Les chauffeurs Uber gagnent plus que leurs homologues des taxis traditionnels

TransportL’application de la société américaine et la forte demande permettent de réaliser plus de courses par mois.

L'application américaine bouscule le milieu des taxis genevois.

L'application américaine bouscule le milieu des taxis genevois. Image: Keystone

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«Je gagne plus de 6000 francs par mois, bien plus qu’avant.» Ainsi parle Abdel*, un chauffeur genevois utilisant UberX, une application qui lui permet de trouver des passagers. Il travaillait auparavant pour une compagnie de taxis traditionnels. Les conducteurs, eux, engrangent rarement plus de 4500 francs par mois.

Abdel exagère-t-il ou constitue-t-il une exception? Pas aux yeux de Steve Salom, directeur d’Uber en Suisse romande, pour qui ce chiffre est «tout à fait plausible». Les chauffeurs utilisant UberX contactés par la Tribune de Genève ne se disent pas non plus surpris par ce montant. La plupart d’entre eux ne gagnent pas autant qu’Abdel car ils se connectent moins souvent sur l’application - seulement pour arrondir leur fin de mois. Mais par heure, ils percevraient jusqu’à 50 francs. «Mes clients affirment gagner mieux leur vie», note enfin Vincent Maitre, avocat de chauffeurs utilisant Uber.

Manque de chauffeurs
Comment expliquer ces chiffres alors que par course un chauffeur Uber gagne moins? «Uber permet d’effectuer beaucoup plus de courses», témoignent unanimement les conducteurs contactés par le journal. «La demande est si forte, surtout le soir, qu’on attend jamais entre deux courses et le système de géolocalisation d’Uber nous met en lien avec des clients près de nous», disent-ils chacun.

Un système de bonus, mis en place pour agréger le plus possible de chauffeurs autour d’Uber à son lancement, a étoffé les défraiements. Que ce système ne soit plus appliqué aujourd’hui, et que chaque course soit désormais commissionnée à hauteur de 20%, n’y change rien: les chauffeurs disent s’y retrouver.

«On passe d’un modèle économique construit sur la marge (peu de courses chères) à un modèle autour du volume (fort taux d’utilisation des véhicules)», selon Thomas Meister, porte-parole d’Uber pour l’Europe de l’Ouest. La demande est si forte que la société envoie au quotidien des e-mails à ses utilisateurs pour les inciter à se connecter. «Nous manquons de chauffeurs. Nous n’arrivons à satisfaire que la moitié des commandes des passagers», relève Steve Salom.

Etude controversée
Du côté des chauffeurs de Taxiphone, la principale centrale de taxis à Genève, le discours est tout autre. Eux se plaignent d’attendre toujours davantage entre deux courses - souvent plus d’une heure depuis l’arrivée d’Uber. «Ils gagneraient mieux leur vie en utilisant l’application Uber, tout en restant affiliés à Taxiphone, car ils effectueraient plus de courses par jour, plutôt que de perdre leur temps à attendre aux stations de taxis», estime d’ailleurs Vincent Maitre.

Une étude réalisée en décembre dans vingt marchés aux Etats-Unis confirme cette tendance: 71% des chauffeurs Uber interrogés par l’institut Beneson Strategy Group disent désormais gagner davantage. Pour Jacques Roulet, avocat de Taxiphone, ce sondage a été payé par Uber à des fins publicitaires. Le groupe californien, face à la pénurie de chauffeurs, ferait tout son possible pour en attirer davantage.

Marché en croissance
La plupart des chauffeurs de taxis traditionnels disent ne pas vouloir utiliser Uber car leur employeur les leur interdit et parce qu’Uber est considéré comme illégal. Selon des observateurs, le fait que les transactions se fassent électroniquement - ce qui les contraint à tout déclarer - ne les incite pas non plus à se tourner vers la multinationale américaine.

Les 900 taxis de service public (les bombonnes jaunes) sont protégés par un numerus clausus. Le canton de Genève ne risque-t-il pas d’être inondé de nouveaux concurrents si Uber devait y pérenniser ses activités? Contacté, le ministre en charge du dossier Pierre Maudet, qui élabore une loi sur les taxis, ne souhaite pas commenter.

Selon Uber, les chauffeurs utilisant son application gagneront davantage à long terme, même s’ils devaient être plus nombreux. Le marché du transport individuel, sous son impulsion, ne cesserait en effet de grossir. «Nous n’avons aucun avantage à proposer un système où les chauffeurs sont perdant», estime Steve Salom.

*Nom d'emprunt connu de la rédaction (TDG)

Créé: 01.05.2015, 18h38

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Uber et les impôts

Où va l’argent généré par une course réalisée via Uber? Les chauffeurs - professionnels (utilisant UberX, comme à Genève) ou amateurs (recourant alors à UberPop, à Lausanne) - perçoivent 80% du prix de chaque course. Cet émolument, plus important pour les professionnels (UberX est plus cher qu’UberPop), reste donc en Suisse où il est a priori réinjecté dans l’économie locale. La TVA est réglée sur 100% du prix de chaque course par le chauffeur. «Uber est la seule des grandes entreprises de technologies dont l’impact local est à ce point important», selon Thomas Meister, porte-parole d’Uber pour l’Europe de l’Ouest.

Les 20% restants (25% s’il s’agit du service haut de gamme UberBLACK, lancé en mars à Genève) sont prélevés et partent à Amsterdam, aux Pays-Bas, où Uber a installé son siège social pour l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique. Selon BFMTV, les revenus générés partent ensuite aux Bermudes puis dans l’Etat américain du Delaware, réputé pour sa fiscalité douce. En Suisse, Uber s’est doté d’un établissement à Zurich. La société paie toutes ses charges helvétiques par ce biais, dont celles de ses six employés à Genève. R.ET.

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