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Une affaire explosive rattrape le pétrolier Addax

Les experts-comptables du groupe genevois appartenant au géant chinois Sinopec sonnent l’alarme concernant d’étranges paiements, au Nigeria, portant sur 100 millions de dollars.

Les bureaux d’Addax Petroleum Holding Ltd à Genève. Son auditeur a relevé des versements sans preuves suffisantes concernant leur justification et leur validité.
Les bureaux d’Addax Petroleum Holding Ltd à Genève. Son auditeur a relevé des versements sans preuves suffisantes concernant leur justification et leur validité.
Laurent Guiraud

A la fin d’octobre 2016, Addax Petroleum Holding Ltd annonçait qu’elle mettait un terme à ses relations avec Deloitte, son auditeur depuis 2005. Dans une déclaration datée du 16 décembre 2016 et dont 24 heures a pu obtenir une copie, Deloitte revient sur les raisons qui auraient poussé la société genevoise acquise en 2009 par le géant chinois Sinopec à renoncer à ses services. Les conclusions sont explosives!

Le cabinet britannique fait notamment mention de paiements douteux. «Nous avons identifié un nombre de versements pour lesquels nous n’avons pu obtenir d’explications satisfaisantes ou de preuves suffisantes concernant leur justification et leur validité», peut-on lire dans le rapport.

Problèmes soulevés au Nigeria

Deux paiements sont spécifiquement évoqués. Le premier fait allusion à plus de 20 millions de dollars enregistrés par le groupe comme frais juridiques versés à plusieurs conseillers au Nigeria et aux Etats-Unis, et cela en provenance de comptes bancaires basés dans le pays africain et à l’île de Man. Deloitte assure ne pas être parvenu à établir clairement quels services ont été fournis pour de tels montants.

Le second fait cette fois allusion à 80 millions versés à une société d’ingénierie pour des projets de construction au Nigeria. «Parmi d’autres sources d’inquiétude, l’ampleur de ces paiements apparaît trop importante au vu du travail effectué, et leur but et leur calendrier soulèvent des problèmes non résolus», signale l’auditeur. D’après plusieurs sources proches du dossier, ces supposés pots-de-vin seraient liés à Kaztec Engineering Ltd. Cette société locale, indiquée comme filiale du groupe Chrome, un conglomérat fondé par le Nigérian Emeka Offor en 1994, aurait signé des contrats avec Addax – comme à fournisseur unique – pour plus d’un milliard de dollars entre 2009 et 2014. «Ces contrats, en excluant les appels d’offres des sociétés concurrentes, soulevaient effectivement des questions sur la transparence de leur attribution» relevait le Guardian, qui s’était intéressé à ce groupe nigérian au printemps dernier.

Problème supplémentaire pour Addax, Kaztec, active sur un site baptisé Snake Island, est désormais aux abonnés absents. Cette société serait inactive depuis mars 2015 à la suite, officiellement, des problèmes fiscaux entre Addax et le gouvernement nigérian. Le journal britannique relevait de son côté que ces installations étaient l’ombre d’elles-mêmes, laissées à la seule surveillance d’agents de sécurité, et que des employés n’avaient plus été payés depuis des mois. Malgré notre insistance, Addax n’a pas voulu répondre à nos questions concernant Kaztec.

Une direction corrompue?

Au-delà de ces problèmes sur le continent africain, une autre inquiétude, plus préoccupante encore, est soulevée par Deloitte. Suite à des allégations émises par plusieurs lanceurs d’alerte (externes et internes à l’entreprise), l’auditeur britannique signale la possibilité que des membres de la direction d’Addax Petroleum aient directement puisé dans la caisse. Tout en précisant qu’à l’heure actuelle ces soupçons de détournements n’ont pas été prouvés, Deloitte mentionne «des dépenses inappropriées faites depuis Genève, depuis la société basée à l’île de Man, ainsi que des irrégularités de salaires». De ce fait, le géant de l’audit et du conseil précise avoir recommandé qu’une investigation indépendante soit menée pour clarifier ces nombreuses zones d’ombre et pouvoir boucler son audit. Et cela à de multiples reprises, le premier avertissement remontant au mois de mars de l’année dernière, selon Deloitte.

Réponse très succincte d’Addax

Au mois d’août, l’auditeur alertait encore la société genevoise de son intention d’émettre un avis de non-responsabilité en raison de preuves d’audit jugées insuffisantes… Deux mois plus tard, Addax finissait donc par résilier son contrat avec Deloitte, remplacé par le cabinet UHY Hacker Young. Ce dernier aurait finalement – selon le groupe pétrolier – complété l’audit des comptes d’Addax Petroleum et cela sans aucune réserve.

Dans une réponse très succincte (au vu des nombreuses questions soumises par 24 heures), Addax assure n’avoir été informée des soupçons de son auditeur qu’après son renvoi, soit le 18 novembre 2016, et qu’elle aurait réclamé des détails de sa part, sans succès jusqu’ici. «Néanmoins, nous prenons ces questions très au sérieux», assure son service de relations publiques. Ce dernier assure encore avoir demandé à PwC de mener l’enquête indépendante tant réclamée par Deloitte.

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