L’intelligence économique prolifère dans le canton

Renseignement Règles strictes et risques accrus incitent les entreprises à se prémunir. En mandatant des détectives.

A ce jour, 284 détectives privés et 95 agents de renseignements commerciaux sont autorisés à exercer leurs activités à Genève.

A ce jour, 284 détectives privés et 95 agents de renseignements commerciaux sont autorisés à exercer leurs activités à Genève. Image: Laurent Guiraud

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La semaine dernière, une banque privée suisse a retenu l’attention de la presse internationale. La FINMA, le gendarme helvétique des marchés financiers, a confisqué plusieurs millions de francs à Falcon Private Bank et la justice a ouvert une procédure pénale à son encontre. On lui reproche notamment de ne pas avoir assez fait de vérifications sur un client.

Pour les enquêteurs, détectives et autres analystes du renseignement, cette affaire est du pain bénit: elle incite une fois de plus les entreprises à plus de vigilance vis-à-vis de leurs partenaires pour éviter les mauvaises surprises. Les règles toujours plus fines de «compliance», les «leaks» qui foisonnent un peu partout et les sanctions, plus sévères, contribuent au boom de cette activité vieille comme le monde mais en transition grâce aux nouvelles technologies.

Accélération en 2016

A Genève, ville réputée pour ses espions au siècle dernier, l’univers bigarré de l’intelligence économique prospère aussi. Global Risk Profile, une société lancéenne spécialisée dans la prévention des risques liés à la corruption et au blanchiment d’argent, vient d’engager son quinzième employé. Ils étaient encore huit l’an dernier. «Nous pensons que le marché va croître», selon Joël Pastre, son cofondateur.

«Nous avons engagé une quinzième personne dans les opérations au début du mois», indique de son côté Jonas Rey, associé senior chez Diligence à Genève, un groupe également actif dans la résolution de conflits et qui occupait quatre personnes en 2012. «Quand il y a des instabilités dans le monde, les gens se tournent vers les sociétés d’intelligence», estime le consultant.

Infographie: toujours plus de détectives à Genève

K2, un groupe new-yorkais qui a ouvert en août 2015 une antenne dans le canton, recrute entre trois et cinq personnes. Les autres exemples de croissance abondent. A ce jour, 284 détectives privés et 95 agents de renseignements commerciaux sont autorisés à exercer leurs activités à Genève, contre 213 et 61 à la fin de 2012.

Parmi leurs clients figurent des avocats qui veulent en savoir le plus possible sur la partie adverse. Des individus, des industriels, des banques ou des compagnies pharmaceutiques qui doivent garantir l’intégrité de leurs clients, de hauts cadres sur le point d’être recrutés ou des sociétés dans lesquelles ils comptent investir. Des affaires de fraudes, au sein d’entreprises ou non, ont également pu les occuper. «Les membres du barreau de Genève, qui ignoraient notre existence il y a quelques années encore, nous connaissent désormais presque tous», estime Mario Brero, fondateur d’Alp Services, une des plus anciennes entreprises de la place.

PME exposées

Londres reste la capitale européenne de ce secteur jusqu’à présent plus développé dans la culture anglo-saxonne. «Genève est un petit Londres, avec ses gens fortunés, ses sociétés internationales, sa place financière et ses négociants en matières premières, des branches qui font appel à nos services», estime Frédéric Maendly, en charge du bureau de K2 dans le canton.

L’industrie du renseignement s’appuie sur un large éventail de bases de données, allant du Registre du commerce saoudien, disponible en ligne depuis peu, aux pages cachées du Web, en passant par les réseaux de partenaires à l’international. «On aime recruter des diplômés en lettres car ils font souvent preuve de curiosité et de rigueur, des qualités essentielles», souligne Joël Pastre.

Les PME, par méconnaissance ou pour des raisons financières, sollicitent peu ces agents. «Elles sont pourtant d’autant plus enclines à accepter à leur insu l’argent d’organisations criminelles, et de se faire racketter, que les banques prêtent peu. De l’argent sale est souvent placé dans la construction ou la restauration», prévient l’autre cofondateur de Global Risk Profile, Nicolas Giannakopoulos. Une association faîtière du secteur a vu le jour en Suisse et des hautes écoles proposent depuis peu des formations en la matière, de l’UNIGE à la HEG Genève par le biais de l’Institut neuchâtelois de lutte contre la criminalité économique.

(TDG)

Créé: 16.10.2016, 19h16

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