Une start-up lausannoise permet de consulter Wikipédia sans connexion

InnovationL’application Kiwix diffuse le savoir dans des pays où l’accès à Internet est peu répandu ou censuré. Et dans des prisons suisses.

L’application est disponible gratuitement sur smartphone, tablette et ordinateur.

L’application est disponible gratuitement sur smartphone, tablette et ordinateur. Image: FLORIAN CELLA

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Le 29 avril de l’année dernière, alors qu’il est devant son ordinateur, Stéphane Coillet-Matillon observe en temps réel une explosion des téléchargements de son application en Turquie. «J’ai tout de suite compris qu’il se passait quelque chose de très inhabituel», explique cet entrepreneur lausannois. Quelques heures plus tôt, le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan avait mis en place un blocage qui empêchait les internautes turcs d’accéder à Wikipédia.

Si des centaines de Turcs se sont soudainement tournés vers Kiwix, c’est que cette application permet de télécharger l’encyclopédie en ligne puis de la consulter sans être connecté à Internet. «Une carte SD de 128 Go, comme celle que l’on utilise pour les appareils photo, peut contenir les versions anglophone et francophone de Wikipédia», illustre Stéphane Coillet-Matillon. L’application, gratuite, fonctionne sur Windows, Android, Linux ainsi que sur les iPhone et les iPad. Elle existe aussi sous la forme d’extension pour les navigateurs Chrome et Firefox. Au total, 3 millions de personnes utilisent Kiwix.

Afrique et Moyen-Orient

Il n’y a pas que la Turquie qui a adopté Kiwix. Près d’un utilisateur sur dix se trouve en Chine. La lutte contre la censure reste pourtant marginale: l’écrasante majorité des utilisateurs – plus de 80% – habite dans des pays en voie de développement, où l’accès à Internet est limité. L’application est notamment présente dans les écoles numériques implantées en Afrique et au Moyen-Orient par la Fondation Orange, qui appartient à l’opérateur téléphonique français. En classe, des tablettes bon marché distribuées aux écoliers se connectent sur un mini-ordinateur, un Raspberry Pi, sur lequel des ressources pédagogiques sont accessibles par le biais de l’application Kiwix.

Lancé dans un premier temps par plusieurs développeurs passionnés, le projet Kiwix s’est professionnalisé depuis peu. Il a pris la forme d’une association à but non lucratif, qui emploie désormais quatre personnes réparties entre Lausanne, Zurich et Lyon. Le financement est notamment assuré par Wikimedia CH, le chapitre suisse du mouvement international de soutien à l’encyclopédie en ligne, et la Fondation Orange. «Nous pouvons aussi compter sur des contributeurs volontaires qui améliorent l’application», explique Stéphane Coillet-Matillon, un touche-à-tout converti à l’entrepreneuriat social après une première vie de lobbyiste pour une multinationale du tabac.

Versions thématiques

Aussi surprenant que cela puisse paraître, Kiwix sert aussi en Suisse. Plusieurs prisons, essentiellement en Suisse alémanique, utilisent ce système pour proposer aux détenus qui n’ont qu’un accès limité à Internet de pouvoir consulter l’encyclopédie en ligne. «C’est l’une des choses qui m’enthousiasment le plus avec ce projet: on vient avec une idée et un logiciel qui est gratuit et open source, et ensuite les gens lui trouvent des usages auxquels nous n’avions jamais pensé», sourit Stéphane Coillet-Matillon.

Les gens trouvent des usages auxquels nous n’avions jamais pensé

Kiwix a récemment commencé à proposer au téléchargement des versions thématiques de Wikipédia. Avec, par exemple, l’ensemble des articles liés au domaine médical. Bientôt, ce seront les maths, la physique, le football ou Bollywood. Côté technique, l’équipe travaille sur la possibilité de faire des mises à jour incrémentielles: l’utilisateur aura la possibilité de ne télécharger que les articles qui ont été modifiés, et pas l’ensemble de l’encyclopédie.

À moyen terme, le Graal devrait être de permettre aux utilisateurs d’éditer les pages sans être connectés. Pour cela, Kiwix pourrait s’appuyer sur un autre projet issu de la communauté, appelé WikiFundi.

De quoi drainer encore davantage d’utilisateurs, dont certains inattendus. Un exemple? La NASA, rien de moins. Pour consigner les informations relatives à ses missions, l’agence spatiale américaine utilise un outil similaire à Wikipédia. Et évidemment, alors que l’on prépare des expéditions sur Mars, la possibilité de mettre à jour ces informations depuis la navette sans être connecté en permanence suscite un très grand intérêt des astronautes.

(TDG)

Créé: 02.08.2018, 19h39

Stéphane Coillet-Matillon, directeur de Kiwix

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