L’exil tente l’industrie alimentaire suisse

ConjonctureDe plus en plus de fabricants de friandises sont prêts à abandonner le «made in Switzerland».

Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Les fabricants suisses de gourmandises, de chocolat, de biscuits ou même de potages sont de plus en plus attirés par l’exil. Le franc ne faiblit guère et les dispositions légales relatives au «Swissness» dissuadent. Il s’agit de quatre ordonnances du Conseil fédéral liées à la protection des marques, des indications de provenance, des armoiries publiques et autres signes publics.

Il est souvent reproché à ce nouveau dispositif d’induire de lourdes charges administratives et des coûts rédhibitoires avec la règle des 80% de matières premières provenant de Suisse. Ce régime entrera en vigueur le 1er janvier prochain.

Baisses des prix

A cela s’ajoutent de nouveaux mastodontes du commerce de détail: des alliances d’achat regroupant quelques-uns des plus grands distributeurs européens. Coop vient ainsi d’entrer en août dans l’alliance Alidis, regroupant notamment ses confrères français Groupement des Mousquetaires, allemand EDEKA et espagnol Eroski. La Fédération des coopératives Migros (FCM) avait déjà adhéré en 2008 à AMS Sourcing, structure réunissant, entre autres, le britannique Morrisons et le néerlandais Ahold.

Ces alliances d’achat ont de multiples vertus. A commencer par d’heureux effets de masse sur les coûts d’approvisionnement de chaque membre de ces organismes. «Grâce à l’alliance Alidis, nous pourrons à l’avenir assurer des baisses substantielles de prix dans nos propres magasins», se félicite Ramon Gander, porte-parole de Coop.

Fermeture à Morges

Son homologue de Migros, Tristan Cerf, s’exprime sensiblement dans le même sens: «Nous faisons toujours profiter nos clients, complètement et immédiatement, des avantages que nous avons obtenus dans notre approvisionnement. Cela s’avère évidemment aussi valable pour les produits que nous nous procurons par le biais de l’alliance AMS Sourcing.»

En dépit de la puissance de ces alliances (leurs chiffres d’affaires respectifs se situent entre 126 milliards et 154 milliards de francs), Coop et les dix coopératives de la FCM ne prévoient bien sûr pas de réduire leur offre en vrais produits helvétiques. Ni de dégraisser dans leurs propres firmes: comme Micarna pour les produits carnés et Jowa pour la boulangerie-pâtisserie chez Migros.

Coop a certes renoncé à la production de pâtes «made in Switzerland» en fermant une usine Pasta Gala à Morges en 2014. Mais la firme bâloise a maintenu en Suisse la fabrication de chocolat (Halba), de fruits secs (Sunray) et d’eaux minérales (Swiss Alpina).

Quoi qu’il en soit, les deux plus grands détaillants du pays ne peuvent pas, ou pas encore, pousser la logique d’une réduction des coûts en diminuant leur offre de produits helvétiques. Principal obstacle: les attentes d’une part appréciable de la clientèle indigène, stimulées par un pouvoir d’achat relativement solide.

«Il n’empêche que les alliances d’achat renforcent le pouvoir des détaillants dans les négociations sur les prix. La force du franc a en plus accru la pression des importations ces derniers temps», indique Urs Furrer, codirecteur de la Fédération des industries alimentaires suisses (Fial). Du coup, les menaces s’accumulent sur quelques-uns des 40 000 postes de travail existant actuellement dans cette branche.

Du fait du franc fort, de conditions aussi strictes qu’imminentes pour le précieux label «made in Switzerland» et de la force des alliances d’achat, un sentiment de lassitude semble en effet se développer dans un grand nombre d’entreprises. «Ces trois facteurs combinés nous conduisent à une situation où de moins en moins de personnes seront employées dans l’industrie alimentaire suisse», prévient Markus Kähr, directeur général de Haco AG, maison bernoise employant en Suisse près de 500 personnes et fabriquant des condiments, des soupes et autres barres de céréales.

La firme Kambly SA, tout aussi bernoise, n’est elle-même pas épargnée. Son directeur général, Hans-Martin Wahlen, évoque les directives en partie non réalisables du «Swissness»: «C’est pourquoi nous devons, à contrecœur, renoncer à la croix helvétique sur une partie de nos produits.»

Le secrétaire général de l’illustre biscuiterie, Rudolf Winzenried, insiste sur deux autres facteurs aggravant les menaces sur l’emploi: «Le protectionnisme agricole suisse, conduisant à des coûts de matières premières nettement plus élevés que dans le reste de l’Europe, et l’abandon de la loi chocolat.» C’est-à-dire la fin des subsides à l’exportation, versés aux transformateurs de produits agricoles suisses pour compenser la différence de prix entre les matières premières du pays et celles de l’étranger. Ils se sont élevés à 90 millions de francs en tout l’an dernier.

Knorr sans «Qualité suisse»

La multinationale anglo-néerlandaise Unilever n’est pas moins concernée par le dilemme. Sa filiale Unilever Schweiz GmbH fabrique 600 produits Knorr suisses à Thayngen (Schaffhouse). Le directeur d’Unilever Suisse, Alexander Kühnen, indiquait l’an dernier que les tâches administratives liées au Swissness lui coûtaient trois à quatre postes à plein-temps. Du coup, la possibilité de supprimer la mention «Qualité suisse» sur des centaines de produits Knorr avait été évoquée. (TDG)

Créé: 08.04.2016, 20h42

Une firme vaudoise délocalise à l’Est

Une firme vaudoise délocalise. Tellement vaudoise que la nouvelle suscitera forcément de l’émotion. Il s’agit de Cornu Holding SA, domiciliée à Champagne. «Nous allons transférer dans trois mois une ligne de production de notre filiale fribourgeoise Roland en Roumanie. Il s’agit de pains croustillants sans gluten.

Vingt collaborateurs de notre entreprise sont concernés par cette mesure, mais nous ne procéderons à aucun licenciement», précise le directeur général, Marc-André Cornu. Ce transfert paraît difficilement évitable en termes d’économies d’entreprise.

«Avec certains de nos produits, fabriqués en Suisse puis exportés, nous faisons des pertes. Cela ne peut pas continuer ainsi. D’autres suppressions de postes sont à prévoir et notre entreprise garde la possibilité d’accroître sérieusement sa production en Roumanie», prévient Marc-André Cornu.

Même avec environ 50% de sa production effectuée hors de Suisse, la maison Cornu n’échappe donc pas à l’étau se resserrant autour de l’industrie Tel est le destin d’une entreprise qui a vu le jour en 1934 avec la boulangerie ouverte à Champagne par André Cornu.

Représentant de la troisième génération des Cornu, Marc-André a en plus marqué l’histoire de la commune en y assumant la syndicature pendant quinze ans. Son père, Paul-André, en avait fait presque autant un peu plus tôt.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.