«Le charbon fera toujours partie de la famille royale»

Energies La ressource naturelle la plus détestée des écologistes reprend des couleurs. Le point avec un trader.

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Le charbon, cette énergie décriée et polluante, se ressaisit. Le cours du charbon thermique australien au terminal de Newcastle – la référence en Asie – a bondi de 35% depuis le début de l’été pour atteindre son plus haut niveau en un an à 60 dollars la tonne. Cette ressource est promise à un bel avenir, malgré le virage durable prôné par les milieux politiques. Entretien avec Raffaele Miscoria, responsable de son commerce chez SIMEC (un acronyme pour Shipping, Industry, Mining, Energy, Commodities), un géant du négoce qui vient de s’installer à Genève.

Pourquoi SIMEC ouvre-t-il un bureau à Genève, une capitale du négoce certes, mais pas du charbon?

En fait si. Depuis quelques années, les géants du négoce de pétrole – Trafigura, Vitol et Mercuria – se tournent vers le charbon. Ce mouvement a été initié pendant la crise financière, quand le charbon s’échangeait autour des 225 dollars la tonne. Depuis, les prix ont baissé mais les opportunités demeurent, surtout qu’il y a dorénavant plus de place pour des intermédiaires dans ce commerce. Genève et Londres dominent ce secteur en Europe. Cela dit, SIMEC est actif dans le trading de plusieurs autres matières premières.

Combien d’employés compte SIMEC à Genève?

Pour l’instant quatre, mais nous comptons être une dizaine en décembre. SIMEC a une valeur ajoutée: être présent sur toute la chaîne pour proposer des bas prix, de la centrale au client. Le principal coût du charbon, une matière qui prend de la place, vient de son transport. Par voie maritime, c’est moins cher. C’est aussi pour ça que la Suisse, un pays sans accès à la mer, n’a jamais utilisé beaucoup de charbon.

Le charbon est très polluant, non?

Mais il comprend de nombreux avantages: son prix est plus stable que celui des autres matières et son accès est très fiable, deux points où il fait mieux que le pétrole et le gaz. Les réserves sont abondantes, partout dans le monde, un autre avantage. Et les nouvelles centrales thermiques sont moins polluantes que les anciennes. Elles sont équipées de sortes de pots catalytiques qui absorbent mieux les émissions polluantes. De plus, leur technologie moderne permet d’obtenir un bien meilleur rendement. Elles peuvent ainsi accroître leur compétitivité.

Comment expliquer la hausse des prix? Parce que la Chine en produit moins?

La Chine est de loin le principal producteur (avec 3,3 milliards de tonnes produites par an), mais la quasi-totalité de son charbon est consommée en son sein. Sur le marché international (plus petit, il pèse 800 millions de tonnes par an), les principaux producteurs sont l’Indonésie, l’Australie, la Russie, la Colombie et l’Afrique du Sud. Dans ces pays, des mines ont été fermées. Ces dernières années, l’offre s’est ajustée à la demande, qui ne baisse pas tant que ça. De plus, la Chine a aussi augmenté les importations, qui pour elle représentent une quantité négligeable, mais qui ont de grandes conséquences sur le marché international.

Le prix du solaire baisse. Pas assez pour concurrencer le charbon?

Si les énergies renouvelables n’étaient pas subventionnées, il n’y aurait pas de concurrence. De nombreux pays ne peuvent d’ailleurs pas se permettre de subventionner les énergies renouvelables. L’Italie diminue ses subventions. Une importante centrale électrique au charbon est en construction à Dubaï. Même un pays si ensoleillé mise sur le charbon.

Comment voyez-vous l’avenir du charbon?

Il ne sera plus le roi des énergies mais il fera toujours partie de la famille royale. Il comblera les manques des autres énergies car on ne peut pas stocker l’électricité. En Allemagne, pays modèle en matière d’énergies renouvelables, quand il n’y a pas de vent ou de soleil et que les énergies éolienne et solaire ne suffisent pas, on se tourne vers les hydrocarbures, le nucléaire et le charbon, des énergies non intermittentes (ndlr: voir infographie). Des pays subventionnent la production thermique pour cette raison. Il restera aussi essentiel pour l’industrie de l’acier, qui absorbe un quart du charbon négocié à l’international.

(TDG)

Créé: 05.09.2016, 21h38

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