Genève pleure l’âge d’or des princes saoudiens

Arabie saouditeLa Rive gauche plaît à certains proches du nouveau roi Salman. Sera-ce suffisant pour y attirer des dignitaires de haut rang?

Le «palais» de Collonge-Bellerive appartient à l’une des épouses du roi Fahd.

Le «palais» de Collonge-Bellerive appartient à l’une des épouses du roi Fahd. Image: Georges Cabrera

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La bataille pour attirer en Europe le nouveau roi d’Arabie saoudite, Salman ben Abdul-Aziz al-Saud, promet d’être rude. Si le monarque se déplace, il entraîne dans son sillage toute sa cour, pour le plus grand bonheur des commerçants, traiteurs, fleuristes, jardiniers, gardes de sécurité, hôteliers et autres loueurs de limousines. Autant de retombées économiques en or massif.

Les Saoudiens vont-ils revenir à Genève, dans le sillage de leur nouveau roi Salman? Si le monarque n’y possède aucune maison, trois propriétés appartiennent, entre Cologny et Collonge-Bellerive, à la famille Sudaïri dont est issu le nouveau roi d’Arabie saoudite. La plus somptueuse, communément appelée «palais du roi Fahd», appartient depuis le décès du monarque (en août 2005) à l’une de ses épouses. Comme Salman, Fahd faisait partie du «clan des Sudaïri», les sept frères descendant de Hassa bint Saad Al-Sudaïri, considérée comme l’épouse favorite des dix-sept femmes du roi Abdelaziz Ibn Saud (1880-1953), fondateur de l’Arabie saoudite.

A Cologny, un autre Sudaïri, Sultan, qui faillit devenir roi, possédait aussi une vaste demeure. Après son décès en octobre 2011, elle a été léguée à onze membres de sa famille, qui se la partagent. En septembre 2013, la princesse Latifa, l’une des filles du roi Fahd, a aussi été séduite par le coteau de Cologny en achetant pour 57,5 millions de francs une vaste propriété de 18 800 m2 autrefois possédée par l’ancien président de la Confédération, le Genevois Gustave Ador.

La famille des Sudaïri a donc ses habitudes à Genève. Les Saoudiens s’y rendent surtout en été, lorsque la chaleur est trop étouffante dans leur pays. Mais ils savent aussi que la ville est un centre diplomatique qui compte. C’est par exemple depuis Genève qu’un prince saoudien – fils d’un Sudaïri – a annoncé une dissidence libérale en 2003, juste après l’invasion de l’Irak par les forces occidentales.

Redoubler d'efforts
Les milieux économiques proches des Saoudiens comptent redoubler d’efforts pour attirer à nouveau les dignitaires de haut rang. A l’exemple de Jacques Jeanbart, administrateur de Rolaco Group Services SA, société exploitant à Genève l’Intercontinental et le Crowne Plaza, dont les murs appartiennent à la famille saoudienne Al-Sulaiman Saud Abdulaziz. «La chaîne Intercontinental a, à travers le monde et surtout au Moyen-Orient et en Arabie saoudite, une longue expérience du marché, détaille Jacques Jeanbart. Et la direction de l’hôtel a des contacts réguliers avec la Mission d’Arabie saoudite.» Les Saoudiens sont friands de services traiteur ou hôteliers, et la direction des palaces se déplace dans la région une ou deux fois par année.

Tanya Molskaya, directrice de la communication de la compagnie aérienne PrivatAir, précise de son côté que le marché saoudien «représente 10% de nos vols charters». Elle se démène également pour maintenir les contacts avec cette clientèle. Mais la concurrence est rude: «Ces clients ont plus de choix aujourd’hui, entre Olbia, Malaga, Nice, Milan, Paris, Londres ou Beyrouth.»

La place financière genevoise représente aussi un atout de taille pour aimanter cette clientèle. Plusieurs banques à capitaux arabes y existent, même si l’une d’entre elles – Faisal Private Bank – s’est convertie il y a deux ans en société plus modeste. Eric Fiechter, ancien administrateur de la FPB, maintenant basé à Singapour, porte un regard aigu sur les relations avec les Saoudiens: «En Suisse, nous nous focalisons trop sur les aspects fiscaux, s’agissant des étrangers aisés, et pas assez sur le climat général. Les Saoudiens peuvent revenir. Mais ils doivent en avoir l’envie.» Des places comme Londres ou Singapour savent mieux les cajoler, ajoute cet avocat genevois. (TDG)

Créé: 15.02.2015, 16h59

Marbella a séduit le roi saoudien

Marbella possède une longueur d’avance sur Genève pour attirer le nouveau monarque. Salman peut déjà s’enorgueillir d’une avenue portant son nom dans la ville balnéaire andalouse. Mais surtout de posséder une vaste propriété de 200 000 m2, où il séjourne de manière régulière, en principe chaque été. «Si Salman devait venir à Genève, je doute qu’il habite dans une des trois propriétés des Sudaïri. Chaque prince veut résider dans sa propre maison», lâche un Genevois qui connaît bien les us et coutumes de cette dynastie.

«Depuis toujours, les Saoudiens ont apprécié Genève. Le fait que Sa Majesté le roi Salman n’ait pas une maison à Genève ne changera pas la donne», estime en revanche Jacques Jeanbart. Mais Marbella possède aussi un joker: son propre roi, Juan Carlos, qui est venu dans son palais. Les deux monarques s’apprécient. Entre rois, on se comprend à demi-mot.

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