L’inventeur du burkini voit ses ventes s’envoler

Prêt-à-porter La société australienne Ahiida dit n’avoir jamais autant vendu; 40% de ses commandes viennent de non-musulmanes.

Une femme en burkini en Australie, où le vêtement est également perçu comme un outil d'intégration.

Une femme en burkini en Australie, où le vêtement est également perçu comme un outil d'intégration. Image: Reuters

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

«On n’a jamais autant expédié de colis», se réjouit la porte-parole de la société australienne Ahiida, contactée mercredi matin par téléphone. Cette dernière revendique le dépôt de la marque Burkini, ce maillot de bain intégral qui défraie la chronique en Europe.

Basée à Sydney, cette entreprise fondée 2004 par Aheda Zanetti, 38 ans, confirme avoir vu ces deux dernières semaines ses ventes exploser en Grande-Bretagne, en Suisse, à Bahreïn, en Afrique du Sud, mais aussi en France.

Combiner islam et surf

A l’origine de la société, une Australienne arrivée du Liban à l’âge de 2 ans qui dit s’attaquer à «l’apparence des femmes musulmanes dans le sport» en répondant au manque de vêtements adaptés. Sur son site Internet, elle relate combien «grandir en Australie représentait un défi pour une jeune fille arabe ou musulmane» voulant participer à la culture de plage présente dans les sports en vogue: surf, beachvolley, natation… «J’ai remarqué que des filles voulant pratiquer leur religion étaient parfois conduites à s’exclure de tels sports», dit-elle. Elle a alors eu l’idée d’un costume de bain laissant seulement apparaître la tête, les mains, les pieds et, selon ses mots, qui soit «facile à enfiler» et «confortable». Comme une combinaison de surfeur.

Surprise, la plupart de la croissance récente des ventes de Ahiida – de 200% sur Internet croit savoir la BBC – reflète des commandes de femmes non-musulmanes, ajoute la porte-parole. Au point que celles-ci, attirées par sa collection Sun safe, représentent près de 40% des ventes. Il peut s’agir de femmes ayant lutté contre un cancer ou qui craignent les ravages des rayons ultraviolets sur les plages australes.

La représentante de la société contactée dit d’ailleurs s’attendre à ce que les ventes à des clientes ne pratiquant pas l’islam augmentent dans les semaines à venir.

«Un produit de haine»

Il faut dire qu’Aheda Zanetti et son invention sont rattrapées depuis deux mois par un débat sur le burkini qui prend une dimension politique dans toute l’Europe.

Ces derniers jours, un contrôle policier sur une plage à Nice a relancé la polémique sur la décision de plusieurs villes de la Côte d’Azur d’interdire le burkini. A Cannes, le maire a interdit l’accès aux plages «à tous ceux qui portent des vêtements qui ne respectent pas les bonnes mœurs et la laïcité». L’infraction est punissable d’une amende de 38 euros. Dans le canton de Genève, le mois dernier, une femme en burkini a également été refusée de la piscine de Carouge. Au motif que l’accoutrement représente un «signe distinctif religieux». D’autres piscines romandes invoquent la sécurité ou l’hygiène. Aheda Zanetti explique que son maillot de bain n’est pas le symbole de l’oppression de la femme. «Je voulais que mes filles grandissent avec la liberté de choix – cela m’est égal qu’elles optent au final pour un bikini, si c’est leur choix», a-t-elle récemment invoqué sur la BBC. Dans le Guardian, elle estimait même récemment que les Français avaient transformé sa combinaison «en un produit de la haine».

Collaboration: P.-A.SA.

(TDG)

Créé: 25.08.2016, 15h27

Articles en relation

Burkini : le Conseil d'Etat appelé à trancher

France La plus haute juridiction française doit examiner la légalité des arrêtés anti-burkini, très critiqués en France comme à l'étranger. Plus...

Pierre Maudet: «Le port du burkini est une régression»

Laïcité Cet automne, le projet de loi sur la laïcité sera débattu au parlement. Le conseiller d’Etat expose les enjeux d’un débat sensible. Plus...

Ce que ne cache pas le burkini

L'éditorial Plus...

«La défiance concerne les musulmans et non pas la pudeur»

Burkini La polémique burkini s’emballe en France. Pour la théologienne genevoise Hanna Woodhead, se baigner avec un maillot pudique ne doit pas être interdit. Le problème serait celui de la défiance envers l’islam. Plus...

La rédaction sur Twitter

Restez informé et soyez à jour. Suivez-nous sur le site de microblogage

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Les insectes débarquent dans nos assiettes
Plus...