«Christoph Blocher joue avec le feu»

Votation Le secrétaire général de la Fédération des entreprises romandes redoute le suspense précédant le vote sur une nouvelle initiative populaire de l’UDC.

Le secrétaire général de la Fédération des entreprises romandes, Blaise Matthey.

Le secrétaire général de la Fédération des entreprises romandes, Blaise Matthey. Image: Olivier Vogelsang

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Souvenez-vous! En été 2011, l’Union démocratique du centre (UDC) lance son initiative populaire «Contre l’immigration de masse». Son contenu remet en cause le fameux chapelet des Accords bilatéraux I avec l’Union européenne, en vigueur depuis le 1er juin 2002. La majorité des votants et des cantons approuve cette initiative le 9 février 2014. Le génie diplomatique helvétique permet d’arracher deux ans plus tard «une solution consensuelle» à Bruxelles, approuvée par les Chambres fédérales le 16 décembre dernier. Mais l’UDC ne renonce pas et remet ça en janvier. «Christoph Blocher joue avec le feu», prévient le secrétaire général de la Fédération des entreprises romandes, Blaise Matthey.

Cette personnalisation du débat ne surprend guère. L’ex-conseiller fédéral UDC s’est fait le plaisir de dévoiler lui-même la «Begrenzungsinitiative» (initiative pour la limitation, sous-entendu de l’immigration, sous réserve de la traduction francophone que choisira bientôt l’UDC), lors de l’Arena du 22 septembre (débat politique hebdomadaire produit par la TV alémanique). Cette nouvelle œuvre de l’UDC vise notamment à anéantir l’accord bilatéral sur la libre circulation des personnes. «La Suisse réglemente de façon autonome l’immigration de ressortissantes et de ressortissants étrangers», prévoit entre autres la Begrenzungsinitiative, citée récemment par l’hebdomadaire zurichois SonntagsZeitung (édité par Tamedia comme ce journal).

Les nouvelles dispositions proposées par l’UDC et l’Action pour une Suisse indépendante et neutre sont actuellement examinées par la Chancellerie fédérale. Tout indique que la récolte des signatures débutera en janvier. Le processus habituel déclenchera un nouveau suspense de deux ou trois ans, avant un scrutin populaire vraisemblablement organisé entre l’automne 2019 et le printemps 2020. Une telle épreuve ne saurait ne rester sans effet. D’autant moins après le Brexit approuvé par les sujets britanniques le 24 juin 2016.

«Cela met en danger l’ensemble des accords avec l’Europe, soit près de 120. Cela amoindrit la confiance dans la capacité de la Suisse de respecter des accords si, à chaque fois, ils doivent être dénoncés en raison de décisions populaires», relève Blaise Matthey Economiste senior de la Recherche d’UBS, Alessandro Bee, indique les conséquences à prévoir: «L’incertitude pour les entreprises suisses sur les possibilités et les conditions d’accès au Marché unique peuvent provoquer un ralentissement de notre économie. Avec en premier lieu un ajournement des investissements des entreprises jusqu’à ce que l’orientation de la politique de la Confédération puisse être connue.»

Risques pour l’emploi

Quels seront les effets de ces réflexes de prudence sur le marché du travail? Difficile à évaluer. L’Union patronale suisse (UPS), fédération d’associations rassemblant les entreprises en tant que pourvoyeurs d’emplois, manifeste néanmoins des inquiétudes: «Du point de vue des employeurs, non seulement la résiliation de l’accord sur la libre circulation des personnes conduit à une impasse, mais aussi la nouvelle initiative de l’UDC.»

Les enjeux s’avèrent il est vrai énormes: 60% des exportations helvétiques sont destinées à des Etats membres de l’Union européenne et 80% des importations en Suisse proviennent du Marché unique. Du fait de ces réalités, la Fédération des entreprises suisses (EconomieSuisse) insiste sur les risques liés au suspense induit par le lancement d’initiatives populaires visant à contraindre nos autorités à rompre les relations avec Bruxelles: «Si la situation devait perdurer, cela pourrait freiner le développement économique de notre pays et la création d’emplois.»

Plus tard se posera la question des dommages à prévoir après une éventuelle résiliation des accords bilatéraux I. «Les deux études mandatées par le Secrétariat d’Etat à l’économie en 2015 (effectuées par Ecoplan et BAK Basel Economics AG) parviennent à la conclusion que l’abandon de ces traités auraient des répercussions très négatives sur l’économie suisse», prévient René Schwok, directeur de du Global Studies Institute, à l’Université de Genève.

Et sans pouvoir espérer de compensation dans une élévation des contingents pour les travailleurs provenant d’Etats tiers, comme celle décidée pour l’an prochain par le Conseil fédéral le 29 septembre, selon l’Union suisse des arts et métiers (USAM). «La relative proximité, en termes de formation, avec les Etats membres de l’Union européenne se révèle importante. Les ressortissants d’Etats tiers ne satisfont que partiellement les besoins des petites et moyennes et entreprises», indique Henrique Schneider, directeur adjoint de l’USAM, organisation présidée par le conseiller national fribourgeois UDC, Jean-François Rime.

A cela s’ajoutent les aspects quantitatifs. « L’augmentation du contingent 2018 pour les travailleurs en provenance d’Etats tiers porte sur 500 permis. Mais environ 143'000 résidents en provenance de l’Union européenne arrivent en Suisse chaque année et 70'000 repartent », relève René Schwok (TDG)

Créé: 05.10.2017, 17h39

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