Malgré la crise, les géants suisses grandissent

MultinationalesNestlé, Novartis, Richemont, Givaudan et les autres principales valeurs helvétiques ont créé 316’000 emplois en dix ans. Et continuent de prospérer malgré le 9 février et le franc fort.


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Le paquebot suisse sillonne fièrement les mers internationales, malgré le franc fort et malgré le vote favorable à l'initiative «contre l'immigration de masse» le 9 février 2014. Son étendard incarné par les entreprises du SMI - les vingt principales valeurs de la bourse suisse - règne sur les océans, selon des données recueillies ces trois derniers mois par la Tribune de Genève.

L'an dernier, Nestlé, Novartis, Swatch Group, Swisscom, Givaudan et leurs comparses du SMI employaient en tout 1'206'331 salariés à travers le globe, un chiffre en hausse constante depuis des décennies, à l'exception d'un petit hic en 2009. Dix ans plus tôt, elles n'en occupaient «que» 889'652. Les géants helvétiques ont donc créé 316'679 emplois en une décennie. La part de leur force à l'étranger grandit: l'an dernier, 87,3% de leurs effectifs œuvraient à l'international. Seules les banques - UBS et Credit Suisse - ont dégraissé ces dernières années.

Petite économie tournée vers le monde
Nestlé, le mastodonte parmi les colosses, occupe 2,5 fois plus de collaborateurs que le deuxième employeur du SMI, l'industriel zurichois ABB. En Afrique, où le groupe veveysan occupe 16'000 salariés, tout le monde a goûté ses bouillons Maggi et son lait en poudre Nido. Sa filiale Nespresso a fait de l'Helvétie la reine du café, une graine qui pourtant pousse à des milliers de kilomètres de ses terres. L'an dernier, le pays a importé pour 664 millions de francs de café avant d'en réexporter la majeure partie, pour plus de deux milliards de francs. Un solde commercial positif de 1,3 milliard surtout dû à Nespresso, qui fabrique toutes ses célèbres capsules entre Orbe, Romont et Avenches.

«L'économie suisse est comme un porte-avions sur lequel atterrissent des avions avec des bénéfices et duquel ils repartent avec des brevets et des commandes. Le porte-avions n'a jamais eu autant d'avions», estime l'économiste Beat Kappeler. «Elle est comme la Phénicie du monde antique: puissante en dehors de ses terres», ajoute-t-il.

La Confédération vit de la mondialisation. Près de trois millions de personnes officient pour une entreprise helvétique à l'étranger, selon la BNS, alors que guère plus de cinq millions de travailleurs s'activent sur son territoire. Au pays, les géants du SMI sont des employeurs proportionnellement moins importants. Ils occupaient en décembre dernier 153'817 salariés. Les détaillants Migros et Coop, à eux deux, en comptent 137'213, presque autant, mais il s'agit d'emplois dont la valeur ajoutée est moindre.

«Ces chiffres montrent que l'économie de la Suisse est exposée. Ces entreprises qui génèrent une grosse partie du PIB helvétique sont si présentes à l'international et proportionnellement peu en Suisse que si elles devaient quitter le pays, cela ne serait logistiquement pas si complexe. A l'heure du franc fort et du 9 février, il faut le rappeler», souligne Samuel Bendahan. Le maître d'enseignement et de recherche à l'UNIL convient que ce scénario est hautement improbable tant ces fleurons comptent sur l'image de marque de leur pays hôte pour galvaniser leurs affaires. La Suisse incarne la plus-value et la qualité.

Les tempêtes? Quelles tempêtes?
Les eaux agitées menacent-elles le navire? «Le franc fort pénalise les PME exportatrices en Europe mais il donne une grande capacité aux multinationales suisses d'acheter à l'étranger. Je soupçonne qu'il y aura des acquisitions importantes sous peu car le franc est fort et que les taux d'intérêt n'ont jamais été aussi bas, voire négatifs», selon Stéphane Garelli, professeur à l'IMD. Un avis partagé par de nombreux économistes, alors que les titans du SMI réalisent un pourcentage minime de leurs affaires en Suisse (5,6%, sans compter Swisscom, selon une étude du cabinet Kepler Cheuvreux).

Et le 9 février? «Il ne s'est rien passé ce jour-là tant cette initiative est vague. Elle ne parle même pas de l'Union européenne, elle ne met pas de chiffres sur les contingents et souligne que l'intérêt général doit prévaloir. On s'en inquiète beaucoup trop en Suisse romande», selon Beat Kappeler.

Pas moins de 87 entreprises internationales ont fait fi de ce vote et se sont installées l’an dernier entre Genève, Vaud, Fribourg, Neuchâtel, Valais et Berne, selon l’organisation Greater Geneva Bern area, un record depuis que ces données sont enregistrées. Comme si, en somme, le géant des mers était insubmersible. (TDG)

Créé: 06.04.2015, 21h28

L'essentiel apprentissage

Ces chiffres (voir infographies) montrent aussi qu’un jeune en Suisse peut opter pour un apprentissage, des études universitaires ou les deux, selon plusieurs observateurs. Le secteur le plus intense en personnel, la distribution, ne recrute par exemple pas parmi les étudiants d’abord. Partout les détaillants sont les principaux employeurs privés. Migros et Coop le sont en Suisse. La chaînes de supermarchés américaine Walmart, avec 2,2 millions de salariés, est même le plus gros pourvoyeur d’emplois au monde.

«Le marché a besoin de gens qui ont fait un apprentissage, pourquoi pas couplé avec des études universitaires», selon Fabrizio Quirighetti, chef économiste chez Syz & Co. «Si on fait un apprentissage aujourd’hui, on est quasiment sûr de trouver un travail, peu importe le secteur. A l’université c’est tout le contraire», selon Stéphane Garelli, professeur à l’IMD.

Les pays européens ayant les taux de chômage des jeunes les plus faibles - Pays-Bas, Suisse, Allemagne - proposent les meilleurs systèmes d’apprentissage. La Finlande, pourtant réputée pour la qualité de son enseignement, a un taux de chômage de jeunes très élevé (19%) parce qu’elle n’a pas d’apprentissage digne de ce nom.

Le système suisse de formation duale, mêlant théorie et pratique, inspire d’autres pays. Le conseiller fédéral Schneider-Ammann en a encore fait l’éloge dans un récent voyage aux Etats-Unis. La Suisse manque pourtant d’apprentis. Selon le quotidien Blick, environ 1000 places d’apprentissage resteront vacantes la rentrée prochaine, sur un total de quelque 93 000 postes. De nombreuses entreprises, dont Migros, s’en inquiètent. R.ET.

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