Uber grandit au rythme des colères à travers la planète

TransportL'application du géant californien est disponible dans plus de trois cents villes. Presque partout, elle est contestée.


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Nairobi, Adélaïde, Bombay, Sofia, Albuquerque. Les noms de villes dans lesquelles Uber s’active jaillissent à un rythme inédit depuis que l’application, qui met en relation passagers et chauffeurs, a commencé ses opérations à San Francisco en juin 2010. Bolton, Bury, Oldham, Newcastle. En avril, la vague grise et noire – les couleurs de l’application – s’est surtout étendue au Royaume-Uni. Mais le cap symbolique a été jordanien: Amman est devenue, le 2 avril, la 300e cité à accueillir le désormais géant américain.

Accueillir? Ce n’est peut-être pas le bon mot. Quasi partout, les corporations de taxis ont manifesté leur colère face à ce nouveau concurrent qui ne respecte pas les règles traditionnelles de la branche. Même dans son bastion californien, la tension reste palpable. Dans l’Etat voisin du Nevada, le groupe a même été poussé à cesser ses activités. En Chine, ses bureaux ont été perquisitionnés à deux reprises ces dernières semaines. Partout ailleurs, les autorités politiques sont embarrassées: comment trancher entre la modernité incarnée par Uber et les règles – souvent inadaptées à l’évolution du marché – qui régissent les taxis? Les véhicules utilisant l’application controversée peuvent-ils emprunter les voies réservées aux transports publics? Doit-on considérer la compagnie comme une centrale de taxis et la soumettre aux règles du secteur?

Des tendances se dégagent
Comme le montre notre infographie, des tendances se dessinent. Dans la patrie de Mao, au Canada et en Europe de l’Ouest, Uber voit rouge, ses services sont souvent jugés illégaux par l’Etat. Les sanctions coulent, les mouvements de colère – voire de violence – foisonnent. A Lausanne, les taxis menacent de faire grève. Le Canton de Genève a infligé une amende de 35 000 francs à la filiale suisse d’Uber et près d’une quinzaine de chauffeurs utilisant son application ont été pénalisés.

Presque partout, Uber conteste, avec des armées d’avocats. La société a envoyé à la fin du mois d’avril une lettre au Grand Conseil genevois pour lui demander d’annuler son amende. La firme n’hésite pas non plus à solliciter ses usagers, qui lui sont généralement favorables: des pétitions comme celle à Genève – qui a recueilli plus de 15 000 signatures en deux semaines –, la compagnie en a lancé beaucoup d’autres. La multinationale en fait signer par exemple une actuellement en Floride.

Aux Etats-Unis, mais également au Vietnam, les signaux sont au vert – les règles se sont adaptées à Uber sous certaines conditions – ou à l’orange. Des projets de lois visent alors à régulariser le service. Mais pas à n’importe quel prix: de nouvelles réglementations à Hawaï ou Oklahoma City pourraient bien aboutir au retrait de la compagnie californienne – comme au Nevada. Genève, aussi, est orange. Pierre Maudet, le conseiller d’Etat en charge du dossier au bout du lac, devrait soumettre une proposition de loi sur les taxis au Grand Conseil cet été. Le Canton de Vaud pourrait également changer sa législation et passer d’une approche communale sur les taxis à un texte cantonal.

Idem à Zurich. La Commune alémanique, qui n’a jamais interdit l’application – d’où sa couleur bleue sur notre carte – pourrait inspirer la loi de tout son canton. Le bleu domine également au Royaume-Uni, en Amérique du Sud, dans les pays de l’Est européen, au Moyen-Orient. Uber y exerce ses activités dans le cadre réglementaire actuel.

La justice est saisie
Voilà pour les tendances. Qu’il convient de nuancer. Les choses évoluent en effet très vite. Le service UberPop, en France par exemple, n’était à la fin de 2014 pas jugé illicite et les politiques n’avaient pas décrété que son usage était illégal. C’est désormais chose faite. L’Union européenne (UE), malgré ses innombrables législations différentes sur les véhicules de transports individuels, a largement basculé dans le rouge depuis – et interdit les services d’Uber. Rien ne dit que ces interdictions ne se transformeront pas en projet de loi avant la fin de l’année. Uber a d’ailleurs déposé au début du mois d’avril des plaintes auprès de l’UE contre la France, l’Allemagne et l’Espagne, dénonçant des atteintes au droit de la concurrence.

Les services aussi varient. L’application de particulier à particulier (dite UberPop en Europe et UberX outre-Atlantique) est la plus décriée. Le fait qu’à Lausanne et qu’à Zurich elle ne soit pour l’instant guère critiquée est exceptionnel. A Genève, la compagnie propose par contre un service de chauffeurs professionnels (dit UberX, mais dans d’autres pays il peut avoir un autre nom), en général moins contesté.

En France, si la loi interdit UberPop, le service de chauffeurs professionnels ne pose aucun problème aux autorités politiques. Ce sont d’ailleurs ces dernières qui tendent à décréter qu’Uber se conforme ou non aux règles. La justice, qui sera souvent amenée à trancher in fine, s’est encore rarement prononcée.

En attendant, Uber continue de grandir. La société lancera une application cette semaine à Tallinn, en Estonie. Selon ses offres d’emploi, elle souhaite aussi étendre ses tentacules en Ecosse, à Macao et dans d’autres villes en Inde, en Nouvelle-Zélande, au Mexique et ailleurs. (TDG)

Créé: 10.05.2015, 20h13

Uber: fiche signalétique

Uber est une entreprise développant et opérant des applications mobiles de mise en contact entre passagers et conducteurs réalisant des services de transport.
Fondée en 2009 par l'entrepreneur américain Travis Kalanick.
Siège social: San Francisco.
Valorisation boursière estimée à 50 milliards de dollars. En juin, les investisseurs l'avaient évaluée à 17 milliards. Sa valeur a donc plus que doublé depuis l'été dernier.
Nombre d'employés dans le monde: 2900 dont 5 (bientôt 6) en Suisse romande.
Société active dans 60 pays.
Permet de réaliser environ un million de courses par jour rien qu'aux Etats-Unis.

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