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Roura le marin prépare son autre tour du globe

A peine à terre, le navigateur de Versoix court après les soutiens qui lui permettront de faire la différence en 2020 sur le Vendée Globe.

Alan Roura sillonne la France et l’arc lémanique pour financer la prochaine édition du Vendée Globe, en 2020.
Alan Roura sillonne la France et l’arc lémanique pour financer la prochaine édition du Vendée Globe, en 2020.
CHRISTOPHE BRESCHI

Cela ne fait pas encore 105 jours qu’il a débarqué de sa grande boucle – le temps qu’il lui a fallu pour faire le tour du monde accroché à sa voile, seul. Mais Alan Roura sillonne déjà la France et l’arc lémanique pour financer la prochaine. Dans quatre ans. «Nous sommes en plein dedans, Alan ne peut vous parler tout de suite, il est en rendez-vous en Suisse», répond sa compagne, Aurelia Mouraud, contactée il y a quelques jours en Bretagne.

Vite, surfer sur la vague de la notoriété soulevée par l’extraordinaire douzième place arrachée au Vendée Globe. Après les entreprises qui le sollicitent pour des témoignages ou des honneurs – le voilà parrain du Bol d’Or Mirabaud 2017 – la pêche au gros débute. Dans toutes les têtes, une alliance avec un sponsor principal qui permettrait de ne pas s’échapper vers les antipodes, tel un passager clandestin, en 2020.

La Fabrique ne tiendra plus seule la barre

Principal soutien de la course de cet hiver, le boulanger industriel vaudois Cornu – qui apparaît sous la marque La Fabrique, son centre ultramoderne mêlant musée, restaurant et magasin – a été le premier sollicité. «C’est une décision compliquée par son aspect émotionnel – les liens tissés avec Alan et son équipe tout au long de l’aventure sont devenus très forts», hésite Cyril Cornu, responsable du site.

La réalité économique prime. «Bien sûr que nous souhaitons continuer, reste qu’Alan espère pouvoir monter un projet qui lui permettra d’atteindre des résultats bien meilleurs – ce qui nécessite un budget qui pourrait rapidement dépasser une entreprise de notre taille», poursuit le représentant de la quatrième génération de ces boulangers du village de Champagne. «Notre engagement ne pourra se faire au détriment de la quinzaine d’athlètes que nous soutenons par ailleurs», réfléchit Cyril Cornu. En attendant, ce dernier vient de coproduire un documentaire sur le marin avec Swisspro, société d’installations électriques et télécoms de 900 personnes.

Les projections de L’Aventure au bout du rêve permettront au marin de 24 ans de rencontrer son public lors d’une traversée de la Suisse romande en quatorze escales, de Vevey (4 mai) à Genève (22 juin). «Le film permet aussi à Alan de se vendre», glisse Cyril Cornu. Il y a quinze jours encore, ce dernier discutait achat de bateau avec le navigateur.

Dans les docks, un Estonien de l’ombre

Les projets de bateau, il y en a trois. D’abord le copié-collé de celui de cet hiver: un voilier d’occasion, sans ces «foils» permettant de surfer sur les vagues. Budget, environ 500 000 euros. Alternative, y rajouter ces ailes profilées. C’est plus cher. Mais toujours moins que le rachat d’une de ces locomotives dernier cri de la course d’endurance équipée d’origine de «foils» et pour lesquelles il faut débourser au bas mot 3,5 millions d’euros. Une machine de guerre du style de celle d’Armel Le Cléac’h, vainqueur du Vendée qui a derrière lui le soutien du groupe français Banque populaire.

Et puis il y a l’option du sur-mesure, la construction d’un monocoque qui peut rapidement engloutir 4 millions, voire… le double. «Cela reste le top mais ce n’est pas ce qu’Alan recherche à tout prix, il veut aussi accumuler de l’expérience avant d’imaginer un tel projet», tempère la partenaire du navigateur.

A titre de comparaison, Superbigou, le bateau avec lequel il avait quitté Les Sables-d’Olonne le 6 novembre, vaut entre 250 000 et 300 000 euros. Et encore était-il prêté par Jaanus Tamme, un Estonien fou de course au large et patron d’une société de produits d’accastillage installée en Estonie. Rencontré sur la Mini Transat – un avant-goût des grandes solitaires, entre France et Antilles – il soutient le navigateur de Versoix depuis des années.

«Dans chaque port du monde on trouve au moins deux Estoniens», écrit Hemingway au large de Cuba dans Enavoir ou pas. Ce Balte là avait racheté le bateau construit en 1998 dans le petit port breton de Lesconil par un Vaudois alors inconnu, Bernard Stamm. Il en partage la propriété avec 7Seas, une société de Michael Liu, promoteur fervent de la course au large en Chine.

Budget minimum? 400 000 euros

Du sponsoring matériel donc. Sauf que. Un bateau sans équipage ne suffit pas. Même pour un tour du monde en solitaire. «Nous embarquons dès maintenant pour quatre années de préparation et de courses intermédiaires comme la Route du Rhum (ndlr: Saint-Malo - la Guadeloupe) ou la Transat Jacques-Vabre (ndlr: Le Havre - Brésil), rappelle la compagne du barbudo genevois. Et cette fois, «nous voudrions budgéter une équipe de six ou sept permanents, afin de pouvoir nous concentrer sur l’entraînement sans courir après l’argent comme l’an dernier encore», explique celle qui a rencontré son capitaine en 2013 sur la Mini Transat. L’an dernier, le couple disposait de deux personnes à ses côtés pour gérer un budget d’un peu plus de 400?000?francs, dont moins de la moitié assurés par La Fabrique. Les grandes équipes tournent, elles, à 1, 2, voire 3 millions par an pour celles qui, à l’instar de Banque Populaire, gèrent en parallèle un autre trimaran. «Si on fait partie de l’aventure en 2020, on ne sera pas les seuls, loin de là», admet Cyril Cornu. L’an dernier déjà, on trouvait une quinzaine de sponsors – de la Ville de Genève à Swisspro – aux côtés de sa Fabrique.

En attendant, la quête de la perle rare – un établissement prêt à faire porter ses couleurs dans les 50es Hurlants – suit une route hésitante, en particulier dans la région lémanique. Les PME sont facilement effrayées par le budget. Les multinationales comme les grandes banques, n’ont nulle habitude de parier sur un franc-tireur. Sans compter que, dans l’horlogerie, l’heure n’est pas vraiment à la fête.

Le hasard sourit pourtant aux flibustiers. Ce fut le cas avec Crosscall. Le fabricant de téléphones outdoor avait contacté le navigateur juste avant son départ, après l’avoir vu utiliser un de ses téléphones sur YouTube. Il lui en propose un neuf. Le rôle clef joué par cet appareil au large du Brésil pourrait faire d’Alain Roura un de ses ambassadeurs.

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