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L’aérodrone de senseFly en plein envol

La société issue de l’EPFL commercialise ses drones dans le monde entier, au service des géomètres et des agriculteurs… entre autres.

Victor Chaubert, directeur de production, présente l’assemblage final d’un drone eBee dans les ateliers de Cheseaux-sur-Lausanne.
Victor Chaubert, directeur de production, présente l’assemblage final d’un drone eBee dans les ateliers de Cheseaux-sur-Lausanne.
Odile Meylan

Certains jours, des dizaines de drones tournoient dans le ciel de la zone industrielle du Châtelard Sud et des champs alentours à Cheseaux-sur-Lausanne. La société senseFly y teste chacun de ses engins, avant de les expédier chez ses clients, partout dans le monde.

Le bâtiment qui accueille aujourd’hui le nec le plus ultra de ces engins volants ultralégers, au-dessus duquel est située la tour de contrôle, abritait autrefois la firme Applied Materials, qui développait des machines de pointe dans la découpe du silicium des panneaux photovoltaïques. Aujourd’hui, senseFly brille dans les technologies de robotique, de mécatronique (mécanique combinée à l’automatisme et l’électronique), dans l’électronique embarquée, les GPS, l’intégration des capteurs (de plus en plus nombreux), la photogrammétrie et cartographie, la reconstitution 3D et le traitement des données.

Dans ces derniers domaines, elle travaille essentiellement avec une autre start-up issue de l’EPFL: Pix4D. Cette dernière développe les logiciels associés aux drones permettant d’assembler les centaines d’images aériennes haute définition pour obtenir en quelques minutes une cartographie 3D extrêmement précise du terrain.

SenseFly vend en moyenne 150 drones par mois à travers 200 points de vente spécialisés. Des engins entre 10'000 et 30'000 francs, indique Jean-Christophe Zufferey, cofondateur et directeur général. Dans son atelier de Cheseaux, l’entreprise fait l’assemblage final, la programmation et tous les tests de labo et de vol. L’entreprise conçoit deux types d’appareils à usage civil: des engins à ailes, genre avion furtif, connu sous le nom eBee, et le modèle hélicoptère Albris, qui ressemble à un butineur muni de quatre hélices.

Le premier fait de la cartographie sur des surfaces de plus de 2 km2 en un seul vol (jusqu’à 59 minutes): on programme le logiciel, on dessine la zone à cartographier et on lance avec la main l’appareil. Tout le vol, durant lequel il prend des centaines photos, est en mode automatique. «Nous sommes numéro un dans le monde en matière de cartographie, remarque Jean-Christophe Zufferey. Dans l’agriculture peut-être aussi, mais c’est difficile à prouver.» Pour les appareils type hélico, par contre, il y a plus de concurrence, dit-il.

Tous les marchés sont en plein boum. Près de 30% des bureaux de géomètres dans le monde sont déjà équipés de drones, relève le directeur. Car cet appareil amène une valeur ajoutée dans un domaine qui arrive en force: dans l’agriculture, il s’agit de suivre plus précisément l’évolution des cultures, sur chaque parcelle de terre, et, grâce à ce monitoring, de pouvoir différencier l’apport des intrants. Connectés à des banques de données, le drone et le GPS sont ainsi les premiers outils de la numérisation et de l’automatisation des machines agricoles.

Mais les drones cartographes eBee sont utilisés aussi pour quantité d’autres applications, comme le suivi de la 3e correction du Rhône, mais parfois aussi plus piquantes. Dans des programmes de protection de l’environnement, il a permis un recensement d’espèces telles que des tortues. Alors qu’en Argentine, l’engin a été utilisé tel un espion pour traquer les constructions illégales dans des zones de villas. Les clichés sont si précis qu’ils permettent de dénoncer des écarts de centimètres avec le cadastre pour des piscines ou des transformations non déclarées au fisc.

De nouvelles fonctionnalités sont promises à l’avenir. En février, la société de Cheseaux annonçait avoir obtenu le feu vert de la part de l’Office fédéral de l’aviation civile (OFAC) pour faire voler ses drones sans contact visuel entre la machine et le pilote.

Inspection de barrages

Le modèle quadricoptère Albris est spécialisé, lui, dans la modélisation 3D et l’inspection technique des bâtiments et ouvrages d’art (ponts, barrages, etc.). Les ingénieurs civils peuvent ainsi détecter les fissures sans recours à des moyens lourds comme les échafaudages. Equipé de deux types de caméras de pointe, ce robot volant peut capturer des photographies, des vidéos et des images thermiques. Grâce à ses capteurs, il peut voler en courte distance dans des espaces très confinés.

SenseFly, fondée en 2009 au Garage – la pépinière d’entreprises de l’EPFL à Ecublens –, est issue du Laboratoire des systèmes intelligents du Pr Dario Floreano. Son premier drone est le fruit de six ans de recherches avec le NCCR Robotics. En 2012, le groupe français Parrot, spécialisé dans les périphériques sans fil pour téléphones mobiles et objets connectés, actif sur le marché des drones grand public, a acquis la majorité de senseFly pour 5 millions de francs en même temps qu’il prenait une participation minoritaire dans Pix4D.

«Nous cherchions des fonds pour accélérer notre croissance», explique Jean-Christophe Zufferey, dernier des cinq fondateurs avec le directeur technologique Antoine Beyeler, encore dans la maison. L’an dernier, leur société devenait une filiale à 100% de Parrot, mais son directeur général se dit attaché à la région lausannoise, place forte des start-up spécialisées dans les drones. Il assure que les échanges dans la recherche avec Paris sont fructueux. Chez senseFly, la R&D représente près d’un cinquième du chiffre d’affaires et occupe 35 personnes des 100 employées à Cheseaux. L’entreprise, toujours en phase ascensionnelle, compte 20 employés ailleurs dans le monde, dont 15 à Washington.

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