Un Vert pour faire fleurir la finance durable

Place bancaire L’ex-conseiller d’Etat David Hiler prend la vice-présidence de Sustainable Finance Geneva. Explication.

David Hiler: «La part du patrimoine mondial dépendant des caisses de pension devient de plus en plus importante.»

David Hiler: «La part du patrimoine mondial dépendant des caisses de pension devient de plus en plus importante.» Image: STEEVE IUNCKER-GOMEZ

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L’idée lui serait venue à l’automne 2008. Après le krach provoqué par la chute de Lehman Brothers. David Hiler décide alors de soutenir Sustainable Finance Geneva, organisme visant à faire de Genève un centre d’innovation dans la finance durable. «Le fait que ce sont des banquiers et non plus seulement des ONG qui mènent cette réflexion m’a séduit», se souvient celui qui était alors grand argentier du Canton.

L’ancien conseiller d’Etat vient de prendre la vice-présidence d’une association qui vit maintenant grâce au soutien de l’organisme de promotion de la place financière, d’une grande partie des banques et de ses 350 membres. Objectif? Développer le biotope local de sociétés actives dans les investissements prenant en compte des critères environnementaux, sociaux ou encore l’intérêt d’actionnaires «grand public» comme les fonds de pension.

Les retards du pionnier

La place financière helvétique a «du retard dans l’investissement institutionnel», admet Anne-Marie Kortmoeller, directrice de Sustainable Finance Geneva. Le total de l’argent investi en respectant ces critères «durables» ne dépassent pas 200 milliards de francs, soit 3% des actifs sous gestion dans les banques suisses. A titre de comparaison, ce montant atteint 746 milliards en France.

Il y a dix ans, Genève se positionnait en pionnière de ces placements d’un nouveau type, mettant en avant un écosystème constitué de 400 ONG, du deuxième siège de l’ONU et d’une industrie financière occupant plus de 30 000 personnes. Dans le domaine du microcrédit – le pionnier genevois Blue Orchard a été fondé dès 2001 – près du tiers des fonds sont gérés depuis la Suisse. Et plus de 200 sociétés sont aujourd’hui directement liées à la finance durable.

«Le pays est en train de rattraper ce retard – le poids de la finance durable a quasi doublé en un an», complète Fabio Sofia, président de l’association et directeur chez Symbiotics, société spécialisée dans la microfinance qui a placé 3 milliards de francs depuis sa création. Le marché suisse a ainsi connu une croissance de 92% entre 2014 et 2015.

La spécialité des fonds d’investissement durables a, de son côté, vu son poids s’accroître de 16% l’an dernier, alors que le reste du marché stagnait. Selon Fabio Sofia, la clientèle fortunée serait «de plus en plus sensible à cette question» et «plus des deux tiers des gérants prévoiraient de l’intégrer dans leurs portefeuilles».

Pour une finance «réelle»

Ces compétences répondent à «un intérêt pour une finance axée vers l’économie réelle, ce qui a été la base du développement économique de la Suisse», appuie l’ancien président des Verts. A ses yeux, le levier disponible pour faire changer les comportements est «d’autant plus réel que la part du patrimoine mondial dépendant des caisses de pension devient de plus en plus importante».

Critiquée à l’étranger pour avoir abrité une clientèle fuyant le fisc, la place genevoise peut-elle devenir le pivot de la finance éthique? «L’échec du modèle bancaire qui a conduit à la crise de 2008 – aux antipodes de l’investissement dans l’économie réelle – reste celui de Wall Street et de la City, pas de la Suisse», rétorque David Hiler.

(TDG)

Créé: 04.09.2016, 21h51

Une Bourse sociale à Genève?

Ce n’est toujours qu’une esquisse. L’objet de rapports d’étude. Le projet de constitution d’une Bourse aux entreprises sociales installées à Genève n’en reste pas moins le plus ambitieux porté par Sustainable Finance Geneva. Dès 2012, il figure parmi les six recommandations émises par l’association. «Cette Bourse en est au stade du projet», reconnaît Anne-Marie Kortmoeller, directrice de l’association.

Les prochaines étapes planifiées sont «l’élaboration du business plan pour valider la faisabilité de l’idée». Ainsi que «la création d’un groupe de travail comprenant des sponsors influents pour réunir les ressources et soutiens nécessaires». Au Royaume-Uni, à Singapour ou au Canada, aucune tentative pour construire un tel marché «n’est parvenue à établir un modèle convaincant», relevait pourtant une étude de l’association publiée il y a un an. Dans ce document elle y voyait pourtant toujours une «opportunité à saisir».

A condition de s’appuyer sur un modèle différent: un partenariat étroit avec une bourse «classique», un système de cotation sociale «basé sur le marché» et «l’absence de restriction a priori quant aux entreprises souhaitant y être cotées». La Bourse sociale serait ainsi comme une alternative aux autres solutions pour connecter les investisseurs aux entrepreneurs sociaux: les fonds dits d’«impact investing», les plates-formes d’investissements participatif («crowdfunding») ou les bourses spécialisées dans les PME. Les objectifs fixés sont ambitieux. Au bout de cinq ans, un demi-millier d’entreprises y bénéficieraient d’une cotation sociale et environ 80 accéderaient aux capitaux, comme sur un marché financier classique. La route reste cependant encore longue.

P-A.SA.

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