Internet bouscule la location de ski

Sports d’hiverSkiset, Swissrent, Snowell ou encore Intersport… l’offre numérique pour louer son matériel de ski se multiplie et rencontre un succès croissant. Certaines enseignes résistent encore.

À l’aide de l’imagerie 3D, la société Skiset cherche actuellement à franchir un cap dans la location de matériel de ski. Image: GETTY IMAGES

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Depuis quelques semaines, certains magasins en station proposent à leurs clients en quête de nouveaux skis de scanner leurs pieds. À l’aide de l’imagerie 3D, la société Skiset cherche actuellement à franchir un cap dans la location de matériel de skis. «En quelques secondes, la longueur, la largeur, le volume de votre pied est déterminé par cette technologie, explique Julien Gauthier, directeur du développement du réseau de l’entreprise d’origine française. Ces données seront ensuite enregistrées dans le profil du client et lui permettront de gagner du temps lors de sa prochaine location tant sur Internet que dans les magasins avec lesquels nous sommes affiliés.»

Présente en Suisse depuis une douzaine d’années, à travers un tissu de 54 magasins indépendants, cette société a profité de l’essor du marché de la location en Europe pour s’étendre dans 11 pays et signer des alliances avec plus de 930 points de vente. Fondée par la championne Annie Famose en 1994, Skiset s’est peu à peu adapté aux nouvelles technologies en prenant notamment le virage du numérique.

Tout en continuant à proposer ses prestations en magasin, Skiset s’est également associé à de nombreux tour-opérateurs en ligne pour y écouler un matériel présélectionné en amont. «Nous structurons notre offre en fonction de certains standards, mais aussi des besoins propres aux stations où nous sommes présents», précise le directeur, qui plaide pour une homogénéité de l’offre entre leurs magasins affiliés.

La concurrence se renforce sur Internet

Comme pour la plupart des secteurs, le numérique est donc en train de redistribuer les cartes du marché de la location de ski. En pleine croissance depuis de nombreuses années – sur fond de déclin continu des ventes depuis plus de trente ans – la branche a vu apparaître toute une série d’acteurs sur Internet. Skiset, Snowell, Swissrent… les sociétés se sont multipliées au cours des dernières années. Même une grande chaîne comme Intersport a fini par développer sa propre offre de location en ligne.

La possibilité de louer ses skis se propage également aux plateformes mobiles (smartphone et iPad). Depuis le début de cette saison, Swissrent met par exemple à disposition de ses utilisateurs une application permettant non seulement de louer son équipement, mais aussi de charger sa carte de ski, d’avoir un aperçu de la météo ou encore d’avoir certaines informations sur la station de ski où le client se situe.

Tous ne veulent pas croire au numérique

Sur le marché de la location de matériel d’hiver, certains acteurs ne semblent pas vraiment croire au potentiel du numérique. François Sports, propriétaire de deux magasins sur Morges et d’une vaste halle de location de matériel de skis, fait notamment partie de ces résistants de la dernière heure. Si l’enseigne a modernisé son site Internet en 2016, elle ne croit toujours pas à la location en ligne. «À chacun son métier. Nous sommes dans la spécialisation et non pas la banalisation du produit», estime François Cruchon, propriétaire du magasin. Ce dernier rappelle que contrairement au choix limité proposé par les acteurs sur Internet, lui dispose d’une offre de matériel beaucoup plus conséquente et variée.

«Nous structurons notre offre suivant certains standards, mais aussi les besoins propres aux stations»

Julien Gauthier, directeur du développement du réseau Skiset

Pour mémoire, au cours de la dernière décennie, face au développement continu de leur parc de location, François Sports s’est vite trouvé à l’étroit dans ses deux magasins morgiens. Son patron décide en 2005 de construire, dans la zone industrielle du village de Bremblens, une halle de 1200 m2. Dédié à la vente et à la location d’articles de sports d’hiver, le site est agrandi une seconde fois pour atteindre 1800 m2.

Selon le patron, sa réputation et un bouche à oreille efficace auraient permis à l’entreprise de voir ses revenus augmenter d’année en année. Sauf en 2016 à cause du manque de neige. François Cruchon s’inquiète d’ailleurs bien plus des conséquences du réchauffement climatique que de l’apparition de cette nouvelle concurrence en ligne.

Boom de la location et chute des ventes

Que ce soit François Sports ou les autres loueurs présents sur Internet, tous ont profité de l’inversion de tendance d’un sport longtemps tourné vers la possession du matériel. Au cours des trente dernières années, les ventes de skis se sont en effet effondrées de plus de 50%. Quant au nombre de snowboards, les ventes ont chuté de quelque 75% en moins de vingt ans.

Certaines régions en Europe ont connu un basculement particulièrement fort comme en Angleterre ou en France, où la majorité des skieurs louent désormais leur matériel. Pour d’autres pays, comme l’Allemagne, l’Italie mais aussi la Suisse, l’achat reste la norme. «Mais la tendance évolue en faveur de la location, ce qui permet à nos affaires de continuer de progresser», assure Julien Gauthier.

Créé: 08.12.2017, 07h30

L’inévitable conquête du skieur chinois

Depuis quelques semaines, Swissrent a franchi un cap. En plus de l’allemand, de l’anglais du français et plus récemment de l’italien, la société suisse propose désormais son application en mandarin.

Pour Swissrent, l’enjeu est double. Le premier est naturellement de s’approprier un maximum de cette clientèle chinoise qui, chaque année, débarque plus nombreuse dans les stations suisses. Bénéficier d’une application dans la langue locale permettra surtout à Swissrent de tenter sa chance sur le marché asiatique, et cela avant les Jeux olympiques d’hiver de 2022, qui auront lieu dans la province du Hebei.

Chez Skiset, Julien Gauthier confirme un intérêt très similaire pour la Chine même si la société n’y est pas encore active. «Nous sommes en train d’étudier ce marché, d’en analyser l’évolution et le mode fonctionnement», affirme-t-il.

Depuis plusieurs années, le ski vit un essor spectaculaire dans l’Empire du Milieu. «En 2015, on dénombrait 15 millions de skieurs, soit le triple d’il y a deux ans. La croissance est gigantesque et le gouvernement chinois pousse dans ce sens, en encourageant par exemple les écoles à organiser des camps de ski», racontait récemment dans nos pages Wu Bin, directeur de la station de ski Shijinglong près de Pékin et vice-directeur de la Beijing Ski Association.

Les sociétés actives sur le marché de la location et de la vente sont d’ailleurs loin d’être les seules à s’intéresser au potentiel de la Chine pour les sports d’hiver. Dans le domaine des remontées mécaniques, au moment où la Chine construit chaque année des dizaines de stations de ski supplémentaires, les acteurs suisses espèrent bien pouvoir y faire des affaires. Des groupes, comme Bartholet SA, observent ainsi de près ce qui se passe dans ce pays pour s’y engouffrer dès que possible.

La Chine apparaît enfin fondamentale pour les fabricants de ski. «Arrivés il y a cinq ou six ans, nous avons constaté que nous devions repenser notre réseau de distribution, que la vente en ligne ne fonctionne pas comme en Europe», nous expliquait Walter Reusser, directeur chez Stöckli. Que ce soit pour la vente ou la location, la conquête des pistes de l’Empire du Milieu risque fort de se jouer en grande partie sur Internet. O.W.

Articles en relation

En trente ans, les ventes de ski se sont effondrées de moitié

Sport Fabricants et marchands de lattes ne peuvent pas avoir un pire week-end d’automne: ensoleillé et chaud Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Venise sous les eaux
Plus...