Lyria arrache des créneaux pour Paris malgré la grève

TransportsSuite à la paralysie des premiers jours, la filiale de la SNCF a planifié des trajets pour les Suisses durant la grève. Récit des négociations.

Comme ceux vers Bruxelles, les TGV qui circulent entre la France et la Suisse sont cruciaux et rapportent.

Comme ceux vers Bruxelles, les TGV qui circulent entre la France et la Suisse sont cruciaux et rapportent. Image: LAURENT GILLIERON

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Des quais déserts. «Cela a été un choc, nous n’avions jamais vécu cela en trente ans», souffle Andreas Bergmann, patron de la compagnie ferroviaire Lyria, dont le trafic a été totalement interrompu durant les premiers jours de grève des cheminots français, au début du mois. La situation a fini par être débloquée, d’abord au départ de la Suisse alémanique et de Lausanne. Puis de Genève.

Alors que l’Hexagone était de nouveau affecté par cette grève «perlée» mercredi et jeudi, un TGV vers Paris et un retour vers le bout du lac ont réussi à circuler. Avec la fin provisoire du mouvement social, le trafic a repris normalement vendredi, avec huit connexions de Genève et quatre de Lausanne. Le prochain blocage interviendra lundi et mardi.

Le retour aux bénéfices

Le patron de Lyria dit avoir déployé, en coulisse, des trésors de diplomatie pour arracher ces précieux créneaux. Et ce, en parvenant à s’attacher les services des aiguilleurs, des conducteurs et des contrôleurs nécessaires – auprès d’une administration ferroviaire française qui se bat depuis un mois pour répartir au mieux son personnel non gréviste.

Les contrôleurs travaillant en binômes franco-suisses et les conducteurs – dont 20% appartiennent aux CFF et ne sont donc pas directement concernés – étaient plus susceptibles d’entendre le péril que fait peser la paralysie de ces liaisons sur les efforts commerciaux de ces dernières années. Pour la première fois en cinq ans, Lyria est redevenue bénéficiaire l’an dernier après avoir transporté 5,2 millions de personnes – environ 5% de la fréquentation de l’ensemble des lignes TGV. Ce regain de popularité a même permis de revenir aux chiffres de 2014, avant que la vague d’attentats islamistes ne freine l’afflux de visiteurs étrangers en France.

Lyria regroupe «comme tous les TGV, des lignes qui vont plutôt bien et où une modification du statut des conducteurs prétériterait moins le service public», tempère, en observatrice avertie, Valérie Solano, du Syndicat du personnel des transports (SEV) à Genève.

Contourner le verrou du Jura

Autant d’arguments auxquels les aiguilleurs français sont moins sensibles. Leur contestation paralyse ainsi depuis le début d’avril la petite ligne du Haut-Bugey – ce raccourci qui permet depuis 2010 aux TGV de relier Paris à Genève en trois heures.

Il a fallu faire un détour. «Nous avons négocié pas à pas avec la direction de l’axe Sud-Est et de l’Infrastructure à la SNCF, afin d’obtenir des voies de Paris à Lyon, puis des minutes de quai à Lyon», décrit Andreas Bergmann. Ensuite, «plus difficile, on a obtenu de poursuivre par Culoz, en combinant nos passages sur les aiguillages avec des TER (Ndlr: trains régionaux) ou des rames de fret… et cela a marché», décrit le responsable d’une société privée contrôlée par la SNCF (75%) et les CFF (25%), deux entités publiques.

Tous les jours, les discussions sont remises sur la table, le verdict tombant à 17?heures. «Un principe général a été obtenu: si le mouvement prévu jusqu’à la fin de juin ne durcit pas, on pourra au moins compter sur un train de Genève ou Lausanne les jours de grève», assure Andreas Bergmann.

La SNCF sanctuarise ses TGV

La secrétaire syndicale genevoise apparaît peu surprise par cette concession faite par la direction de la SNCF aux lignes vers la Suisse. «Comme ceux vers Bruxelles, ces TGV sont cruciaux pour le réseau et… ils rapportent», rappelle Valérie Solano.

«On l’a vu au Royaume-Uni ou en Suède, le problème dans ce type de libéralisation du marché ferroviaire reste qu’il privilégie les fils rouges du réseau. En France, ce sont les TGV, dont le maintien a un impact bien plus fort sur l’opinion que la défense de lignes régionales du type Clermont-Lyon, de toute façon régulièrement perturbées», décrypte la syndicaliste du SEV.

Lyria esquisse ce vers quoi le gouvernement français actuel veut faire tendre la SNCF. Une société anonyme contrôlée par l’État, qui évoluera sur un marché libéralisé. À compter de 2019, chaque ligne de TGV sera ouverte à la concurrence. La Trenitalia transalpine a ainsi déjà fait part de son intérêt pour l’axe Paris-Lyon.

Créé: 23.04.2018, 09h26

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