A la tête de la BNS, une Genevoise combat le franc fort

Interview Andréa Maechler estime que «le franc reste nettement surévalué» face à l’euro.

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A 47 ans, Andréa Maechler, née à Genève avant de grandir à Nyon et d’étudier dans l’arc lémanique (The Graduate Institute à Genève, IDHEAP à Lausanne), fait partie depuis près de deux ans du trio qui dirige la Banque nationale suisse (BNS). Avant d’occuper ce poste, elle a fait carrière aux quatre coins de la planète, et en particulier au FMI. Interview.

L’euro vaut ces jours environ 1,08 franc. Quel est selon vous le taux supportable pour l’économie?

Il est clair que le franc fort représente un grand défi pour beaucoup d’entreprises en Suisse. Le niveau du franc est un facteur important pour l’économie suisse, mais ce n’est pas le seul. Le niveau des taux d’intérêt, comme l’évolution des prix et de la conjoncture internationale, est tout aussi important.

Le franc suisse est-il trop fort par rapport à l’euro

Nous pensons que le franc reste nettement surévalué. Ce constat est particulièrement vrai par rapport à l’euro, qui est la monnaie la plus importante pour nos exportations. Mais n’oubliez pas que notre politique monétaire ne tient pas compte d’un seul cours de change, mais de la situation pour l’ensemble des monnaies.

Quelles sont vos prévisions?

Pour 2016, nous prévoyons une hausse de 1,5% du PIB, et autant pour 2017. Le taux de chômage, qui était de 3,3% en décembre, reste bien inférieur aux 4% que nous avons connus en 2009, et aux 5% atteints au milieu des années 1990. Nous nous attendons aussi à une amélioration graduelle sur le marché du travail. Ces développements sont satisfaisants, compte tenu de l’environnement international difficile. Cependant, la croissance n’est pas basée sur une assise très large. Les exportations se sont maintenues, mais elles ont surtout été soutenues par la chimie et l’industrie pharmaceutique. D’autres secteurs sont plus à la peine.

En cinq ans, l’industrie suisse des machines a en effet vu son chiffre d’affaires baisser de 20%. Grâce à un euro plus faible, sa rivale allemande a enregistré une hausse de 10%. Que vous inspirent ces chiffres?

Le franc fort est un défi important pour cette branche, mais il n’est pas le seul. L’industrie des machines est aussi confrontée à des changements structurels et technologiques ainsi qu’à des besoins d’innovation – à l’instar d’autres branches. Prenons par exemple le commerce de détail: la montée du tourisme d’achat observée après l’abandon du cours plancher en janvier 2015 a certes joué un rôle, mais la situation à ce niveau semble se stabiliser. En parallèle, cette branche est confrontée à des défis technologiques, tels que la digitalisation et l’apparition de nouveaux canaux de distribution, ainsi qu’aux changements d’habitudes des consommateurs.

Estimez-vous qu’un essoufflement de l’horlogerie est de nature à modifier votre politique monétaire?

Le franc fort est effectivement un défi pour l’horlogerie, mais cette branche a aussi été confrontée à des problèmes conjoncturels, notamment à la forte baisse de la demande en provenance d’Asie. En outre, je vous rappelle que la BNS axe sa politique sur les besoins de l’économie suisse dans son ensemble, sans privilégier des régions ou des branches particulières.

On n’innove pas d’un claquement de doigts. Pourquoi la BNS ne se fixe-t-elle pas comme objectif un taux de change de l’euro à 1,10 franc pour que ces branches reprennent leur souffle?

L’économie d’un pays ne peut pas dépendre d’un seul chiffre «magique», même important comme le cours de change. Sa compétitivité est liée à sa capacité à innover et à répondre aux défis auxquels elle est confrontée. Les entreprises ont aussi besoin de bonnes conditions-cadres. Le rôle de la BNS n’est pas d’appliquer un taux de change particulier, mais bien d’assurer un cadre monétaire approprié, qui permette à l’économie suisse de bien fonctionner. Pour cela, notre politique monétaire repose actuellement sur deux piliers: un taux d’intérêt négatif et notre disposition à intervenir au besoin sur le marché des changes. Ensemble, ils nous permettent de contenir une appréciation excessive du franc. Mais il est clair que la situation reste difficile, bien que les entreprises en Suisse aient beaucoup mieux maîtrisé les difficultés que prévu en 2015.

Avez-vous estimé l’impact des taux négatifs sur les caisses de pension, qui concerne in fine les salariés et les rentiers suisses?

Nous examinons de très près ce domaine. Mon message est le suivant: ce n’est pas le coût direct du taux négatif qui représente le défi le plus important pour les caisses de pension, mais le faible niveau de rendement des placements à l’échelle mondiale. Les caisses de pension détiennent près de 5% de leurs actifs en liquidités, sur lesquelles les banques peuvent appliquer des taux négatifs. Par contre, le faible niveau de rendement à l’échelle mondiale empêche les caisses de pension d’atteindre les rendements nécessaires pour couvrir leurs engagements futurs. Il s’agit d’un phénomène mondial et en partie structurel, lié notamment à une croissance et une productivité basse. D’autres facteurs, comme la démographie, jouent également un rôle. Ce qui est sûr, c’est que le taux d’intérêt négatif de la BNS n’est pas une force motrice dans ce phénomène. Mais sans lui, le franc serait encore plus fort, ce qui aurait de lourdes conséquences tant pour notre économie que pour les caisses de pension.

Il y a dix ans, 624 personnes travaillaient à la BNS. Aujourd’hui, l’effectif se monte à presque 900 collaborateurs. Pourquoi cette hausse de 44%?

Si nous comparons notre effectif avec celui d’autres banques centrales, il reste très raisonnable. Cette hausse s’explique par la complexité accrue du monde financier depuis la crise. Nos tâches sont devenues beaucoup plus exigeantes, comme l’accomplissement de notre mandat dans le domaine de la stabilité financière. Nous devons gérer nos réserves de devises de manière intelligente et professionnelle, surveiller les marchés 24 heures sur 24, raison pour laquelle nous avons créé un bureau à Singapour. Nous devons aussi satisfaire à des exigences dans le domaine des statistiques et de la sécurité informatique.

Créé: 06.02.2017, 10h24

«Les caisses contribuent au franc fort»

Pourquoi ne pas exonérer les caisses de pension suisses, actuellement pénalisées par les taux négatifs? Peuvent-elles être comparées à des investisseurs – voire des spéculateurs – intéressés à acheter des francs?


La BNS applique le taux négatif aux avoirs que les banques détiennent à la BNS (au-delà d’un certain seuil). La BNS n’impose donc pas le taux négatif aux caisses de pensions. Ce sont les banques qui décident comment répercuter le taux négatif auprès de leur clientèle, que ce soit des caisses de pensions ou d’autres investisseurs.


Mais l’AVS est pourtant exonérée de ces taux. Deux poids, deux mesures?


Seuls les comptes de l’Administration fédérale centrale et des fonds de compensation de l’AVS, de l’AI et des APG – détenus auprès de la BNS – bénéficient d’une exonération. Accorder davantage d’exonérations diminuerait l’impact recherché par la mise en place des taux négatifs. En outre, les caisses de pensions ont contribué, comme d’autres investisseurs, à cette dynamique du franc fort. En effet, depuis le début de la crise, elles ont réduit leurs placements à l’étranger et rapatrié des fonds en Suisse. Si cette stratégie est raisonnable dans une optique individuelle, au total, elle pèse sur le franc lorsqu’elle est adoptée par toutes les caisses de pensions. R.R.

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