Une start-up genevoise investit un milliard de dollars dans des panneaux solaires

Énergies renouvelablesEtrion a inauguré au début de novembre un parc photovoltaïque géant au Chili. Un projet fulgurant de plus pour cette société du centre-ville.

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Une start-up genevoise se démarque dans le paysage global des panneaux solaires. Etrion, qui recense une petite dizaine d'employés dans le canton et 35 en tout, a inauguré au début de novembre au Chili un immense parc photovoltaïque – de 70 mégawatts, contenant 162 000 panneaux sur 133 hectares – capable de fournir en électricité 80 000 ménages dans ce pays. Les gros chiffres, la petite société connaît: tous ses projets auront nécessité en 2017, moins de dix ans après son lancement en 2008, un investissement total d'environ un milliard de dollars. La majeure partie est financée par les banques.

L'aide de la famille Lundin

La PME, cotée en Bourse, est étroitement liée à une richissime famille suédoise qui réside au bord du Léman et qui détient près d'un quart de ses parts. Les activités des différentes entreprises de son groupe Lundin Petroleum, dans le pétrole, le gaz, les mines et les énergies renouvelables, ont permis à la famille de générer une fortune évaluée à près de 2 milliards de francs. Ian Lundin, président du conseil d'administration de la multinationale, est également président d'Etrion.

«L’affiliation avec le groupe Lundin nous aide à accéder au financement bancaire, qui représente une partie très importante dans notre modèle d’entreprise», se réjouit Pamela Chouamier, en charge des relations investisseurs chez Etrion. Cette carte de visite a en outre attiré le groupe hexagonal Total, qui détient 20% des parts du parc chilien.

La PME collabore avec plusieurs gros constructeurs de panneaux, dont la firme américaine Sunpower et le suisse ABB, puis crée des parcs solaires avant de revendre l'électricité produite à des particuliers ou des industriels. Outre-Atlantique, d'importants groupes miniers figureront sous peu parmi ses clients. La maintenance des installations est gérée par des sociétés tierces. Dans le désert chilien, des robots nettoient régulièrement les ardoises, qui peuvent se recouvrir de sable, pour un prix particulièrement abordable.

Des projets en Italie et au Japon

Des champs photovoltaïques, la société en recense plusieurs en Italie, aux alentours de Rome et dans les Pouilles. Le pays n'a pas été choisi par hasard: l'électricité y est chère, le nucléaire non existant, l'énergie renouvelable comme en Suisse est soutenue financièrement par les autorités, qui tentent tant bien que mal de réduire leur dépendance vis-à-vis des hydrocarbures, russes et libyens notamment. Etrion s'active au Japon pour des raisons similaires: après la catastrophe de la centrale nucléaire de Fukushima, Tokyo s'est tourné vers d'autres formes d'énergie. Le tsunami de mars 2011 et les sanctions économiques actuelles à l'encontre de Moscou stimulent l'industrie des énergies renouvelables.

Au Chili, les raisons sont différentes: «Le parc que nous venons d'inaugurer se trouve dans le désert d'Atacama, dans un des lieux les plus ensoleillés au monde, et l'électricité y est onéreuse. Du coup, nous devenons tout à fait compétitifs sans subventions», poursuit Pamela Chouamier. Etrion va construire deux autres gigantesques parcs dans la patrie de Pablo Neruda, alors que des champs solaires sont actuellement en chantier dans l'archipel nippon, où Etrion est active avec son partenaire Hitachi High-Tech. Le groupe étudie aussi la possibilité de créer quelque chose au Mexique et dans d'autres marchés.

La surcapacité qui a longtemps caractérisé l'industrie photovoltaïque et dont elle souffre encore aujourd'hui joue en faveur d'Etrion car elle contribue à réduire le prix des panneaux. Leur efficacité croissante, le fait que certains nouveaux modèles soient bien moins encombrants et les éventuelles possibilités de stocker cette énergie pourraient galvaniser ce marché, déjà en forte croissance (voir infographie ci-dessus). Les rachats dans cette industrie foisonnent d'ailleurs actuellement. Etrion, dans ce contexte, n'exclut pas d'être un jour absorbée par un autre groupe.


Le boom des cleantechs en Suisse occidentale

Les succès d'Etrion réjouissent les autorités genevoises, qui entendent créer un pôle cleantech au bout du lac. Lancé en octobre 2013 par l'ex-conseiller d'Etat Pierre-François Unger, l’incubateur des technologies vertes de Plan-les-Ouates doit devenir une référence en la matière d'ici à 2020. «Cela devrait être le cas avant», estime Laurent Horvath, en charge de la coordination du projet auprès de l'Office cantonal de promotion des industries (OPI). «Je suis étonné du dynamisme du secteur à Genève», se félicite-t-il.

Ça bouge en effet: plusieurs start-up ont émergé ces dernières années. Les plus récentes s'appellent Plair, spécialisée dans la mesure de la qualité de l'air, et Orbiwise, qui propose notamment des capteurs informant en temps réel la Voirie du niveau de remplissage des poubelles. Des sociétés ont fait évoluer leurs produits en fonction de critères écologiques, comme le métallurgiste Kugler Bimetal, qui mise désormais aussi sur l'éolien, le gestionnaire de déchets Helvetia Environnement et les recycleurs de Serbeco.

Le marché, notamment d'exportation, est en croissance. Le concepteur de panneaux TVP Solar est d'ailleurs sur le point de signer un gros contrat au Japon. Le conseiller d'Etat Pierre Maudet est actuellement en déplacement dans l'archipel à cette occasion.

Dans une enquête de Cleantech Alps auprès de 200 entreprises (sur 600 en tout en Suisse occidentale), 88% des sondés estiment que leurs affaires vont progresser d'ici à 2015 (56%) ou resteront au minimum stables (32%). «Un tel climat de confiance, ça m'impressionne», exprime Eric Plan, secrétaire général de Cleantech Alps.

Cleantech Alps, comme Cleantech Genève (il n'existe pas d'équivalent vaudois), a pour mission de galvaniser cet écosystème entrepreneurial. Sous leur supervision, la chaleur dégagée par l'industrie (des data centers aux usines d'incinération) est ainsi toujours plus réexploitée par le voisinage. Quelque 530 000 personnes s'activent dans ce domaine qui pèse 48,6 milliards de francs et contribue à hauteur de 8% au PIB national, selon une récente étude de l'Office fédéral de l'énergie. Des chiffres en forte hausse.

Le domaine des cleantechs est vaste et ses contours flous. Il englobe toutes les solutions technologiques qui réduisent la consommation d'énergie ou en produisent de manière durable. Les secteurs les plus concernés vont de la gestion des déchets à la mobilité en passant par l'efficience énergétique dans les bâtiments et l'éolien. (TDG)

Créé: 26.11.2014, 10h14

Etrion en chiffres

2008 Année de création de la start-up.
2009 Entrée en Bourse. La société est cotée à la bourse de Stockholm ainsi qu'à celle de Toronto
53,9 millions En dollars, son chiffre d'affaires en 2013.
347 millions En dollars, le montant de sa dette nette l'an dernier.
35 Le nombre d'employés, dont une dizaine à Genève.
24,3 En pour-cent, la part des actions qui appartiennent à la famille Lundin.
162'000 Le nombre de panneaux figurant dans le parc solaire inauguré en novembre au Chili.

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