L'étrange cryptomonnaie Bilur veut infiltrer la Genève du pétrole

FinanceL'homme d'affaires Ignacio Ozcariz lance une devise gagée sur le brut. Des zones d'ombres entourent ce projet pour lequel 120 millions sont cherchés en Bourse.

L’homme d’affaires espagnol Ignacio Ozcariz et ses associés de la société.

L’homme d’affaires espagnol Ignacio Ozcariz et ses associés de la société. Image: Keystone

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L’homme d’affaires espagnol Ignacio Ozcariz et ses associés au sein de la société londonienne R FinTech ont fait miroiter mardi devant la place financière genevoise un projet de crypto-monnaie gagée sur des stocks de pétrole, baptisé Bilur. Le 21 avril, 154 297 Bilurs ont été mis en circulation après l'acquisition d'un million de barils de brut – soit un capital initial d'une cinquantaine de millions de dollars. A chaque Bilur correspond la valeur d’une tonne de brut, environ 356 dollars.

La mise en place de ce système de paiement parallèle nécessiterait de trouver 120 millions d’euros sur la Bourse de Londres, d’ici à la mi-juillet. Une enveloppe qui serait notamment utilisée à «l'acquisition d'autres sociétés» et à «l'obtention d'une licence bancaire en Europe», selon cet homme d’affaires.

Un bureau genevois chez le discret Cadoil

Genève est au cœur du dispositif. «Si on arrive à y convaincre la finance et le négoce pétrolier, tout sera facile», admet Ignacio Ozcariz en marge de la présentation organisée dans un bar avec vue panoramique sur la ville. Sa société est britannique mais le financier a installé ses bureaux chez Cadoil Trading, un négociant pétrolier crée en 2013 «grâce à des investissements en provenance d'Abou Dhabi», selon son site Internet.

«Si on arrive à y convaincre la Genève du pétrole, tout sera facile»

Présent au lancement du Bilur, Ramon Carrasco, le responsable de Cadoil, refuse de répondre aux questions, disant simplement «héberger» le créateur des Bilurs. Employant 35 collaborateurs entre Genève et Algeciras, la société de commerce pétrolier organiserait le négoce de 4,6 millions de tonnes d'hydrocarbures par an. Ce qui représente, à titre de comparaison, cela moins de 3% des cargaisons traitées un «traders» genevois de premier plan comme Gunvor.

Ponction de 3% par an

Cette monnaie virtuelle rejoint la longue liste des alternatives au Bitcoin – la plus importante d'entre elles – dont l'introduction en 2008 a été rendue possible par une technologie informatique révolutionnaire, le blockchain. Le Bilur se traitera grâce à un système blockchain concurrent, appelé Etherium.

Au fur et à mesure du développement du Bilur, la société promet que davantage de pétrole sera acquis. «Tout un chacun peut acheter du Bilur, à partir de 100 dollars et jusqu'à plusieurs millions par investissement», promet Usama Al-Ali, un des fondateurs de la société. Cette dernière se rémunère en ponctionnant «0,01% par jour du montant détenu par l'investisseur, soit un peu plus de 3% par an».

Le spectre des produits «titrisés»

Aux yeux d'Ignacio Ozcariz, le Bilur est tout autant un produit d'investissement «offrant l’énorme avantage d’une disponibilité immédiate» qu'un de moyen de paiement grand public, rôle qui lui est promis par la suite. Ce dernier est constitué de coupons gagés sur un stock physique de pétrole – ce que les financiers appellent un «asset based security» ou «ABS». Nombre de ces produits complexes – conçus par les experts de la «titrisation» des grandes banques à partir de prêts immobiliers américains – se sont retrouvés au cœur de la crise de 2008. «Nous avons créé le premier ABS adossé à un stock réel, physique, de matières premières», assure Ignacio Ozcariz.

«Un investissement très bête, du 3% par an sans risque»

Celui qui a commencé sa carrière dans l'aéronautique fait même miroiter «l'investissement très bête, du 3% par an sans risque», que permettrait actuellement la spéculation sur le Bilur. il consisterait à acheter la cryptomonnaie – donc, indirectement, des tonnes de brut – et à revendre dans la foulée une quantité équivalente de pétrole sur les marchés à terme, afin de profiter de la différence. Amateurs de loteries, faites vos jeux.

Mais qui a vraiment la clé du coffre?

Nul établissement reconnu – hormis celui de ses avocats et de ses comptables – n'apparaît dans l'architecture financière complexe échafaudée par R FinTech. Qui est responsable, in fine, du risque dit de contrepartie? Des entités du groupe. «Tout est parfaitement cantonné, aucune ne peut faire faillite», assure Ignacio Ozcariz.

«Nous contrôlons 200 millions de barils au Texas»

Quid des stocks de pétrole sur lesquels est basé tout le système? Ces derniers sont amenés par deux hommes d’affaires suédois mutiques. En marge de la présentation, Mikael Ericsson et Tommy Andersson, disent être actifs dans le pétrole depuis 2004 «en tant qu'investisseurs» via leur société USCG et assurent contrôler «200 millions de barils au Texas». Ils expliqueront ensuite que l'or noir est, en réalité, situé au fond de puits de la plaine du Hockley Salt Dome, contrôlés par James Trippon. Ce Texan bon teint se présente sur Internet comme descendant d'une famille de Houston, dans le pétrole depuis trois générations.

Plainte abandonnée dans le scandale Recol

En Espagne, le nom d'Ignacio Ozcariz a longtemps rimé par le passé avec Recol, société présidée par l'industriel et ancien ministre des Finances Juan Miguel Villar Mir, dont il a assuré la direction en 1999. Mise en Bourse au sommet de la bulle Internet, cette dernière a été par la suite accusée d'avoir dilapidé une grande partie de l'argent – 30 millions d’euros – obtenu auprès de petits investisseurs.

«Le juge Baltasar Garzón – démis de ses fonctions depuis – a fait alors tout le bruit possible contre nous», se lamentera l’homme d’affaires, recontacté à l'issue de sa présentation. En 2009, l'Audiencia Nacional, l'une des plus hautes instances juridictionnelles d'Espagne, a ordonné l'abandon de toutes les poursuites pénales et civiles à son encontre, assure le jugement et le casier judiciaire vierge fourni par ses avocats.

Créé: 02.05.2017, 21h38

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