Révolution en vue dans l’univers des pneus usagés

Industrie La société vaudoise TRS industrialise un procédé inédit pour récupérer le caoutchouc. Et peut gagner le gros lot.

Des vieilles gommes, TSR crée une poudre intéressante pour l’industrie des matières, des isolants aux semelles.

Des vieilles gommes, TSR crée une poudre intéressante pour l’industrie des matières, des isolants aux semelles. Image: DR

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A première vue, on dirait une distillerie. Des cuves sont alignées, elles sont remplies de bactéries et brassent un liquide jaunâtre. Elles puent l’œuf pourri: les organismes sont des mangeurs de soufre. Ils «dévulcanisent», ils ôtent le soufre du caoutchouc issu de pneus usagés.

Il en ressort une poudre tout à fait valorisable par les spécialistes, des matières thermoplastiques aux isolants en passant par le bitume. C’est inédit: jamais on a recouru aux biotechnologies dans ce secteur (et rarement les sciences de la vie n’ont servi à l’industrie).

«Et jamais on a réussi à correctement recycler les pneus», estime Staffan Ahlgren, directeur de Tyre Recycling Solutions SA (TRS), la jeune pousse vaudoise qui gère cette petite usine.

Catastrophe écologique

Chaque année pourtant des centaines de millions de ces gommes se transforment en déchets. Le marché est extraordinairement porteur, selon l’entreprise. En Suisse, les pneus finissent en général brûlés dans des cimenteries – une solution loin d’être écologique – ou sur le marché secondaire à l’étranger, selon l’Office fédéral de l’environnement (voir infographie).

Broyés, ils peuvent aussi trouver une nouvelle vie sur les pistes d’athlétisme ou des terrains synthétiques. Dans d’autres pays, même en Europe, ils terminent régulièrement dans des décharges, à l’air libre. «Nous avons trouvé une solution et nous voulons démontrer qu’on peut la répliquer à une échelle industrielle, qu’on peut en tirer des revenus plutôt que de les brûler», souligne Staffan Ahlgren.

Sept brevets déposés

Avant les cuves, deux étapes. Une machine mobile découpe les pneus en trois parties plates – les flancs et la bande de roulement – ce qui permet de les empiler et de diviser par deux les frais de transport.

Une deuxième technologie pulvérise de l’eau à très haute pression (plus de 2000 bars), ce qui sépare les métaux, le textile et le caoutchouc. Les deux premières matières sont revendues sur le marché. La troisième, sous forme de poudre, finit dans les cuves pour être dévulcanisée.

La start-up démarre sur des bases solides: elle réunit des chimistes et des biologistes de haut rang et la fine fleur du capital-risque en Suisse romande. L’équipe a déjà déposé sept brevets. Elle recense désormais dix employés et son usine de Tolochenaz, qui crache une vingtaine de tonnes de poudre par mois, tourne à plein régime. Un déménagement sur un site quatre fois plus grand dans les faubourgs d’Yverdon doit lui permettre d’être quatre fois plus productive et, surtout, de s’offrir un centre de recherche et de développement à la hauteur de ses ambitions.

«Nous voulons intégrer notre technologie avec des partenaires à travers le monde», poursuit Staffan Ahlgren. Autrement dit, collaborer avec des firmes qui utiliseraient le savoir-faire de TRS et avec lequel ils partageraient leurs bénéfices. «Une cinquantaine d’entreprises dans le monde ont fait part de leur intérêt. Dans un premier temps, nous voulons nous concentrer sur le marché suisse et celui des pays voisins», indique le soixantenaire d’origine suédoise vivant à Lully (VD) depuis 1970.

Partenaires chinois

Le groupe a déjà noué des relations étroites avec plusieurs entreprises en Chine et en Amérique latine. Ses représentants ont d’ailleurs été sélectionnés la semaine dernière par l’incubateur Venturelab pour se rendre en octobre dans l’Empire du Milieu.

TRS, qui figure parmi les 25 meilleures start-up européennes du European Venture Contest de Düsseldorf de 2014, devrait boucler cet automne un troisième tour de financement, de plus de 6 millions de francs.

(TDG)

Créé: 28.08.2016, 18h40

Profil de l'entreprise

Tyre Recycling Solutions SA, fondé en mars 2013
Siège social: Gland
Nombre d'employés: dix
Usine à Tolochenaz; déménagement prévu début 2017 près d'Yverdon
Montants levés depuis le début: 6,1 millions de francs auprès d'investisseurs surtout en Europe et au Moyen-Orient
Capacité actuelle: vingt tonnes de poudre dévulcanisée par mois. Pour dévulcaniser 600 kilogrammes de pneus, il faut compter deux jours. Pour découper les pneus en trois parties plates, une trentaine de secondes.

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