Le patron de la BCGE attend un petit point de croissance en 2015

Economie genevoiseFranc fort, taux négatifs, conjoncture locale: le point avec le patron de la Banque cantonale de Genève.

Blaise Goetschin, président de la direction générale de la Banque cantonale de Genève: «La croissance du PIB genevois devrait se situer entre 0,7% et 1,2% cette année, soit environ la moitié des 2,2% de croissance affichés en 2014.»

Blaise Goetschin, président de la direction générale de la Banque cantonale de Genève: «La croissance du PIB genevois devrait se situer entre 0,7% et 1,2% cette année, soit environ la moitié des 2,2% de croissance affichés en 2014.»

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Propriété à 80% de la collectivité publique genevoise – et de la caisse de retraite de ses fonctionnaires – la Banque cantonale de Genève (BCGE) a annoncé matin avoir enregistré 76 millions de bénéfices nets l'an dernier , un record dans son histoire. Sur cette somme 18 millions seront redistribués au canton, à la ville et aux communes genevoises tandis que 3,6 millions – un versement nommé «attribution spéciale» –serviront à rembourser les emprunts contractés par l'Etat genevois dans le passé pour renflouer la banque.

Au niveau du financement de l'économie du canton, la direction de la banque s'est réjouie ce matin d'avoir octroyé, au cours des trois années écoulées, plus d'un milliard de crédits supplémentaires aux entreprises et particuliers en trois ans. Pour l'année qui débute la banque qui sert une entreprise du canton sur deux entend «poursuivre son expansion commerciale malgré un contexte financier national et international incertain». Blaise Goetschin, le président de la direction générale de l'établissement, espère pourtant toujours pouvoir encaisser les mêmes bénéfices en 2015. Et donc procéder aux mêmes reversements en faveur la collectivité publique genevoise. Le point avec ce dernier sur les mois délicats s'ouvrant pour Genève. La banque vient de diviser par pratiquement trois ses prévisions de croissance pour le canton cette année. Sans pour autant entrevoir de récession.

Un mois après que la Suisse a arrêté de s’opposer à l’appréciation du franc — résultat, la monnaie nationale a gagné 13% face à l’euro depuis — quel est l’impact de cette décision sur les entreprises genevoises? Sabrez-vous déjà vos prévisions de croissance de l’activité pour le canton — vous qui tabliez jusque-là sur 2,8% en 2015?

- La situation inquiète, mais aucune vague d’alerte ou de défauts ne remonte de nos contacts avec les PME. On a adapté nos prévisions économiques car la situation est moins favorable. Nous nous attendons à ce que la croissance du PIB genevois se situe entre 0,7% et 1,2% cette année. Soit environ la moitié des 2,2% de croissance affichés en 2014. Cette prévision est basée sur un euro valant 1,14 francs — et un dollar valant 1,06 francs — dans douze mois, avec un peu de déflation de -0,6% et des taux d’intérêt restant faiblement négatifs. Attention cependant à ne pas se focaliser sur ces mouvements récents et ponctuels de l’euro. Car l’économie genevoise est en réalité plus exposée au dollar – la devise étrangère dans laquelle ses entreprises réalisent la part la plus importante de leur activité à l’export. Or depuis le début de l’année, l’appréciation du franc face au dollar est deux fois moins importante que celle connue face à l'euro.

L’endettement public du canton attise de nouveau la polémique. Et les marges de manœuvres pour le réduire sont des plus délicates pour les responsables politiques. Au point que certains recommencent à pointer du doigt le passif laissé par le sauvetage de la banque, il y a quinze ans. Et appellent de nouveau à transformer les emprunts contractés alors par le canton en une participation accrue au sein de la banque. Sur le modèle de ce qui avait été fait dans le canton de Vaud. Qu’en pensez-vous?

- Les 13 milliards de dettes pesant actuellement sur le canton n’ont que peu à voir avec les déboires connus par la BCGE il y a quinze ans. Cette banque a presque généré un milliard de valeur – en fonds propres et en distribution aux collectivités – depuis cette période sombre, durant laquelle elle avait causé une perte estimée de 1,5 milliards. Nous savons que certains sont tentés de modifier les règles établies à cette époque. Nous mettons en garde nos actionnaires et les invitons à ne pas déstabiliser un modèle qui a fait ses preuves. Et à traiter tous les actionnaires de manière équitable. Parce que les 337 millions reversés à l’Etat ces dix dernières années en dividendes et impôts par la banque — sans compter la reconstitution d’un demi-milliard de fonds propres pour la banque, qui constituent in fine du patrimoine public — ont été créés pour la communauté. Rappelons également que nos statuts nous conduisent à rembourser l’Etat année après année via une «attribution spéciale» qui atteignait 3,6 millions l’an dernier. Alors accélérer les remboursements à l’Etat? Cela signifierait diminuer les dividendes revenant à la ville, aux communes, à la caisse de prévoyance de la fonction publique ou aux 13 000 petits actionnaires de la banque.

La page agitée des relations entre les banques suisses et les Etats voisins sera tournée avec la fourniture automatique d’informations sur les clients prévus pour 2018. Une fois ce système en place, ce ne sera pour vous plus qu’une formalité de l’appliquer également aux clients suisses?

- Pour l’heure nous appliquons les règles actuelles selon les recommandations de l’Association suisse des banques. C’est au pouvoir politique de fixer les nouvelles règles et nous les appliquerons strictement. Je note à cet égard que la Suisse s’apprête à adopter une nouvelle norme pénale criminalisant les infractions fiscales graves. A nos yeux, il appartient en premier lieu au contribuable de déclarer correctement sa situation. Les banques ne souhaitent pas être transformées en police fiscale auxiliaire.

Après six années de guerre juridique et politique à l’encontre des banques suisses, certaines, comme la BCV renoncent peu à peu à servir une clientèle fortunée étrangère, dont les avoirs fondent d’un demi-milliard tous les six mois. Est-ce aussi votre cas, vous qui êtes également une banque publique? Faites-vous face à une vague de départ de clients forcés de déclarer leur compte suisse dans leur pays?

- Nous nous adaptons bien sûr aux nouvelles normes et exigeons de notre clientèle étrangère d’être en règle avec son fisc d’origine. Peut-être que des récalcitrants partiront, mais nous n’allons pas arrêter de servir une clientèle étrangère qui a de nombreux liens économiques ou familiaux avec cette ville. Genève n’est pas le canton de Vaud. Pour peu que ces clients acceptent les nouvelles normes appliquées, nous sommes toujours prêts à les accueillir. L’an dernier les dépôts additionnels amenés par ces derniers ont ainsi été légèrement positifs. De manière plus générale l’activité internationale continuera d’être importante pour nos résultats. Si nous étions restés sur le modèle traditionnel de la banque cantonale — collecte de l’épargne, prêts hypothécaires — nous souffririons aujourd’hui considérablement de la situation des taux négatifs…

Les autorités imposent ces taux d’intérêt négatifs depuis le début de l’année, une manière alternative d’enrayer l’appréciation du franc suisse. Vous continuez de ne pas les répercuter sur votre clientèle?

- Nous avons fait le choix de neutraliser au mieux l’impact de ces mesures pour le grand public. En ce qui concerne la clientèle susceptible d’apporter des sommes importantes — entreprises, caisses de pension, quelques clients privés — nous avons simplement mis en place un seuil indicatif de 10 millions de francs — à partir duquel est appliquée une retenue de 0,5% — afin d’éviter une arrivée massive de dépôts retirés d’autres banques. L’application effective de ce seuil est négociée avec chacun de ces clients, afin d’en minimiser l’impact pour ceux qui nous sont les plus fidèles. En réalité nous répliquons les modalités d’application assez subtiles de cette mesure édictée par la Banque Nationale Suisse: elles permettent de ne pas frapper l’épargne des particuliers et de ne concerner que les grands comptes. (TDG)

Créé: 24.02.2015, 19h36

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Le non adressé à Washington

Les explications du discret patron de la banque de l’Etat de Genève étaient des plus attendues. Non pas sur son activité durant l’année écoulée — l’objet de sa rencontre avec la presse — mais en raison de deux dossiers brûlants. A commencer par la cyberattaque dont a été victime le site Internet de l’établissement en début d’année.
Un pirate informatique avait diffusé les échanges de plusieurs milliers de clients avec la banque — certains contenant des éléments confidentiels. Blaise Goetschin ne nie pas «le problème d’image» de l’incident. Mais assure que, à ce jour, «la clientèle n’a pas subi de dommage financier lié à cet incident». Et que «pas un seul client» n’a quitté la banque pour cela. «Cette attaque n’a pas atteint le cœur opérationnel de nos activités — celles ayant trait au secret bancaire — sinon je ne serais plus à ce poste pour vous en parler», a grincé le président de la direction générale de la BCGE.
Autre dossier chaud, l’annonce du départ de la banque de la procédure d’amnistie judiciaire ouvert par Washington aux banques helvétiques ayant pu abriter des citoyens américains n’ayant pas déclaré leur compte au fisc. Après avoir mobilisé ses équipes — et payé une fortune, non dévoilée, en avocats et examinateurs assermentés — pour scanner sa clientèle et envoyer le résultat aux autorités américaines, la banque se rétracte. Après avoir eu «les entretiens nécessaires» avec les autorités genevoises. Pourquoi? La BCGE ne souhaite pas répondre. Cette rétractation la conduit pourtant à décrocher à obtenir une promesse de non-poursuite de la justice américaine. Un risque assumé. «Ce risque est lié à tout le nouvel environnement de la fiscalité internationale, si on ne veut pas l’encourir il faut faire un autre métier», a lancé Blaise Goetschin qui dit n’avoir pas envoyé de noms de clients ou de collaborateurs aux Etats-Unis.
P.-AL.S.

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