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L'Espagne peut souffler, mais son économie reste fragile

Les marchés ont salué le plan d'aide européen aux banques espagnoles. Mais ce ballon d'oxygène n'a pas réussi à calmer les craintes des investisseurs sur la fragilité du pays.

L'annonce il y a un mois d’un plan de sauvetage de 23,5 milliards d’euros pour Bankia, la troisième banque espagnole par les actifs, a accéléré la mobilisation de la zone euro pour venir au secours de l’Espagne.
L'annonce il y a un mois d’un plan de sauvetage de 23,5 milliards d’euros pour Bankia, la troisième banque espagnole par les actifs, a accéléré la mobilisation de la zone euro pour venir au secours de l’Espagne.
AFP

Les marchés ont salué lundi l’annonce d’un plan d’aide européen pour les banques espagnoles, qui pourrait atteindre 100 milliards d’euros (120 milliards de francs), sans calmer les craintes sur la fragilité du pays, engagé dans un douloureux plan de rigueur, et sur son endettement.

L’Espagne, qui présente comme une victoire l’accord conclu avec les pays de la zone euro, parlant de «ligne de crédit» plutôt que de «sauvetage», a annoncé qu’elle poursuivrait les réformes engagées depuis le début de l’année pour redresser son économie.

En clair: plus de rigueur, au moment où le pays cherche à ramener son déficit public de 8,9% du produit intérieur brut (PIB) en 2011 à 5,3%.

L’exercice sera périlleux alors que l’Espagne, quatrième économie de la zone euro, retombée en récession au premier trimestre, se bat contre un chômage record de 24,44%, tente de contrôler le dérapage de ses 17 régions autonomes ainsi qu’un emballement de sa dette publique.

Pas de chèque en blanc

Et pendant que le gouvernement se félicitait ce week-end d’avoir évité un sauvetage global pour son économie, ses partenaires européns soulignaient qu’il n’avaient en aucun cas signé un chèque en blanc à Madrid, exigeant «des progrès» dans les réformes structurelles «en plus de l’assistance financière».

«Le gouvernement espagnol maintient son engagement à appliquer son programme de consolidation budgétaire et de réformes», a répondu lundi le ministère de l’Economie. En même temps, l’Espagne a annoncé qu’elle maintenait son programme de financement à moyen et long terme, soit 86 milliards d’euros pour 2012, déjà couverts à 56,8%.

Sur le marché obligataire, le taux d’emprunt à 10 ans de l’Espagne s’est nettement détendu, passant sous le seuil critique des 6%, alors que les taux quasi-prohibitifs atteints ces dernières semaines avaient fait redouter à Madrid de ne plus pouvoir se financer sur les marchés.

Cette poussée de tension, après l’annonce il y a un mois d’un plan de sauvetage de 23,5 milliards d’euros pour Bankia, la troisième banque espagnole par les actifs, avait accéléré la mobilisation de la zone euro pour venir au secours de l’Espagne.

Toujours la contagion

Les craintes également d’une contagion à l’Espagne de la crise grecque auront probablement aussi précipité les choses, à l’approche des élections dans ce pays le 17 juin.

La Bourse de Madrid, tirée par les valeurs bancaires, saluait elle aussi lundi le plan d’aide et dépassait les 5% un peu après l’ouverture, entraînant l’ensemble des places financières en Asie et en Europe. A midi, l’indice Ibex-35 gagnait 2,71%. A la même heure, le SMI de la Bourse suisse avançait de 1% environ.

Mais depuis samedi, en dépit de l’optimisme de façade affiché à Madrid, le ballon d’oxygène annoncé pour les banques espagnoles n’a pas calmé les inquiétudes sur la fragilité de l’économie du pays, le quatrième à recevoir une aide européenne après la Grèce, l’Italie et le Portugal.

«Il faudra encore voir si le prêt européen stabilise et rétablit effectivement la confiance des investisseurs envers l’Espagne, alors que la dette publique devrait augmenter encore d’environ 10% du PIB, rendant les finances de l’Etat espagnol encore plus vulnérables», s’inquiétait Lee Hardman, analyste de la banque Tokyo-Mitsubishi UFJ.

Un coût

Car le plan d’aide européen aura bel et bien un coût: il prendra la forme d’un prêt qui sera injecté dans le fonds public espagnol d’aide au secteur bancaire (Frob) puis distribué aux banques.

Un taux de 3 et 4% serait «raisonnable», selon un porte-parole de la Commission européenne. Si Madrid, qui doit présenter sa requête formelle avant le 21 juin, prend l’intégralité de l’enveloppe, soit 100 milliards d’euros, sa dette publique bondira de 10 points, de quoi atteindre un niveau d’environ 90% du PIB fin 2012.

Le scénario à venir dépendra donc en partie du montant demandé par l’Espagne. Alors que le Fonds monétaire international (FMI) a évalué les besoins de ses banques à 40 milliards d’euros, le journal «Cinco Dias» affirmait lundi que le secteur bancaire avait lui-même évalué le chiffre entre 58 et 60 milliards d’euros.

(ats)

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