L'alimentation sur-mesure: le défi de Nestlé

Industrie alimentaireJusqu'où iront les consommateurs pour livrer leurs données personnelles afin d'avoir une nourriture personnalisée? La direction de Nestlé explique les enjeux.

Patrice Bula, membre de la direction générale de Nestlé: «Nous en sommes au tout début, au stade 1.0. Nous avons racheté cet été une société californienne (Persona) qui réalise pour ses clients un profilage nutritionnel afin de leur fournir des compléments alimentaires spécifiques.»

Patrice Bula, membre de la direction générale de Nestlé: «Nous en sommes au tout début, au stade 1.0. Nous avons racheté cet été une société californienne (Persona) qui réalise pour ses clients un profilage nutritionnel afin de leur fournir des compléments alimentaires spécifiques.» Image: archive/photo d'illustration/Keystone

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La nourriture personnalisée est l'enjeu du futur pour les groupes alimentaires. «C'est la prochaine grande frontière», a confié Patrice Bula, membre de la direction générale de Nestlé, dans un entretien à AWP. La question cruciale est de savoir jusqu'où les consommateurs accepteront de livrer des données personnelles pour recevoir des produits adaptés.

La nourriture «personnalisée» est déjà bien présente dans le marché des produits canins. Elle se situe à l'état embryonnaire pour l'être humain. Le potentiel y apparaît immense, avec des bénéfices en matière de santé pour le consommateur, mais aussi des risques de dérapage concernant le respect de la sphère privée et la protection des données.

«Nous en sommes au tout début, au stade 1.0. Nous avons racheté cet été une société californienne (Persona) qui réalise pour ses clients un profilage nutritionnel afin de leur fournir des compléments alimentaires spécifiques», explique le responsable des Unités d'affaires stratégiques (UAS) du géant veveysan.

Mais l'idée est de pousser beaucoup plus loin: exploiter les données des consommateurs faisant confiance aux marques pour que celles-ci «puissent mieux les servir», avec des denrées adaptées à leurs besoins propres, prolonge M. Bula.

Des informations sur l'ADN ou le microbiote d'un client permettraient ainsi de lui fournir un «cocktail» en conséquence, sous la forme par exemple de yaourts enrichis ou autres. Mais avant d'en arriver à une nourriture totalement ciblée, Patrice Bula imagine des produits pour des groupes de personnes en fonction notamment de déficiences physiologiques communes. Le tout peut aussi être affiné selon l'âge, le mode de vie et l'évolution de la personne.

Protéger les données

Il s'agit aussi d'un enjeu de marketing, faisant appel à la gestion des données tout en assurant leur protection. La blockchain (registre d'informations numérique géré de façon décentralisée) peut apporter des solutions à cet égard, promettent les acteurs de cette technologie qui cherchent à tirer leur épingle du jeu sur ce marché potentiellement juteux.

«La protection des données sera un des grands enjeux. Il convient de rassurer les gens sur le fait que leurs informations seront utilisées à bon escient», relève Patrice Bula. «Et c'est ce que nous nous attelons à faire.»

Autre grande tendance, déjà bien en marche et dont les géants du secteur veulent pleinement profiter, concerne les produits à base de plantes, dont les nouvelles générations sont toujours plus friandes. Selon les estimations, les protéines végétales représenteront un dixième du marché global de l'industrie de la viande évalué à 1,4 millier de milliards de dollars d'ici dix ans.

En lien avec ce créneau s'inscrit notamment la coopération annoncée jeudi avec le néerlandais Corbion dans le développement d'ingrédients à base de microalgues.

Hamburgers végétariens, produits sans lactose ou sans gluten: les grands groupes n'échappent pas aux nouvelles demandes. Un des moyens de coller aux innovations et à l'évolution des goûts, pour des «paquebots» comme Nestlé, est de racheter des start-up très proches des consommateurs.

Multinationale aux 2000 marques

Cela vaut pour l'alimentation organique comme les produits traditionnels. «Au Vietnam par exemple, nous produisons certains cafés dans lesquels nous ajoutons du soja rôti.

Nous laissons faire nos équipes sur place, qui connaissent mieux qui quiconque les besoins de la clientèle», illustre Patrice Bula.

«Nos plus grands concurrents sont souvent de petites sociétés très locales, plus que de grands groupes», précise encore le responsable de la multinationale aux 2000 marques (dont 36 «blockbusters», soit des produits dégageant au moins un milliard de chiffre d'affaires par an, Nescafé en tête).

Pour Nestlé, rester dans le coup signifie garder constamment à l'esprit les petits comme les grands enjeux, dans un souci permanent d'agilité. Répondre aux défis de «l'alimentation du futur» est à ce prix. (ats/nxp)

Créé: 08.11.2019, 10h31

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La réorganisation de Nestlé Waters récemment annoncée par le groupe vaudois constitue un «pari culturel», déclare le responsable des Unités d'affaires stratégiques (UAS) de la multinationale, Patrice Bula. Il s'agit de redynamiser ce secteur en faisant entièrement confiance aux acteurs locaux, directement en prise avec la clientèle, comme c'est déjà d'usage pour les autres activités du groupe.

Filiale de Nestlé basée dans la région parisienne, Nestlé Waters - créée par le groupe en 1992 après le rachat de Perrier - n'aura plus ce statut à compter du 1er janvier mais deviendra «simplement» une UAS de la multinationale au sein des trois grandes zones géographiques du groupe. Fini la gestion centralisée, place à davantage d'agilité avec un ancrage plus régional.

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