiale. Il est certain que la compagnie suisse s’illustre elle-même comme une structure fort robuste. Mais, exclue de l’alliance existante, Swiss ne pourrait pas assurer sa pérennité sur un marché aussi global», estime Thomas Hurter, conseiller national UDC et président d’Aerosuisse, association faîtière de l’aviation civile suisse. Chef économiste d’EconomieSuisse (Fédération des entreprises suisses), Rudolf Minsch insiste sur le même atout: «La compagnie d’aviation helvétique s’est positionnée de façon excellente sur le marché. Et cela grâce à son intégration au sein du groupe Lufthansa.» Tout indique dès lors que ce dossier devrait être abordé sous un angle bilatéral.

Sans avoir pu obtenir de confirmation, nous avons appris que, du côté suisse, les chefs des Département fédéraux de l’économie et des transports, Guy Parmelin et Simonetta Sommaruga, devraient se charger de la besogne auprès des autorités d’outre-Rhin. Ces deux magistrats rencontreraient alors sur leur chemin un certain Thomas Jarzombeck, agent du gouvernement allemand, responsable depuis deux ans de la coordination dans le transport aérien. Quelle que soit finalement l’issue de ces pourparlers, la dimension des enjeux restera immense pour la Suisse.

Swiss emploie 9500 collaborateurs et son chiffre d’affaires dépassait les 5 milliards de francs l’an dernier. Ses vols relient la Suisse à 100 destinations, réparties dans 45 pays, et 130 destinations dans 80 pays pour le fret. Le transport aérien génère 190'000 emplois directs en Suisse et, indirectement, plusieurs centaines de milliers d’autres jobs. La moitié des exportations helvétiques, en valeur, s’effectue en outre en avion. «Swiss s’illustre en plus comme une marque forte et une entreprise ambassadrice de notre pays», se félicite Véronique Kanel, porte-parole de Suisse Tourisme. Tenant compte de ces éléments, le président d’Aerosuisse manifeste des exigences: «Nous attendons que la Confédération accorde à Swiss un soutien en liquidités. Non pas à fonds perdus, mais sous la forme d’un crédit-relais, remboursé ultérieurement.»

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À Genève, atouts à préserver

La question d’un éventuel soutien financier de la Confédération au bénéfice de Swiss (voir ci-dessus) rappelle en plus les atouts à préserver dans nos aéroports. «En ce sens, cette compagnie joue un rôle majeur», rappelle le chef économiste d’EconomieSuisse (Fédération des entreprises suisses), Rudolf Minsch. Le financement et la modernisation des infrastructures aéroportuaires dépendent en bonne partie, il est vrai, du dynamisme de clients atterrissant et décollant tous les jours.

Principal client de Genève Aéroport, Easyjet ne souffre pas moins de la crise du coronavirus. L’établissement ne manque donc pas de se mobiliser. D’autant plus que sa direction a déjà eu connaissance de compagnies d’aviation se préparant à négocier des baisses des redevances à leur charge. «Nous prêterons toute l’attention requise aux demandes de nos clients et partenaires. Il s’agira de trouver ensemble les meilleures solutions», relève Madeleine von Holzen, porte-parole de Genève Aéroport.

À Kloten, la direction s’exprime à peu près sur le même ton. «Nous examinerons des concessions financières au cas par cas. Toute la branche souffre. Notre principale priorité porte sur la préservation des infrastructures de transport aérien en Suisse», note Raffaela Stelzer, porte-parole de Flughafen Zürich.

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