Partenariat historique entre une PME genevoise et un géant français

Sclérose en plaquesLe groupe Servier s'est engagé à financer le développement d'un traitement inédit de la société de Plan-les-Ouates GeNeuro pour 455 millions de dollars.

François Curtin (au centre) et quelques collègues dans un laboratoire de la société GeNeuro, à Plan-les-Ouates. En tout, la PME emploie 16 personnes.

François Curtin (au centre) et quelques collègues dans un laboratoire de la société GeNeuro, à Plan-les-Ouates. En tout, la PME emploie 16 personnes. Image: Laurent Guiraud

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Un nouveau Merck Serono serait-il en train de naître à Genève? La question est toujours plus légitime, alors que la société de Plan-les-Ouates GeNeuro SA vient de signer un partenariat inédit avec le groupe Servier. Le géant pharmaceutique français lui rachète une option sur les droits de commercialisation, hors Etats-Unis et Japon, d'un traitement à l'essai contre la sclérose en plaques pour 47 millions de dollars.

Ce montant va permettre à la PME de continuer le développement clinique de cette molécule. En cas de succès, Servier prendra en charge les coûts du développement d'essais supplémentaires et versera à GeNeuro des royalties jusqu'à 408 millions de dollars au fur et à mesure de l’enregistrement et de la commercialisation du médicament.

Sur ces dix dernières années, les partenariats dans les sciences de la vie entre une start-up et un grand groupe portant sur de tels montants se comptent sur les doigts de la main. La thérapie de GeNeuro est particulièrement prometteuse. «Les traitements actuels contre la sclérose en plaques [comme Rebif de Merck Serono, Gilenya de Novartis ou Tecfidera du groupe américain Biogen] se focalisent sur le système immunitaire du patient. Nous, nous pensons avoir mis au point une molécule qui traite une cause de la maladie», lance François Curtin, directeur de GeNeuro.

Deux gros avantages

Autre avantage de taille: la thérapie, sans attaquer le système immunitaire, ne permet pas aux maladies opportunistes de venir affecter les patients, comme c'est souvent le cas avec les traitements actuels. Appelée GNbAC1, la molécule de GeNeuro cible une protéine, dite MSRV-Env, qui s'active à un stade précoce de la sclérose en plaques et pourrait être un des principaux facteurs de la progression de la maladie. «L'approche de GeNeuro est totalement unique», reconnaît Arthur Roach, ancien patron des neurobiologies chez Merck Serono et directeur de la recherche chez Parkinson's UK.

Une dizaine de géants pharmaceutiques sont venus frapper à la porte de GeNeuro suite à la publication de ses résultats dans des revues scientifiques de haut rang en 2013. La société, qui compte de grands noms au sein de son conseil consultatif, peut d'autant plus rayonner à l'international. Un tel nombre pour un produit dans les premières phases des tests cliniques, «c’est beaucoup, c’est même beau. Ça montre que GeNeuro a une grande crédibilité», selon Rudi van den Eynde, gestionnaire de fonds biotechs pour Candriam Investors Group.

«Cela a permis à GeNeuro de rester indépendant. En outre, en gardant les droits pour les marchés américains et japonais, la société conserve plus de 60% du marché mondial», précise Jesús Martin-Garcia, président du conseil d'administration de GeNeuro. «Un nouveau Merck Serono pourrait se développer à Genève sur la base de ce partenariat», ajoute celui qui est également directeur d'Eclosion.

La fondation des sciences de la vie Eclosion et le fonds privé du même nom accompagnent GeNeuro depuis ses débuts. La start-up a même été fondée au sein de l'incubateur en 2006, comme une spin-off du groupe biotech bioMérieux, par un chercheur français, Hervé Perron. La jeune pousse bénéficie également d'un important soutien financier de l'Institut Mérieux, une entité de l'un des plus grands fabricants de vaccins au monde. En tout, GeNeuro a pu compter sur un financement de 30 millions de francs avant son alliance avec Servier.

Un nouveau Merck Serono? Le chemin est long

Cette somme a permis à la société de développer son idée, de mettre au point la molécule dans ses laboratoires et de procéder à des premiers tests très concluants, sur une trentaine de sujets sains (phase 1) puis dix patients en Suisse (phase 2A), pour déterminer les éventuels effets secondaires. «Ces premiers tests ont montré qu'il n'y en a aucun de notable et qu'en plus la maladie semble se stabiliser avec notre thérapie, relève François Curtin, même si la taille de la cohorte et le temps de traitement ne permettent pas encore de tirer des conclusions définitives.»

Les prochaines étapes avant une éventuelle commercialisation, les phases 2B et 3, devraient s'étendre sur une période de cinq à dix ans sur un échantillon très vaste de patients dans le monde. Selon une récente étude, seuls 10% des médicaments en phase 1 des tests cliniques entrent un jour sur le marché. «L'étude repose sur des données de la dernière décennie, tempère Rudi van den Eynde. Ce chiffre devrait augmenter car les scientifiques peuvent aujourd'hui s'appuyer sur une littérature scientifique plus fournie.»

La sclérose en plaques est une pathologie auto-immune et neurodégénérative affectant le cerveau et la moelle épinière. Quelque 2,3 millions de personnes seraient touchées par la maladie dans le monde et son marché était évalué à 14,2 milliards de dollars en 2013. GeNeuro emploie aujourd'hui seize employés, répartis entre Plan-les-Ouates, Archamps et Lyon, un chiffre qui est appelé à croître.

Créé: 02.12.2014, 11h18

Servier: un nom éclaboussé

Deuxième groupe pharmaceutique français derrière Sanofi, Servier est surtout connu auprès du grand public à cause du scandale lié au «Mediator». Cet anti-diabétique mis sur le marché en 1976 aurait été responsable de la mort de plusieurs centaines de patients dans l'Hexagone. Des attaques en justice contre la société déboucheront sur un procès en 2015.

Ces affaires ont terni la réputation d'un laboratoire indépendant des marchés financiers qui, économiquement, se porte bien. En 2013, l'entreprise a enregistré un chiffre d'affaires de 4,2 milliards d'euros et participé à hauteur de 35% à l'excédent de la balance commerciale française pour l'industrie pharmaceutique, alors que l'écrasante majorité (91%) de ses produits sont consommés en dehors des frontières nationales. La multinationale, créée en 1954 à Orléans, est présente dans 140 pays et compte 21000 employés.

Son président Olivier Laureau s'est réjoui aujourd'hui de son alliance avec GeNeuro, qui «permettra à Servier d'étoffer son portefeuille dans une maladie pour laquelle les besoins médicaux sont immenses». Le développement de Servier repose sur la recherche constante d'innovation dans les domaines thérapeutiques de maladies cardiovasculaires, neurologiques, psychiatriques, osseuses ou encore articulaires. L'an dernier, 27% de ses ventes de médicaments ont été réinvesties dans la R&D.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Maudet s'oppose au budget 2020
Plus...