La lutte pour réduire les coûts fait rage à l’aéroport de Genève

AviationEasyJet a fait un appel d’offres auprès des firmes d’assistance au sol, son contrat avec Swissport arrivant à échéance.

EasyJet est toujours davantage en position de force à Genève. L’an dernier, le groupe londonien y a attiré 43,2% des passagers contre 29,7% dix ans plus tôt.

EasyJet est toujours davantage en position de force à Genève. L’an dernier, le groupe londonien y a attiré 43,2% des passagers contre 29,7% dix ans plus tôt. Image: LAURENT GUIRAUD

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A l’aéroport de Genève, des négociations confidentielles et capitales ont lieu en ce moment. Le contrat entre EasyJet et Swissport arrive à échéance. Le groupe orange est de loin la principale compagnie aérienne à Cointrin et l’entreprise d’assistance au sol le premier employeur sur le tarmac. Au bout du Léman, le transporteur occupe près de 500 personnes, l’assistant quelque 1150.

Le précédent contrat liant les deux mastodontes dans le canton remonte à mai 2013. Leur collaboration a démarré en 2005 – auparavant le low cost britannique s’occupait lui-même des bagages de ses passagers – avant d’être reconduite en 2009. A chaque fois, les conditions ont été plus dures, peut-être parce que le groupe londonien était toujours davantage en position de force. L’an dernier, il a attiré 43,2% des passagers contre 29,7% dix ans plus tôt. Pour garantir à ses clients les meilleurs tarifs, EasyJet pratique le low cost à tous les niveaux.

Infographie: la croissance d'EasyJet à Cointrin

Avec les conséquences que ça comporte. A Genève, Swissport (EasyJet représente 40% de ses activités dans le canton) est dans les chiffres rouges. Les mois chargés de juillet et août et la saison hivernale des charters ne comblent pas les pertes. C’est que le contrat négocié en 2013, qui octroie à EasyJet toujours le même service, est près de 15% moins cher que le précédent. Aujourd’hui, le low cost orange affirme pouvoir s’occuper lui-même du service au sol, comme avant 2005, ou faire jouer la concurrence.

Son appel d’offres intéresserait Dnata. La seconde entreprise d’assistance au sol à Cointrin est réputée pour ses tarifs attractifs. La filiale du groupe dubaïote Emirates, qui veut gagner des parts de marché à Cointrin, fait des offres toujours plus agressives. Non sans succès: le traditionnel second est depuis peu passé devant sur le front du fret à Genève.

«EasyJet donne le ton»

Dnata – qui n’a pas souhaité faire de commentaire dans le cadre de cet article – et ses plus de 500 collaborateurs n’ont pour l’instant pas prouvé qu’ils étaient capables de servir une compagnie telle qu’EasyJet. Ses appareils n’ont pas de fret mais sont particulièrement remplis, nombreux et ne s’attardent jamais sur le tarmac.

Les employés de Swissport, qui estiment souvent que leurs conditions de travail se sont détériorées ces dernières années, ont déjà fait part de leur colère. Le personnel portant des uniformes de compagnies au check-in et aux portes d’embarquement, mais aussi les bagagistes, dégivreurs et autres conducteurs des véhicules poussant les avions depuis leur aire de stationnement ont fait grève en 2010. Dix jours durant. Depuis, des débrayages fréquents ont engendré des retards.

Aujourd’hui, les employés contactés dans le cadre de cet article jugent leurs conditions de travail toujours aussi mauvaises. Difficile pourtant de faire des économies ailleurs, plus des deux tiers des coûts de Swissport émanant des salaires.

D’autres sous-traitants des compagnies aériennes ont dû faire face aux revendications de leurs collaborateurs, de SR Technics, qui s’occupe des entretiens mécaniques des avions, à Gategourmet, en charge des plateaux-repas, également pour EasyJet. «A Genève, EasyJet donne le ton», selon Jamshid Pouranpir, secrétaire au Syndicat des services publics.

Les difficultés de la concurrence

L’arrivée du low cost a poussé la concurrence des compagnies traditionnelles à faire des offres similaires. EasyJet n’est aujourd’hui plus forcément meilleur marché qu’Air France, British Airways ou encore Lufthansa. Les marges se sont du coup réduites pour toute cette industrie.

Le principal concurrent d’EasyJet à Genève, Swiss, s’est lancé dans des offres à bas coûts en 2013, avec des destinations à partir de 39 francs. Une expérience difficile: ses pilotes à Genève ont intenté une action judiciaire contre leur direction en 2014 et ses membres d’équipage ont été moins bien payés que leurs homologues chez EasyJet. La filiale de Lufthansa perdrait aujourd’hui 30 millions de francs chaque année à Cointrin, alors que sa part de marché a diminué l’an dernier (passant de 15,2% des passagers en 2014 à 15%). Si le tir ne devait pas être corrigé rapidement, sa maison mère envisagerait de mettre un terme à cette expérience.

EasyJet, de son côté, continue sur sa folle lancée à Genève et en Europe. Cet été, ses appareils ont transporté un nombre de passagers record et ils étaient encore plus remplis que les années précédentes. Depuis le bout du lac, il dessert 75 destinations, deux fois plus qu’en 2008. (TDG)

Créé: 07.10.2016, 20h49

«Marges minimes, négociations difficiles»

Trois questions au nouveau directeur de Genève Aéroport, André Schneider.

L’essor d’EasyJet n’a-t-il pas «low costisé» tout un pan des services à l’aéroport, à commencer par les entreprises d’assistance au sol?

EasyJet a bousculé l’aviation à son arrivée en démocratisant le secteur, en innovant et en supprimant les charges inutiles. Ils ont les premiers proposé de rendre payants les bagages en soute. La concurrence s’est ensuite adaptée, en raccourcissant les temps de rotation sur le tarmac et en alignant leurs tarifs. Aujourd’hui, il n’y a plus beaucoup de différences au niveau des prix entre un low cost et une compagnie traditionnelle. Partout, les marges sont minimes, partout les négociations sont difficiles et c’est vrai que les assistants au sol sont souvent les parents pauvres dans la grande chaîne de l’aviation.

Comment Genève Aéroport peut-il garantir que les entreprises d’assistance au sol puissent travailler dans des conditions décentes?

L’aéroport ne délivre de concessions qu’aux entreprises au bénéfice d’une CCT ou qui respectent les usages. Les entreprises d’assistance au sol doivent répondre à des normes financières, de sécurité, de travail, régies par Bruxelles et l’OFAC. Tous les sept ans, l’Aéroport fait un appel d’offres. Le dernier date de ce printemps. Il y a eu sept candidats. Nous avons retenu et reconduit Swissport et Dnata. Nous ne pouvons accueillir plus de deux entreprises d’assistance au sol faute de place, même si les transporteurs, qui veulent pouvoir faire jouer la concurrence, en aimeraient davantage.

Comment expliquer qu’il y ait plus de conflits sociaux à Cointrin qu’à Kloten?

Ce n’est pas dû à EasyJet, qui est un plus petit acteur que ne l’est Swiss à Kloten. A Genève, les forces sont bien réparties, entre EasyJet et les membres de Star Alliance (dont Swiss et Air China). C’est culturel. La paix sociale et les réalités syndicales ne sont pas les mêmes des deux côtés de la Sarine. Une CCT acceptée sans sourciller à Zurich peut être refusée à Genève.

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