Le camp des surdoués

Guerre des talentsSeptante jeunes scientifiques du monde entier se sont retrouvés au BioCamp Novartis.

Trente et une nationalités sont représentées à la rencontre internationale cette année.

Trente et une nationalités sont représentées à la rencontre internationale cette année. Image: DR

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Ils sont gonflés à bloc, ces 70 étudiants triés sur le volet et représentant 31 nationalités. Invités la semaine dernière à Bâle au BioCamp International de Novartis, ils ont pu s’informer pendant quatre jours sur l’industrie pharmaceutique, augmenter leur savoir-faire et affiner par là même leur plan de carrière.

Leurs études, pour la plupart d’entre eux en cours, ont été couronnées par des prix. Certains ont même réussi à publier des articles dans des revues scientifiques prestigieuses. Ils sont très conscients de faire partie de l’élite en matière de sciences. Cela se ressent: ils marchent vite, parlent vite et, surtout, réfléchissent vite. Rencontres.

Fonder son entreprise

Tout est déjà clair et décidé pour quelques-uns. Du haut de ses 21 ans, le Japonais Masatoshi Takara déclare sans aucune hésitation: «Je vais fonder mon entreprise dans les sciences de la vie, au Japon, pour contribuer à l’essor de mon pays.» Ce jeune étudiant, parfaitement bilingue anglais-japonais pour avoir vécu jusqu’à ses 18 ans à New York, trouve l’environnement du BioCamp «très stimulant». A tel point qu’il a reçu mercredi un des trois prix décernés individuellement à ses participants.

L’Egyptienne Mennatalla Mahdy, 24 ans, est aussi renversante d’aplomb. «J’ai obtenu d’excellents résultats pour mes études de premier cycle. Je les poursuis maintenant en Allemagne. Cela m’a permis d’être finaliste du BioCamp égyptien et de pouvoir maintenant participer à la rencontre annuelle internationale avec un autre collègue.» Où voit-elle son avenir? «Pas en Egypte. C’est dans mes gènes, j’ai besoin de bouger, de voir d’au­tres pays, d’autres cultures, et d’amasser un maximum d’expérience.»

Pour des étudiants de ce niveau, chaque décision est clairement soupesée. La carrière ressemble à un jeu d’échecs où tous les coups comptent et doivent porter.

Rester généraliste

Une question qui les préoccupe beaucoup est celle du doctorat. Se lancer dans des études de troisième cycle qui durent de trois à quatre ans en vaut-il la chandelle? Cela est-il un avantage de se spécialiser, ou vaut-il mieux au contraire rester un généraliste? Pour Joseph Jimenez, grand patron de Novartis, «la décision vous revient, l’un comme l’autre peut être intéressant», leur a-t-il répondu lors d’une conférence.

Muriel Blum, elle, a pratiquement fait son choix, elle veut rester une généraliste. La Bernoise de 23 ans est en train de terminer ses études de master en science et génie des matériaux à l’EPFL. «L’interdisciplinarité et la richesse de ces études m’ont beaucoup intéressée. On ne se focalise pas sur un domaine en particulier, mais on acquiert des connaissances en physique, en chimie, en mathématiques», explique-t-elle.

Un doctorat? «Je pense plutôt pas», ajoute Muriel Blum, qui a aussi voulu faire des études en Suisse romande pour maîtriser une seconde langue nationale. Distinguée tôt, en 2010, par le Premier Prix de la Société mathématique suisse pour son travail de maturité, elle a passé une année à l’Université McGill de Montréal pendant son bachelor.

Des loisirs très studieux

Les étés, pas question de bronzer sur une plage ensoleillée. Muriel Blum élargit ses connaissances dans d’autres domaines scientifiques et a participé jusqu’à maintenant à «une demi-douzaine d’académies d’été» organisées par la Fondation suisse d’études, qui soutient les plus talentueux étudiants du pays. Ces voyages d’études d’une semaine permettent à une vingtaine d’étudiants d’examiner des problèmes d’actualité dans un échange avec des spécialistes de renom.

Les études ne sont pas tout, mais tout est abordé avec le même engagement. Comme la flûte traversière, que l’on «pratique depuis quatorze ans maintenant dans des ensembles, avec des premières expériences dans des orchestres», poursuit Muriel Blum. Les coups de folie, ce sera «faire du ski ou de la marche, cela aussi fait partie de la vie», précise-t-elle.

Pour garder un bon pied dans la réalité du monde du travail, Muriel Blum a «suivi en branche secondaire des cours d’économie et de finance, pour déjà avoir des éléments permettant de créer une entreprise ou d’y travailler comme manager».

Et à long terme? La Suisse!

L’avenir à long terme de Muriel Blum? Il aura sa place en Suisse. «Il y a ici une excellente culture pour la création de jeunes entreprises, on connaît la sécurité du droit et son classement parmi les pays les plus innovants est excellent.»

C’est pour les mêmes raisons que Julien Cors, 26 ans, compte aussi rester en Suisse à long terme. Le Genevois, rattaché à l’EPFZ, travaille d’arrache-pied à son doctorat dans le domaine de la mécanique des fluides au Centre de recherche IBM de Rüschlikon, tout près de Zurich. Ce dernier est connu pour avoir reçu coup sur coup le Prix Nobel de physique en 1986 et en 1987.

Pour Julien Cors également, rester ouvert aux découvertes est essentiel: «Les centres d’intérêt se précisent avec les études.» Quant aux loisirs, l’ancien handballeur de Ligue nationale A (CS Chênois) juge «relativement malsain de ne pas avoir d’autre activité que la recherche ou les études».

«L’ambiance de cette rencontre à Bâle est très bonne et le travail de groupe (en anglais Case Study) ouvre l’horizon. Comprenant sept ou huit personnes, il est inhabituellement grand pour moi.» C’est intéressant, ajoute Julien Cors, «on ne remarque pratiquement pas les différences d’âge, de culture ou de formation dans un tel groupe de travail». C’est sûrement cela, la magie fédératrice de la science: ce qui compte, c’est le résultat.

Créé: 31.08.2015, 21h49

Novartis lève le voile sur son modèle d’affaires

En voulant s’assurer que les participants du BioCamp comprendront bien les défis qui touchent la branche pharma, Joseph Jimenez, directeur général de Novartis, leur a fourni un résumé très éclairant sur le modèle d’affaires de la multinationale suisse.

Contrairement à la plupart des entreprises, Novartis ne prend pas ses décisions sur un horizon de deux à quatre ans, mais de dix ans. Le colosse bâlois, première entreprise pharmaceutique du monde, se positionne dans le long terme et arrive ainsi à la conclusion que les dépenses dans la santé «vont doubler» d’ici là, ce qui est de bon augure pour lui, puisqu’il en vit.

«Les fusions et acquisitions entre entreprises actives dans la branche vont aussi se poursuivre à haut niveau», a-t-il encore ajouté.

Ces prévisions se basent sur plusieurs développements. Les changements démographiques comptent parmi les plus importants. «La population mondiale gagnera 1 milliard d’individus supplémentaires» en 2025, prévoit Joseph Jimenez. Autre développement significatif: «Le nombre de personnes âgées de 50 ans et plus sera supérieur à 500 millions à cette date.» Les problèmes de santé liés au mauvais fonctionnement du corps ont la fâcheuse tendance à augmenter de manière exponentielle autour de cet âge. Novartis couvre ces nouvelles demandes avec une de ses trois divisions, Alcon.

La hausse des coûts de la santé sera supportée par les assurés, on le sait, mais aussi par les pouvoirs publics. Le problème, c’est que ces derniers sont toujours moins d’accord de compenser les pertes, prévoit la multinationale. Leur situation financière s’est dégradée à cause des dernières crises financières et économiques. Dès lors, a poursuivi Joseph Jimenez, «la pression va augmenter pour obtenir des médicaments qui fonctionnent mieux». Les entreprises pharmaceutiques qui ne pourront pas s’adapter à cette nouvelle réalité seront englouties par leurs concurrentes. Paradoxalement, car cela va augmenter les dépenses des Etats, Novartis met alors sur le marché des médicaments toujours plus pointus avec son activité Pharmaceuticals, voire carrément spécifiques à des maladies très rares.

Et, pour arriver à arrondir les angles avec les pouvoirs publics, Novartis leur dit: «Nous avons bien ces médicaments très efficaces et chers, mais nous avons aussi des médicaments génériques très bon marché et de très grande qualité avec nos produits Sandoz (la 3e et dernière division de Novartis)», a conclu le directeur. Raison pour laquelle la multinationale est en faveur des génériques, «une fois que les licences pour les médicaments traditionnels sont dépassées». La Suisse est un des piliers du modèle d’affaires de Novartis puisque le groupe y dépense chaque année plus de 3 milliards de francs dans la recherche, soit le tiers du total qu’il y consacre à l’échelle mondiale.


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