La faillite de Thomas Cook révèle un secteur en crise

TourismeTandis que les premiers rapatriements ont commencé, une nouvelle compagnie aérienne, Adria, a dû cesser ses vols.

Groundings en cascade de compagnies aériennes, sites internet à la peine et, surtout, voyagistes tentaculaires comme Thomas Cook ou TUI en perte de rentabilité: le secteur du tourisme en pleine explosion est l’un des plus concurrentiels et des plus impitoyables au monde.

Groundings en cascade de compagnies aériennes, sites internet à la peine et, surtout, voyagistes tentaculaires comme Thomas Cook ou TUI en perte de rentabilité: le secteur du tourisme en pleine explosion est l’un des plus concurrentiels et des plus impitoyables au monde. Image: FRANÇOIS MORI/AP PHOTO

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Mardi, l’opération de rapatriement des quelque 600 000 clients de Thomas Cook en vacances s’est poursuivie à plein régime. En deux jours, l’Autorité britannique de l’aviation civile a ramené 30 000 touristes anglais au bercail, soit 20% des 150 000 Britanniques dispersés dans le monde. En Grèce, en Espagne ou en Turquie, des cellules de crise ont été mises sur pied pour faciliter le transfert des clients du voyagiste britannique. «Franchement, je m’attendais à pire, témoigne ainsi un étudiant londonien. Mon retour va se produire un peu plus tard que prévu aujourd’hui, mais je rentre à la maison et c’est ce qui compte.»

Il faut dire que les difficultés financières de Thomas Cook étaient telles depuis ce printemps que les divers acteurs nationaux du secteur touristique – privés et publics – avaient pu se préparer. Mais les mauvaises nouvelles se succèdent, qui concernent aussi bien des compagnies aériennes que des géants du voyage organisé, tel le principal concurrent de Thomas Cook, le groupe TUI. Même les sites de réservation en ligne, comme Trivago, TripAdvisor ou Expedia, peinent à trouver leur rentabilité, attaqués qu’ils sont désormais par des géants d’internet. Tour d’horizon.

1) L’aviation

Dans la nuit de lundi à mardi, la compagnie aérienne slovène Adria Airways a cessé toutes ses activités, jusqu’à mercredi au moins. Plus un sou dans la trésorerie. Le transporteur slovène, qui compte une flotte de vingt avions, «cherche activement une solution pour redécoller». Quand? Nul ne le sait. Ce grounding momentané a plongé l’aéroport de Lugano-Agno dans une paralysie totale. Adria Airways assurait en effet quatre vols quotidiens aller-retour Kloten-Lugano pour le compte de Swiss.

Au même moment, à Berlin, une compagnie autrement plus importante, Condor, lutte pour sa survie. L’avionneur allemand était détenu à hauteur de 49% par le groupe Thomas Cook et possède une flotte de 42 moyens porteurs. Si, pour l’heure, Condor poursuit ses activités, elle a dû demander une aide d’urgence, lundi dernier, au gouvernement allemand, par le truchement d’un prêt relais estimé à 200 millions d’euros (218 millions de francs suisses). À ce jour, Berlin réserve sa réponse.

Ces deux compagnies aériennes ne font que rejoindre une longue liste de transporteurs aériens européens en faillite ou au bord du collapse. Le 19 septembre dernier, la petite compagnie française XL Airways – spécialisée dans le low cost intercontinental – a demandé son placement en redressement judiciaire. Écrasée par une dette de 250 millions d’euros. Peu avant, c’était le No 2 du transport aérien français après Air France, Aigle Azur, qui a fait faillite. Enfin, le sort de la troisième compagnie low cost d’Europe, Norwegian, est, comme celui de Condor, plus qu’incertain.

Cette situation est pourtant paradoxale, dans un secteur touristique mondial en pleine explosion, avec une nouvelle croissance de 6% l’an dernier. «L’industrie aérienne est très cyclique, explique Andreas Wittmer, professeur à l’Université de Saint-Gall, dans «Le Temps». Ces dernières années, elle a globalement gagné de l’argent, mais si on cumule les profits et les coûts de toutes les compagnies sur les soixante dernières années, elle est à peine au-dessus de zéro.» Et seules les plus grosses survivent.

2) Les tour-opérateurs

Même si la faillite de Thomas Cook est particulièrement spectaculaire, elle n’est que l’arbre qui cache la forêt. Ainsi, son principal concurrent, le groupe TUI, prévoit un recul de 26% de son bénéfice opérationnel en 2019, par rapport au 1,18 milliard d’euros réalisé l’an dernier. La cause de ses difficultés? Pêle-mêle, «les incertitudes liées au Brexit, la surcapacité dans le secteur aérien et l’interdiction momentanée de vols pour les Boeing 737 MAX qui font partie de notre flotte», explique le CEO de TUI, Friedrich Joussen.

En réalité, c’est bien le modèle d’affaire des tour-opérateurs, associant agences de voyages, hôtels et avions, qui est définitivement attaqué par l’explosion des offres en ligne et par l’intelligence artificielle.

3) Les sites en ligne

On pourrait dès lors croire que tout baigne chez les acteurs numériques du tourisme. Il n’en est rien. Condamnés à des dépenses marketing pouvant atteindre 80% de leur chiffre d’affaires, les Trivago, TripAdvisor ou Expedia sont aujourd’hui pris d’assaut par bien plus gros et puissants qu’eux: le géant chinois Alibaba vend désormais des voyages sur internet, et Google, qui offre déjà un comparateur de prix totalement gratuit, va à son tour se lancer bientôt dans la commercialisation de séjours.

Créé: 25.09.2019, 07h00

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