Le retrait d’OVS suscite la colère et l’incompréhension

VêtementsLa chaîne italienne OVS, qui avait repris les magasins Vögele en 2016, plie bagage et laisse 1150 salariés sur le carreau.

Le syndicat Unia va interpeller le siège italien du groupe OVS pour des mesures d’accompagnement.

Le syndicat Unia va interpeller le siège italien du groupe OVS pour des mesures d’accompagnement. Image: Keystone

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C'est peut-être la traduction d’un dicton alémanique qui exprime le mieux le sentiment dominant suite à l’annonce du retrait des magasins OVS du marché suisse: «Il ne sert à rien de donner deux coups de hache dans la même entaille, lâche un client domicilié outre-Sarine, de passage jeudi matin dans le magasin de Neuchâtel. Quand j’ai vu qu’OVS prenait la place de Vögele avec le même genre d’offre, j’étais perplexe. Et puis voilà…»

Oui, voilà. La perplexité est partagée par une employée qui, comme tous les membres du personnel que nous avons interrogés à Neuchâtel et à Genève, tient à l’anonymat: «C’était un peu le même genre de magasins que Vögele, ça aurait été un miracle que tout à coup ça cartonne. Tout le monde sait que c’est dur en Suisse pour le commerce de détail, surtout dans le textile.»

Aucune info à l’interne

La colère est palpable. «C’est un choc, pire, une bombe atomique», s’emporte un de ses collègues. Car il y a la manière d’annoncer ce genre de nouvelles, et OVS n’a, en l’occurrence, pas fait preuve de beaucoup d’élégance: «Comme tout le monde, j’ai appris ça hier soir (Ndlr: mercredi), par hasard, sur le site d’Arcinfo. On ne nous a pas prévenus. On ne sait rien, ni si on travaille la semaine prochaine ni s’il y a un plan social, même pas si on aura un salaire le 25 juin, rien!»

Lors de l’ouverture des magasins, il y a un moins d’un an, les équipes étaient briefées par des conseillers venus d’Italie sur la façon d’agencer les lieux et la manière de vendre l’esprit OVS. À l’heure de la fermeture, pas l’ombre d’un coach à l’horizon pour encadrer le personnel. Peuvent-ils parler? Oui? Non? «Aucune idée, lâche une responsable, voyez avec eux. Moi, je dois déjà gérer la pression…»

L’absence de communication, un reproche qui revient souvent, comme le déplore une vendeuse de l’enseigne de Balexert à Genève: «Ces derniers mois, nous avons appris la plupart des choses par les médias.» Notamment l’érosion de la présence de la chaîne italienne. En 2016, OVS, via la société Sempione Retail, reprenait les 165 magasins de vêtements Charles Vögele (à ne pas confondre avec les magasins de chaussures, voir encadré), mais très vite ce nombre a été ramené à 140, et de premiers licenciements avaient déjà été prononcés. Aujourd’hui, ce sont 1150 employés plongés dans l’incertitude.

Le flou le plus total régnait aussi sur la marche des affaires, regrette un employé: «Je travaille depuis pas mal de temps dans ce secteur, mais c’est la première fois que je n’entends jamais aucun retour sur la santé de l’entreprise, ni même si notre enseigne est bénéficiaire ou non. J’avais un mauvais feeling.» La marque avoue dans son communiqué n’être jamais parvenue «à se positionner sur le marché helvétique, ce qui a conduit à une impasse financière».

«Pourquoi abandonner si vite?»

Du côté du syndicat Unia, Arnaud Bouverat parle de «chaos»: «Dans les livraisons aussi bien que dans les brusques variations de prix, tout changeait en permanence. De plus, OVS n’a jamais écouté les remarques des employés expérimentés qui connaissent le marché suisse.» Les clients ont, eux aussi, eu de la peine à trouver leurs marques: «Pas de tailles assez grandes», «Les grandeurs inscrites à la mode anglo-saxonne rendaient l’achat difficile», «Les vêtements de Vögele étaient plus adaptés et de meilleure qualité», «Je repars plus souvent sans rien qu’à l’époque de Vögele».

Demeure une énigme, sur toutes les lèvres, formulée par une vendeuse: «Pourquoi abandonner si vite? Il aurait fallu plus de temps pour que les gens connaissent la marchandise, comme pour tout commerce qui s’établit.»

Pour l’heure, le sursis concordataire a été obtenu. Durant cette période, Sempione Retail prévoit une liquidation des stocks. Y aura-t-il un repreneur? Les mains liées par le sursis concordataire, la société renvoie systématiquement à la maison mère, le groupe OVS, basé en Italie. «C’est aussi pour cette raison que nous allons l’interpeller directement pour demander des mesures d’accompagnement, comme l’ouverture d’un job center et des indemnités financières», explique Arnaud Bouverat. Unia va encore entendre les employés, mais leur conseille d’ores et déjà de s’annoncer aux Offices régionaux de placement.

Créé: 31.05.2018, 20h26

Vögele Shoes en mains polonaises

La confusion entre les deux enseignes portant un nom très proche reste grande, et cela malgré la disparition de Charles Vögele, devenu OVS depuis deux ans. Contrairement à cette enseigne dont le destin apparaît sombre depuis mercredi, Karl Vögele, qui exploite les enseignes Vögele Shoes, Bingo Shoe-Discount et Max Shoes, ne lâche pas prise. La situation du No 2 de la chaussure en Suisse (derrière Dosenbach) n’en reste pas moins périlleuse (dans le rouge en 2017). Il y a une semaine, le groupe cédait, pour 10 millions de francs, 70% de son capital-actions au groupe polonais CCC. Quant au reste des parts, elles sont entre les mains de Max Manuel Vögele, président exécutif du conseil d’administration. O.W.

Les fermetures se multiplient en Suisse

Depuis une décennie, le textile mondial vit une période de crise majeure. Confrontées à une suroffre généralisée, certaines des marques les plus prestigieuses du monde ont connu de nombreuses difficultés, à l’instar de Benetton, d’Abercrombie & Fitch, de Gap ou encore de Quiksilver (devenu depuis Boardriders Inc.) et de Ralph Lauren. Même H&M présentait récemment un bilan inquiétant avec une baisse de 4% de son chiffre d’affaires au quatrième trimestre 2017, soit la plus forte chute de revenus de son histoire et la première au cours des neuf dernières années.

Résultat: les fermetures de magasins s’enchaînent. Une vague à laquelle la Suisse n’a pas échappé. Bien au contraire. Depuis deux ans, le marché helvétique se retrouve au cœur de cette crise et les enseignes sombrent… les unes après les autres.

En avril 2016, le géant de la chaussure Bata ouvrait le bal en fermant les 29 magasins qui lui restaient en Suisse et en licenciant 175 salariés. Une annonce suivie quelques jours plus tard par la faillite retentissante de Switcher et la mise sur le carreau d’une quarantaine de collaborateurs. Un an plus tard, c’était au tour du groupe fribourgeois Yendi de tirer la prise. «Tout espoir de rassembler assez de moyens financiers pour poursuivre notre activité a disparu», écrivait alors la direction de la chaîne de magasins de vêtements. Sa faillite concernait cette fois 500 personnes et 110 points de vente en Suisse.

Même les plus grandes enseignes, telles que Globus ou Bongénie-Grieder, ont souffert ces dernières années, le premier ayant dû se restructurer et licencier 80 collaborateurs.

Quant à Charles Vögele, son rachat fin 2016 par OVS avait redonné espoir au millier d’employés de l’entreprise, et cela malgré une première réduction du nombre de magasins au moment de l’acquisition. Le couperet est donc tombé mercredi soir pour OVS en Suisse, prouvant que la crise du textile y est plus vive que jamais. O.W.

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