Le gendarme de la finance libère la «crypto nation»

Nouvelles technologiesDe Genève à Zoug, le petit monde du Bitcoin et de la «blockchain» salue la tentative de la Finma de mettre de l'ordre dans un secteur opaque

Zoug est devenu l’une des principales plaques tournantes des levées de fonds participatives de type «ICO». Les dix plus importantes opérations de ce type ont eu lieu dans un canton qui se pose en «Crypto Valley» suisse.

Zoug est devenu l’une des principales plaques tournantes des levées de fonds participatives de type «ICO». Les dix plus importantes opérations de ce type ont eu lieu dans un canton qui se pose en «Crypto Valley» suisse. Image: KEYSTONE/ALESSANDRO DELLA BELLA

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«Cela fait des mois que nous attendions une prise de position des autorités. Ce n’est pas encore un texte de loi, mais on comprend enfin leur approche.» Le mot est de Robert Zaremba, ingénieur de la société zougoise Sweetbridge, rencontré la semaine dernière à Genève au Crypto-Breakfast organisé par le think tank 2B4CH. «Jusque-là, la FINMA se contentait de dire que ces levées de fonds n’étaient pas hors la loi. Désormais elle les différencie», détaille, en écho, Yves Bennaïm, créateur de cette association d’entreprises impliquées dans les cryptomonnaies et la technologie informatique blockchain.

Inhabituels, ces éloges saluent les premières règles édictées il y a dix jours par le gendarme financier helvétique afin d’encadrer ces financements participatifs d’un nouveau genre, que le milieu appelle «Initial Coin Offerings» ou ICO. Sauf que les souscripteurs reçoivent non pas des parts dans la société à laquelle ils amènent de l’argent, mais des… jetons.

Ces appels de fonds apparaissent déjà au centre de la «crypto nation» appelée de ses vœux le mois dernier par le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann, en référence à la «Crypto Valley» attirant par dizaines les PME du secteur à Zoug. Alors que d’autres pays, inquiets des bulles spéculatives entourant le bitcoin et ses avatars, sont tentés d’interdire ce type de financements participatifs. Ou leurs imposent le carcan de règles réservées aux «appels publics à l’épargne» classiques – exigeant l’obtention d’une licence bancaire ou la mobilisation d’une équipe d’avocats et de courtiers pour procéder au moindre emprunt. «Les cryptomonnaies sont un instrument spéculatif», assenait, cette semaine encore, la vénérable agence de notation S&P.

L’an dernier dans le monde, plus d’un millier de ces émissions de jetons ont été organisées sur Internet au profit de start-up qui auraient ainsi pu obtenir un total de 4 milliards de dollars de financement, selon un décompte du cabinet EY.

Rêve de Wall Street zougois

Les dix plus importantes levées de fonds de ce type dans le monde ont été orchestrées à partir du canton de Zoug, qu’il s’agisse de celle d’Ethereum – le système informatique concurrent de celui à la base du bitcoin – en passant par Bancor ou Tezos. Sur les bords du Léman, en décembre dernier, les 10 millions de francs obtenus en quelques heures par SwissBorg – société qui dit vouloir faire de la «cryptogestion de fortune» – ont fait le buzz.

Les promoteurs de ce système de financement participatif sur Internet, rendu possible grâce aux nouveaux réseaux informatiques de la blockchain, assurent que tout un chacun pourra parier 100 francs sur une PME à peine sortie de l’EPFL – placement aujourd’hui réservé à une élite fortunée. «Si la Suisse s’y prend bien, elle peut devenir le prochain centre mondial pour ces ICO, s’enthousiasme Olga Feldmeier, directrice générale de Smart Valor, autre société installée à Zoug.

Pour l’instant, les principaux bénéficiaires de ces levées de fonds ne sont pourtant pas des PME du Campus Biotech ou de l’EPFL, mais surtout des sociétés elles-mêmes actives dans le secteur des cryptomonnaies. Plus troublant, ceux qui leur amènent des fonds «sont souvent d’autres sociétés financières qui ont fait fortune en spéculant sur le bitcoin ou l’Ethereum mais qui n’arrivent pas à transformer en dollars ou en francs ces plus-values», note le spécialiste Robert Zaremba.

Promoteur actif des nouveaux services de transactions instantanées que permet la technologie de la blockchain, le fondateur du think tank 2B4CH reste des plus dubitatifs. Le but de ces ICO «n’est pas de vendre des parts dans une PME – c’est très réglementé – mais de collecter des donations dont on pourra faire ce que l’on veut», prévient Yves Bennaïm.

L’ombre de Ponzi

Le ressort du système? «Souscrire aux jetons émis par la société aussi tôt que possible – à prix réduit, avant même l’ICO proprement dite – puis attendre que ses dirigeants fassent du bruit dans les médias en disant qu’ils vont lever l’équivalent de quelques dizaines de millions de dollars», grince ce dernier. Il s’agira ensuite de les revendre, sur des plates-formes d’échange dédiées, à des nouveaux venus «qui n’ont pas compris que ces jetons n’ont pas de lien réel avec la valeur de l’entreprise», décrit le spécialiste. Une revente d’autant plus importante qu’il reste illusoire d’amener dans une banque les dollars obtenus en échange de ces crypto­devises sur un site de change ad hoc. «Elle vous dira qu’elle ne peut pas vérifier si ceux qui vous les ont versés ne sont pas narcos ou terroristes», explique le créateur de 2B4CH.

Autant d’alertes qui font résonner le risque d’arnaques pyramidales du type jeu de l’avion. Cette menace – et les enjeux liés à ces ICO, qui touchent aux fondements de la loi sur les sociétés – dépasse la FINMA. Il y a un mois, le Conseil fédéral a annoncé la création d’un groupe de travail sur ces financements participatifs qui prétendent révolutionner les marchés financiers.

Créé: 23.02.2018, 18h51

Venezuela, la pyramide du «Petro»

C’est une autre expérience d’appel public de fonds de type «ICO» qui est menée par un Venezuela exsangue. Celle de la monnaie virtuelle Petro, lancée par le gouvernement du président Nicolas Maduro.

Ce dernier a affirmé jeudi que les intentions d’achat s’élevaient déjà à 1 milliard de dollars. L’émission totale de 100 millions de petros doit durer jusqu’au 19 mars. L’État vénézuélien s’en réservera une partie. Le «prix de vente de référence» du Petro a été fixé à 60 dollars.

«Si c’était bien fait ce serait une première historique, mais là, le gouvernement vénézuélien surfe sur l’effet de mode et déploie à l’échelle nationale un stratagème qui va surtout permettre à quelques-uns de s’enrichir», grince le spécialiste des monnaies alternatives Yves Bennaïm.


P.-A.SA.

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