Quand l’imprimante 3D s’invite dans les cours de récré

Industrie Une start-up genevoise qui fournit des pièces à l’industrie horlogère, diversifie sa production avec les «handspinners», le jouet en vogue.

Les seize imprimantes de Matthieu Karotsch et Lyse Petey tournent quasi 24 heures sur 24.

Les seize imprimantes de Matthieu Karotsch et Lyse Petey tournent quasi 24 heures sur 24. Image: Georges Cabrera

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Elles ronronnent à peine mais elles triment. Seize machines impriment en trois dimensions et presque 24 heures sur 24 des pièces horlogères, jetons et autres «handspinners». Ainsi appelle-t-on les nouvelles toupies, ces jouets très prisés des écoliers en Suisse, en Europe et en Amérique du Nord depuis ce printemps.

Les imprimantes transforment différents fils plastiques biodégradables – certains contiennent aussi du cuivre, d’autres du bois, de la pierre, du carbone – en objets commercialisables en à peine plus d’une heure par pièce. Chaque jour, elles crachent jusqu’à 120 «handspinners» et 300 pièces en tout. Une vraie petite usine.

Conçus en une semaine

La preuve que les imprimantes 3D rapatrient l’industrie de Chine vers les pays occidentaux (lire ci-contre) Pas encore, même si les nouvelles machines réduisent les coûts de production tout en assurant une meilleure qualité. Chez 3Dvice, pour vendre, on parie moins sur le label «Swissmade» que sur la rentrée scolaire. En attendant, les stocks s’accumulent.

«J’ai découvert les handspinners en mai, des enfants m’ont demandé si je pouvais en concevoir avec mes imprimantes», indique Matthieu Karotsch. Le fondateur de 3Dvice y a vite vu de quoi diversifier ses produits, jusque-là confinés à l’horlogerie. En cinq jours, les premiers modèles sont imprimés et fin juin, avec l’arrivée de deux cartons de roulement à bille commandés en Chine, les premières ventes s’opèrent. Ses handspinners, flexibles, sont plus solides que les autres.

Elles restent modestes, augmentent au gré des publicités sur les réseaux mais ne permettent pas de tourner. Genève Plage, les centres FunPlanet et le parc Yatouland à Vernier vendent les nouvelles toupies des Acacias. Matthieu Karotsch sillonne aussi festivals et salons pour les promouvoir. Les grandes surfaces ne se montrent pas intéressées.

Débouchés potentiels

La rentrée, c’est un pari risqué, Matthieu Karotsch en convient. D’autant plus que malgré un contrat avec un groupe de luxe dans le canton, le patron vit chichement. «Une personne à l’hospice a autant de pouvoir d’achat que moi, dit-il. A Genève, les start-up ne sont pas assez entourées.»

Pour son lancement en janvier 2015, 3Dvice a néanmoins bénéficié d’un prêt de 65 000 francs de la Fondetec, une fondation étatique. Matthieu Karotsch a ajouté 20 000 francs. Il travaille avec une salariée, Lyse Petey, infographiste et bijoutière.

Il y croit dur comme fer: l’impression en trois dimensions peut transformer l’industrie et la façon dont on entretient le matériel. Une pièce cassée? On ira sous peu l’imprimer chez l’artisan du coin et éventuellement la faire personnaliser. Dans le canton, la jeune pousse a notamment pu créer des dessous de chaises adaptés à celles du Grand Théâtre.

Son fondateur voit d’autres débouchés. Pour les régies par exemple, régulièrement confrontées à des pièces défectueuses non remplaçables. Des poignées aux boutons d’ascenseurs, l’impression en 3D peut être une solution. (TDG)

Créé: 22.08.2017, 17h19

L’impact débattu de la 3D

L’impression 3D va-t-elle bouleverser l’industrie? La question était sur toutes les lèvres il y a quelques années aux Etats-Unis, dans le sillage du mouvement des «makers». Dans un livre publié en 2012, l’essayiste Chris Anderson argue que les imprimantes 3D – désormais accessibles au grand public car moins chères – ont le potentiel de rapatrier l’industrie vers les pays occidentaux et de relocaliser des emplois.

L’inventeur imagine un monde où quand une pièce d’un objet est défectueuse, on ne remplace pas l’ensemble mais on réimprime la pièce – chez soi ou chez l’artisan du coin – avant de la réinsérer dans l’objet en question. Au sein du Parti écologiste suisse, on y voit une potentielle bonne nouvelle pour la planète. Les Verts ont déposé en 2015 une motion visant à la création d’une plate-forme pour accompagner l’industrie 4.0 et l’impression 3D en particulier.

Aujourd’hui, la vision de Chris Anderson ne s’est pas (encore?) réalisée, même si les imprimantes 3D à prix abordable s’écoulent un peu partout. Le marché de l’impression 3D devrait passer de 11 milliards de dollars en 2015 à 26,7 milliards de dollars en 2019, selon le cabinet IDC. «On sent la concurrence des machines low cost», concède Lucien Hirschi. Le patron de Zedax, une entreprise de La Neuveville qui utilise des machines de pointe, estime néanmoins que les outils ne conviennent pas forcément pour la fabrication de masse et que les machines basiques ne répondent pas toujours aux standards de qualité exigés pour certains produits.

Parmi les sous-traitants horlogers, MedTech, automobiles et aéronautiques, les imprimantes 3D sont prisées car les avantages sont réels. Les boucles de ceintures imprimées sont par exemple plus légères, un argument de poids dans l’aviation. R.ET.

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