Airbnb finit par se plier aux taxes de séjour locales

TourismeA Fribourg, la plateforme collectera automatiquement de 2 à 3 francs la nuitée. Une première en Suisse romande

Les hôteliers traditionnels se plaignent depuis des années de la concurrence jugée déloyale du site californien.

Les hôteliers traditionnels se plaignent depuis des années de la concurrence jugée déloyale du site californien. Image: Keystone

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Début 2018, à Fribourg, les jeux semblent faits. À partir du mois d’avril de la même année, le Canton se présente comme le deuxième de Suisse (après Zoug) à avoir conclu avec la plateforme de location de logements entre particuliers Airbnb un accord lui assurant la perception d’une taxe de séjour.

Mais l’enthousiasme du moment est victime de certaines réalités techniques dont la complexité a été sous-évaluée. «Au vu de la multitude des tarifs existants en ce qui concerne les taxes de séjour (ndlr: les 133 communes sont libres d’appliquer leurs propres tarifs), il a fallu élaborer un modèle permettant à Airbnb de collecter le montant adéquat suivant la région concernée», explique Pierre-Alain Morard, directeur de l’Union fribourgeoise du tourisme (UFT).

Deux ans de négociation

Deux ans plus tard, Fribourg a finalement réussi à régler ses soucis techniques. Mercredi, le Canton pouvait ainsi présenter les détails de la convention signée avec l’entreprise. Dès le 1er février, le géant californien s’occupera de récolter de manière automatique entre 2 et 3 francs par nuitée (suivant la commune) via sa plateforme. En prenant en compte les 15 900 visiteurs ayant séjourné dans le canton pendant une moyenne de 3,2 nuits, on arrive à des montants oscillant entre 95 000 et 143 000 francs.

Cet argent sera ensuite reversé dans les caisses de l’Union fribourgeoise du tourisme. «Il s’agit d’une vraie avancée en termes de transparence vis-à-vis de tous les hébergeurs», salue le directeur de l’UFT, en rappelant que cette taxe existait déjà mais était à la charge des privés mettant à disposition leur logement.

Des accords similaires ont été signés dans d’autres cantons en Suisse alémanique, mais Fribourg réussit à damer le pion aux autres régions francophones. «La convention fribourgeoise n’est pas une source de frustration car nous ne sommes absolument pas dans une course», réagit le Département du développement économique du canton de Genève.

Au bout du lac Léman, le dossier a en réalité longtemps été bloqué dans l’attente d’une modification de la loi sur le tourisme. Cette adaptation étant réglée depuis le début de l’année, les choses pourraient donc évoluer rapidement en faveur d’un accord proche de celui trouvé côté fribourgeois. «Nous sommes à bout touchant étant donné que nous n’avons pas attendu que la loi soit modifiée pour entamer des négociations avec Airbnb», confirme le département.

Facilitateurs

En terres vaudoises, la situation est semblable. «Le Canton de Vaud conduit également des discussions avec Airbnb en vue de mettre sur pied une convention portant sur des modalités de prélèvement automatique d’une taxe de séjour», confirme le chef de la police cantonale du commerce, Albert von Braun. Mais, à l’instar de celui de Fribourg, le Canton de Vaud précise encore qu’il se contente de «jouer un rôle de facilitateur» entre les différentes parties, c’est-à-dire entre Airbnb et les autres acteurs du secteur touristique.

D’ici là, Genève comme Vaud devront se contenter des dispositions existantes, dont celle limitant la possibilité de mettre son bien immobilier en location sur la plateforme. Il y a quelques mois, le gouvernement vaudois décidait de fixer à 90 jours par an la durée maximale de mise en location de son appartement sur Airbnb.

En agissant de la sorte, il suivait le modèle genevois remontant au mois de mars 2018 et limité cette fois à 60 jours. «Il ne s’agit pas de tuer ces plateformes envers lesquelles nous sommes bienveillants, indiquait alors dans nos pages Antonio Hodgers, conseiller d’État genevois chargé du département du Territoire (et de logement). Mais cette activité est devenue un vrai business pour certains. Il faut y mettre de l’ordre.»

Encore limitée à une petite poignée de cantons, la collecte automatisée des taxes de séjour pourrait finir par devenir la norme en Suisse, ce qui mettrait un terme à la grogne manifestée par le reste de la branche. Depuis des années, les hôteliers traditionnels se plaignent en effet de ceux qu’ils ont fini par baptiser «les hébergeurs clandestins». L’Association romande des hôteliers considère qu’«un marché ne peut fonctionner que si l’égalité de traitement est assurée, si les acteurs du marché de l’hébergement sont soumis aux mêmes règles du jeu».

Position ambiguë d’Airbnb

Sur ce point, la position d’Airbnb n’est pas tout à fait claire. Officiellement, le groupe américain répond vouloir s’engager en faveur d’une taxe touristique et applaudit les 2 milliards de dollars de taxes touristiques récoltées au cours des quatre dernières années. «Chez Airbnb, nous nous sommes engagés à travailler en partenariat avec les gouvernements et à aider notre communauté à payer sa juste part de taxes touristiques», assure une porte-parole.

Cette bonne volonté est toutefois à nuancer. Sinon, comment expliquer que la société pionnière de l’échange payant de logements entre particuliers n’effectue une telle collecte automatique des taxes de séjour que dans 400 villes et régions dans le monde, alors que sa plateforme est active dans 35 000 villes? Confrontée à cette contradiction, cette dernière préfère rester muette et ne pas répondre.

Créé: 15.01.2020, 22h28

Un essor spectaculaire en Suisse

Malgré les critiques à son encontre – certains estiment qu’Airbnb est en train de «cannibaliser» les parcs de logements des villes du monde entier –, rien ne semble enrayer la croissance du géant américain. Depuis sa création en 2008, la plateforme a conquis la planète et l’entreprise privée fait partie des licornes (sociétés valant plus d’un milliard de dollars) les plus en vue de la Silicon Valley, avec une valorisation estimée à 30 milliards. Depuis deux ans, Airbnb affirme être rentable, élément non négligeable dans une période de défiance envers les sociétés qui perdent des milliards, comme Uber.

En Suisse, l’essor d’Airbnb est particulièrement spectaculaire. Selon les statistiques établies par l’Observatoire valaisan du tourisme (Tourobs), la plateforme propose 50000 objets à la location et aurait généré en 2018 entre 250 et 500 millions de francs de revenus. «On peut affirmer que les revenus des locations de court terme sont significatifs et représentent probablement entre 6% et 12% du chiffre d’affaires de l’hôtellerie suisse», peut-on lire dans l’étude. Si la fourchette est aussi vaste, c’est uniquement parce que la société n’est pas cotée en Bourse et qu’elle n’a aucune obligation à fournir des résultats détaillés.

Toujours d’après Tourobs, une région en particulier se démarque: le Valais, avec 8484 offres réservées. Le canton dépasse de loin Zurich (5757), Vaud (4636), Berne (4457) et Genève (4275).

Entre novembre 2017 et novembre 2018, 900000 personnes ont voyagé en Suisse via Airbnb. Leurs origines sont multiples. Les Américains (15% du total) arrivent en tête, suivis de près par les Français (9%).

Enfin, pour briser l’idée d’un marché dominé par des professionnels, 38% de l’offre helvétique proviendrait d’amateurs ne louant qu’un logement unique durant moins de 120 jours par an, et 42% de semi-amateurs dépassant cette fois les 120 jours par an. O.W.

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