Pour les télécoms, l’heure est au rachat de médias

Médias Les unions entre opérateurs et éditeurs abondent. La Suisse n’est pas épargnée. Analyse.

La série culte «Game of Thrones» est sur le point d’appartenir à un opérateur téléphonique; son propriétaire actuel, le géant des médias Time Warner, devant être racheté par AT&T.

La série culte «Game of Thrones» est sur le point d’appartenir à un opérateur téléphonique; son propriétaire actuel, le géant des médias Time Warner, devant être racheté par AT&T. Image: DR

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Game of Thrones est sur le point d’appartenir à un opérateur téléphonique. La série télévisée la plus téléchargée au monde est en effet la propriété d’un géant des médias, Time Warner, qui devrait être racheté par AT&T pour 85 milliards de dollars, a-t-on appris le mois dernier. AT&T est un des deux plus gros fournisseurs de téléphonie mobile aux Etats-Unis.

Les rapprochements entre groupes de médias et opérateurs de télécoms se multiplient. Avant Time Warner, At & T a acquis le spécialiste de la télévision par satellite, DirecTV, en 2015. Un an plus tôt, il lançait un service de vidéo en streaming. Son concurrent Verizon a absorbé cet été Yahoo après avoir repris AOL en 2015. Comcast, après le rachat de NBCUniversal en 2009, a mis la main sur DreamWorks Animation. La 21st Century Fox de Rupert Murdoch, enfin, avait déjà tenté de racheter AT&T en 2014.

Au Royaume-Uni, British Telecom a acquis les droits du championnat de football britannique et diffuse ses chaînes sportives sur ses réseaux. En France, SFR a acquis cette année Altice Media Group (propriétaire des journaux Libération, L’Express) et 49% de NextRadioTV (BFM TV, RMC).

«Alliances logiques»

Les ventes des télécoms ne croissent plus sur leurs métiers traditionnels, la compétition s’est accrue, leurs marges sur la fourniture de données mobiles est faible. Les opérateurs regardent ailleurs pour trouver un nouveau souffle. Et s’ils optent pour les médias, c’est parce que leurs activités sont complémentaires: ils ont les câbles, autant avoir leur contenu pour élargir leur offre.

En Suisse, où le marché des télécoms est petit, multilingue et moins compétitif qu’à l’international, ce genre d’union se fait timide. Mais le marché helvétique sature aussi, selon Jérôme Schupp, responsable de la recherche au sein du groupe Syz. Il souligne que les ventes et les bénéfices du leader Swisscom tendent à s’éroder. «Je ne serais pas étonné qu’une joint-venture soit annoncée entre Swisscom et un groupe de médias bientôt, indique-t-il. Ces alliances sont logiques.»

Offensives en Suisse

Même son de cloche du côté de Ringier, un éditeur qui s’est allié l’an dernier avec la SSR et Swisscom pour créer Admeira. «Ce n’est qu’une régie publicitaire pour l’instant, mais qui dit que ces trois partenaires n’iront pas plus loin s’ils sentent qu’ils peuvent créer plus de valeur ensemble?» estime Jean-Clément Texier, président de Ringier France (lire aussi ci-contre).

En 2000, l’ex-patron de Vivendi, Jean-Marie Messier, avait racheté Universal. Une opération qui a, par la suite, subi la bulle d’Internet. Mais, aujourd’hui, le contexte n’est plus le même: en moyenne, chaque foyer en Europe de l’Ouest recense près de sept écrans différents. C’est tout ça de débit et de contenus en plus.


«Dans l’esprit du temps»

Trois questions au banquier d’affaires indépendant et président de Ringier France, Jean-Clément Texier.

Etes-vous surpris par la fusion entre AT&T et Time Warner?

Au contraire, la démarche s’inscrit dans l’esprit du temps. Les opérateurs de télécoms, pour valoriser leur business, tentent de marquer la différence via la fourniture de contenus provenant des médias. La fusion d’AT&T et de Time Warner traduit une volonté d’associer contenus et contenants. L’offre de canaux de diffusion doit s’intégrer dans un environnement toujours plus vaste et diversifié pour être attractif.

Pourquoi les firmes télécoms se rapprochent-elles des médias?

Les télécoms ne sont plus un marché en croissance sur leur métier de base. Grâce à la numérisation, les opérateurs véhiculent beaucoup plus de données qu’à l’origine, quand ils se cantonnaient aux conversations téléphoniques. Ils affrontent la sévère concurrence de Google et de Facebook, des quasi-médias qui déploient aussi leurs ramifications vers les télécoms. Aujourd’hui, le tuyau n’est plus la clef, la martingale c’est ce qu’on met d’intelligent et d’interactif dans le tuyau. Avec la 5G qui arrive, on mettra toujours plus, ce qui fidélisera la clientèle et assurera la conquête de nouveaux clients. Quant aux médias, imprimés ou audiovisuels, dont les revenus tendent à diminuer, ils y voient un relais de croissance ou une assurance survie.

Ces alliances sont-elles bonnes pour le journalisme?

La question essentielle est celle de la neutralité des réseaux. La Poste ne s’intéresse pas à ce qu’il y a dans nos lettres. Sur Internet, la même logique prévaut en théorie. Mais des menaces apparaissent sous des prétextes techniques comme la sélectivité des débits.

R.ET

(TDG)

Créé: 30.10.2016, 20h11

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