«Dans les télécoms aujourd’hui, il faut être grand»

TélécommunicationLe patron de British Telecom souligne l’importance du groupe qu’il dirige en Suisse et évoque une branche en révolution.

Sir Mike Rake: «British Telecom était un géant dormant; BT est désormais un géant agile, qui doit l’être encore plus!»

Sir Mike Rake: «British Telecom était un géant dormant; BT est désormais un géant agile, qui doit l’être encore plus!» Image: Laurent Guiraud

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La télécommunication est en révolution permanente. Les abonnements à réseau fixe sont remplacés par des offres multiple play, alliant ligne mobile, Internet, télévision et accès au cloud. Le secteur diffuse des contenus télévisuels, s’allie avec les éditeurs sur le marché publicitaire, avec les banques pour les paiements. Où va-t-on? Quid des prix? Et notre vie privée? Entretien avec Sir Michael Rake, président de British Telecom (BT), de passage à Genève.

Que fait British Telecom en Suisse?

La moitié des plus grandes entreprises de Suisse sont nos clients, de Nestlé à Credit Suisse, Procter & Gamble, Zurich Insurance Group, Glencore et d’autres négociants en matières premières. Notre succursale suisse, à Genève, emploie 150 personnes. Nous ciblons les multinationales, qui ont besoin d’un service globalisé. AT&T, Verizon, Orange Business Services sont nos principaux concurrents, puis il y a les acteurs locaux. Le marché est compétitif.

Est-ce que Swisscom est un concurrent?

Plutôt un partenaire. Eux possèdent les infrastructures et le réseau en Suisse. Nous collaborons avec deux autres fournisseurs en Suisse, Sunrise et Colt.

Pourquoi venez-vous à Genève?

Je me rends souvent à l’Union internationale des télécommunications (UIT) pour traiter de questions comme la gouvernance d’Internet et les standards globaux dans le secteur.

Vous avez évoqué la possibilité d’une joint-venture avec Deutsche Telecom. Pouvez-vous nous en dire plus?

BT vient de racheter EE, une compagnie de téléphonie mobile, qui appartenait à Orange et Deutsche Telecom (DT), et qui renforce notre offre mobile. DT et Orange ont eu 12% et 4% de notre capital. DT pourrait avoir 15%. On regarde avec DT là où on pourrait coopérer.

BT est une grande compagnie. Est-ce essentiel de grandir plus?

Grandir sur ce secteur n’est pas facile car c’est un marché segmenté, par pays, ce qui pourrait changer. Notre principale division – BT Global Services, actif dans le monde – représente près de la moitié de nos affaires. Au Royaume-Uni, nous proposons des offres combinées, la triple play (téléphonie fixe, Web, TV), et on lance le quadruple play (téléphonie fixe, mobile, Web, TV), pour une clientèle privée, mais c’est plus cher à l’échelon international, notamment l’achat de contenu pour la télévision et le football. Il faut être grand pour lancer de telles offres.

Swisscom a recensé pour la première fois en 2015 plus de contrats combinés que de contrats au réseau fixe. Avez-vous aussi franchi un tel seuil?

Je ne peux pas vous donner les chiffres, mais nos offres combinées sont celles qui augmentent le plus.

Swisscom et des éditeurs se sont alliés pour contrer Google sur le marché publicitaire. A quel point Google est-il un concurrent?

Google est plus un client – qui utilise nos infrastructures – qu’un concurrent. Mais on est attentif vis-à-vis des géants disruptifs. La technologie va bouleverser de nombreux modèles encore, mais nous avons de grandes forces. Apple et Netflix utilisent nos infrastructures pour permettre de voir des vidéos et ce marché est immense: 40% de nos capacités sont consacrées au téléchargement de vidéos. Il faut aussi voir que Google est sous pression politique, même aux Etats-Unis, certains ne voient pas d’un bon œil son essor, qui ne doit pas se faire au détriment des télécoms, ce pan essentiel de la sécurité.

A quel point votre modèle a-t-il changé?

Quelque 94% des ventes générées en 1984, quand BT a été privatisé, ont disparu et la concurrence s’est développée au Royaume-Uni. La part de marché de BT dans son pays est de 19%, c’est peu comparé à d’autres opérateurs historiques.

Comment préparez-vous l’avenir?

BT était un géant dormant; BT est désormais un géant agile, qui doit l’être encore plus, dans le big data, puis la 5G, qui sera essentielle pour l’Internet des objets. Nous avons 3000 personnes dans nos centres R&D. La télécommunication par laser est prometteuse. On est pour l’instant dans l’ère de la convergence, entre fixe, mobile, Internet, TV, à haut débit. Une connexion de qualité est passée d’un luxe à une nécessité et les gens veulent toujours plus. Pour être prêt sur tous les fronts, il faut être grand et travailler en réseau.

Comment vos effectifs ont-ils évolué ces dernières années?

Nous étions 150 000 il y a dix ans, nous sommes 80 000 aujourd’hui. Notre chiffre d’affaires est resté stable, à environ 20 milliards de livres. Notre action a monté sur cette période.

Y a-t-il encore des appels téléphoniques qui ne sont pas écoutés?

Sur les anciens téléphones, il était facile d’écouter les conversations. C’est plus complexe désormais. Mais il est vrai que les savoirs techniques des hackers ont évolué. Cela dit, des terroristes savent comment ne pas être écoutés, en changeant constamment de téléphone, de cartes, etc. Il faut aussi moderniser les lois: les technologies les ont rendues obsolètes, il y a trop de zones grises.

En Suisse, des banques, Migros, Coop et Swisscom ont annoncé réfléchir à une solution commune de services de paiement numérique. Qu’en est-il au Royaume-Uni?

C’est complexe. Les paiements sont toujours plus globaux, notamment par le biais de l’e-commerce, or les pays veulent que les taxes soient payées sur leur territoire. Les lois, les frontières ne se sont pas ajustées aux nouveautés digitales, surtout sur le marché des paiements et du data. C’est aussi pourquoi je me rends à l’UIT. Il faut réfléchir à une solution.

Créé: 10.04.2016, 21h18

La vie bien remplie du natif de Rugby

Sir Mike Rake est le président de BT Group depuis 2007. Auparavant, le natif de Rugby (dans le Warwickshire, en 1948), a cumulé les postes de haut rang. L’homme d’affaires a présidé le groupe EasyJet, avant de démissionner suite à des désaccords avec le fondateur du transporteur low cost, Stelios Haji-Ioannou.

Le père de quatre enfants avait en 2002 décliné une proposition de devenir le président de la banque Barclays. Le Britannique a privilégié un autre poste, celui de président du cabinet KPMG International, une fonction qu’il a remplie de 2002 à 2007, année où il a été anobli par la reine. L’homme est également réputé pour être un grand amateur de polo. R.ET.

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