Un avion-robot de 850 kilos dans le ciel suisse

DronesArgus teste au bord du lac de Constance un ULM autonome. Ses travaux font écho aux avions sans pilote électriques sur lesquels planchent H55 ou Dufour Aerospace en Valais.

Équipé d'un parachute, ce petit monomoteur a conquis des milliers de conducteurs du dimanche.

Équipé d'un parachute, ce petit monomoteur a conquis des milliers de conducteurs du dimanche. Image: DR

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S’il finit par s’installer dans la «home of drone» – le berceau suisse des objets volants sans pilote promu par la Confédération – l’avion-robot de Charles Hergott y fera figure d’éléphant. Basé à Genève, cet entrepreneur est en train d’adapter, dans un hangar de l’aéroport d’Altenrhein (TG), des systèmes de commandes automatisés sur un ULM du fabricant slovène Pipistrel. Antithèse des drones ultracompacts proposés par une escadrille de PME issues de l’EPFL, les 850 kilos de son Argus UAV le rapprochent davantage des drones militaires israéliens acquis par le Département fédéral de la défense pour 250 millions il y a quatre ans.

Doté d’un parachute, ce monomoteur de poche a conquis des milliers de pilotes du dimanche, en raison de sa simplicité et de sa robustesse. Charles Hergott veut le transformer en un «œil dans le ciel capable de voler vingt-cinq heures au-dessus d’une même zone et de couper ses moteurs pour planer longuement en silence». Celui qui passe désormais ses semaines au bord du lac de Constance évoque la surveillance des frontières, des missions de gardes-côtes ou de parachutage de matériel – l’absence de passagers lui permettant d’embarquer près de 200 kilos.

L’OFAC prépare le terrain

Le sujet des avions d’observation reste sensible, vingt-cinq ans après le scandale des Pilatus d’entraînement utilisés pour des missions de bombardement à l’étranger. Le fondateur d’Argus Aviation Technologies assure que «le système d’automatisation va être intégré à l’avion suivant les règles les plus strictes de l’aviation civile suisse».

Tout dépend du processus d’homologation par l’Office fédéral de l’aviation civile (OFAC), longue et coûteuse quête détaillant «chaque aspect de l’avion, de l’autopilote, du software», décrit celui qui espère être autorisé à faire voler à la fin de l’été son appareil inspiré du dieu grec aux cent yeux. Charles Hergott reconnaît que son projet est rendu possible par l’attitude «libérale» de la Suisse en la matière. Dans un rapport fondateur décrivant les ambitions du pays, l’OFAC soulignait dès 2016 que, contrairement par exemple à l’Union européenne, il adoptait une réglementation ne prononçant «pas d’interdictions ou de restrictions à titre préventif» mais les décrétant «lorsque l’analyse détaillée des risques le commande».

«La Suisse va jouer un rôle majeur dans la révolution qui attend le transport par les airs»

«L’expérience Solar Impulse a ouvert la voie à cette approche, l’OFAC a depuis accordé une dizaine d’autorisations à des tests de drones lourds, comme ceux utilisés par La Poste pour le transport de colis au-dessus de Zurich ou de Lugano», décrit de son côté Simon Johnson, vice-président de l’Association suisse de l’industrie du drone. Selon ce dernier, cette avance permet aujourd’hui à l’OFAC de promouvoir son approche à l’étranger, notamment auprès de Bruxelles.

Avions sans pilote au-dessus de Sion

La «dronification» d’avions traditionnels comme l’Argus ne représente qu’un petit pas vers «la révolution totale qui attend le transport de biens – et de personnes – par les airs» dans laquelle «la Suisse va jouer un rôle majeur», estime Simon Johnson. Le responsable d’une association faîtière regroupant plus d’une trentaine d’acteurs dans les drones et l’aviation digitale pointe notamment les travaux sur la propulsion électrique «distribuée» de H55, la PME valaisanne d’André Borschberg, partenaire de Bertrand Piccard dans l’aventure Solar Impulse.

Également en Valais, Dufour Aerospace développe un avion à décollage vertical électrique et hybride — un «eVTOL» à mi-chemin avec l’hélicoptère. «Dans le transport sanitaire, leur coût d’exploitation réduit et leur rayon d’action les mettent en concurrence avec les hélicoptères mais également avec… les ambulances», esquisse Simon Johnson, qui rappelle également la participation de Genève à une étude européenne sur les réseaux de drones transportant des passagers. Des travaux qui font écho à ceux de Opener, une start-up d’origine canadienne qui développe en Californie une catégorie insolite de véhicules aériens personnels, le BlackFly.

Tous les géants du secteur – de Bell en passant par Airbus - planchent bien sûr également sur de tels projets, alors qu’ils sont en route pour le Salon du Bourget qui ouvre ses portes lundi. «La question reste de savoir si ce seront les avionneurs historiques ou les centaines de nouveaux acteurs du monde des drones qui seront les premiers à transporter des passagers sans pilote», s’interroge Simon Johnson, tout en ne cachant pas avoir une petite idée de la réponse.

Créé: 17.06.2019, 10h19

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