Lombard Odier va se déployer à Bellevue

Entreprises et urbanismeLa banque privée quitte son site historique de la Corraterie pour construire un nouveau siège sur la rive droite. Entre rail, route, lac et aéroport.

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Une page importante de l’histoire des banques se tourne. Les associés de l’un des établissements les plus symboliques du canton, Lombard Odier, ont décidé de quitter leur berceau de la rue de la Corraterie pour se déployer à Bellevue. Le nouveau siège international de l’établissement, dont la fondation remonte à 1796, sera construit sur un des terrains encore constructibles les plus convoités de ces dix dernières années.

«C’est une étape stratégique pour notre maison. Elle reflète notre volonté d’investir. Le nouveau siège rassemblera les 1500 collaborateurs du canton, actuellement répartis sur six sites différents», a résumé Patrick Odier, associé gérant senior de la banque.

Concours d’architecture

Le Genevois a insisté sur la localisation idéale du futur siège: à cinq minutes en voiture de l’aéroport, bordant l’autoroute comme la route de Lausanne, et à quelques enjambées de la halte CFF des Tuileries.

Surélevée, la parcelle sur laquelle va se construire ce siège domine outrageusement le lac et la plage du Vengeron. Un débarcadère des Mouettes Genevoises est situé à proximité. L’établissement pourra donc être rejoint par accès routier, ferroviaire, lacustre et – après passage des douanes – aérien.

«Plusieurs fois modifié entre 2009 et 2016, le projet a évolué. Sa version finale permet d’offrir 260 nouveaux logements, des commerces de proximité et des équipements publics»

Patrick Odier a aussi annoncé le lancement d’un concours international d’architecture, en juin. Le choix sera opéré avant la fin de l’année. Le chantier débutera en 2019 pour une durée d’environ trois ans. A la fin de 2021, les quelque 1500 collaborateurs de l’établissement pourront occuper des bâtiments flambant neufs. «Nous voulons envoyer un message très fort quant à notre attachement au canton», a encore dit le banquier genevois.

«Audace à sortir des murs»

L’investissement total de cette opération n’est pas encore connu. Mais Patrick Odier a indiqué que le seul achat de cette vaste parcelle de 27 400 mètres carrés s’est élevé à 49 millions de francs, ce qui correspond à un prix de 1788 francs le m2. Au nom du gouvernement genevois, Pierre Maudet, conseiller d’Etat en charge des affaires économiques, a salué «le témoignage de confiance» que cette décision de Lombard Odier reflète envers le canton. Le magistrat a aussi souligné, de la part des six associés de Lombard Odier, «leur audace à sortir des murs» de la cité. Et à s’aventurer sur la rive droite, ce qui est une première s’agissant des banques privées genevoises historiques.

Cette propriété, dénommée Champ-du-Château, a longtemps été possédée par la famille Rilliet. Un manoir y était situé, d’où son nom. Mais la bâtisse a ensuite été démolie pour permettre la construction de la jonction autoroutière du Vengeron.

Maire de Bellevue, Jean-Daniel Viret livre une anecdote: «La famille Rilliet a donné trois maires à la commune de Bellevue. Frédéric Rilliet a occupé cette charge de 1922 à 1931. Et c’est… Edmond Odier, l’un des ancêtres de Patrick Odier, qui lui a succédé de 1931 à 1937.»

Le Champ-du-Château a longtemps été l’une des parcelles les plus convoitées du canton de Genève. Par beau temps et ciel dégagé, on y bénéficie d’une superbe vue sur le lac mais aussi, au loin, sur le Mont-Blanc. En 2007, cette parcelle avait été évoquée pour héberger le futur siège de l’OMC (Organisation mondiale du commerce), finalement réalisé sous forme d’extension à côté de l’ancien bâtiment du BIT. La réalisation d’un parking d’échanges, ou déjà d’un siège pour une multinationale, avait été vaguement envisagée. Une régie de la place, le Comptoir Immobilier, a essayé de commercialiser cette propriété depuis une douzaine d’années. Cette société l’a finalement acquise, avec l’entreprise de construction Perret, ainsi que le bureau d’architectes Favre & Guth, avant de la revendre à Lombard Odier.

Ces trois partenaires sont désormais bien placés pour opérer sur cette parcelle. «Par cette réalisation, indique la régie dans un communiqué, le Comptoir Immobilier démontre sa capacité de proposer ce type d’accompagnement à ses clients sur le long terme.»

Les premières études de planification de l’ensemble du site ont débuté en 2008, rappelle ce promoteur. En 2013, le terrain a été déclassé en zone constructible. «Plusieurs fois modifié entre 2009 et 2016, le projet a progressivement évolué. Sa version finale permet d’offrir, parallèlement aux surfaces commerciales, 260 nouveaux logements, des commerces de proximité et des équipements publics qui seront développés par le Comptoir Immobilier et ses partenaires à l’horizon 2022», détaille encore ce régisseur.

Le plus gros employeur

La commune de Bellevue enregistre une progression assez forte de sa population. En dix ans, elle a augmenté d’environ 10%, passant de 2900 à plus de 3300 âmes. Dans les quatre ans qui viennent, Bellevue se prépare donc à accueillir les 1500 employés de Lombard Odier et les quelque 600 nouveaux habitants qui pourront se loger dans les autres bâtiments. L’arrivée d’une banque permettra aussi à cette commune de mieux diversifier son tissu économique. Lombard Odier deviendra le plus gros employeur de la commune, devant le groupe horloger Richemont (450 à 500 collaborateurs) et l’hôtel La Réserve (environ 300 salariés). L’ensemble du quartier des Tuileries et des Romelles sera valorisé par la réalisation du nouveau siège et des bâtiments d’habitation.


Rue de la Corraterie, lieu de tous les courtages

Le départ annoncé de la banque Lombard Odier va considérablement bouleverser le quartier des banques. Après le déménagement de Pictet il y a dix ans, le second groupe privé le plus important du canton se prépare à quitter la Corraterie et ses sites de Lancy pour se redéployer à Bellevue.

Enfin, pas complètement. Les associés de l’établissement garderont au moins un immeuble au sein de la prestigieuse adresse. Pour y accueillir leur clientèle fortunée, habituée à recevoir conseils et suggestions de placement dans ces bâtiments chargés d’histoire et d’histoires. A Bellevue, Patrick Odier n’a fourni aucune indication précise quant à l’avenir du patrimoine immobilier de la banque. Des immeubles seront-ils vendus? Loués? Rénovés? Tout est possible, à ce stade. Lombard Odier est propriétaire de cinq des six sites où elle est présente.

Tous les regards se tournent cependant vers cette artère pratiquement complètement occupée par les collaborateurs de la banque. Côté impair, les bâtiments des associés et des salles de réunion. Sombres. Majestueux. Aux ambiances feutrées. Ployant presque sous le poids de l’histoire. Les papiers-valeurs y ont circulé, jadis. Car la banque et ses propriétaires ont traversé quatre siècles et 40 crises financières. Des sillons de la révolution française à l’agonie du secret bancaire, en passant par les révoltes d’ici ou d’ailleurs, 1815, 1848, 1870, 1914, 1917, 1932, 1941, 1989, 2001…

Mais que signifie «Corraterie»? Dans son Dictionnaire des rues de Genève, Jean-Paul Galland explique: «Pendant les foires, le marché aux chevaux se tenait dans cette rue qui s’appelait «Carreria corrateriae equorum». L’abréviation était indiquée. Au XVIIe siècle, le premier manège genevois s’établit à cet endroit et les premiers maîtres d’équitation, en même temps maquignons, étaient appelés des «corratiers». Et encore: «Le nom Corraterie peut s’appliquer aussi bien au courtage proprement dit qu’à la course des chevaux.» Courtage? On s’approche donc de la profession de gérant de fortune, cœur de métier de cette banque.

Côté pair, c’était tout autre chose. Pour qui les a visités il y a une dizaine d’années, les locaux y étaient moins somptueux. Une fourmilière de professionnels s’y agitait. «Une ruche bourdonnante d’abeilles butineuses pondant des rapports», se souvient un ancien qui regrette qu’avec le départ de Lombard Odier, «toute la rue y perde son âme». Mais c’est ainsi. Aux alentours, il reste encore d’autres enseignes de prestige. Prêtes, peut-être, à relayer ces héritages. R.R.


Bellevue rit, Genève pleure

La décision de déménager le siège de la banque de Genève vers Bellevue aura des conséquences sur la fiscalité des deux communes concernées, ainsi qu’à Lancy. «Le critère fiscal n’a pas été prépondérant par rapport à notre décision», a indiqué Patrick Odier. Mais les retombées resteront importantes, en particulier pour la commune de Bellevue.

Selon les estimations de Jean-Daniel Viret, maire de Bellevue notamment en charge de l’aménagement, elles pourraient être de l’ordre de 20 à 25% des recettes de la commune, qui devraient avoisiner 10 à 12 millions de francs. Soit 2 à 3 millions de francs. Ces nouvelles recettes vont découler de trois sources différentes: les impôts des nouveaux salariés, car si ceux-ci sont taxés sur leur lieu de domicile, une partie de la manne est rétrocédée à la commune où ils travaillent; les prélèvements liés aux sociétés du groupe financier (impôt sur le bénéfice et le capital); la taxe communale. «Sur notre commune, le nombre de places de travail va passer de mille à environ trois mille», s’est réjoui l’homme politique.

Le manque à gagner côté Ville de Genève sera réel, mais peu important en regard du budget coquet de la Municipalité (1,15 milliard de francs dont 900 millions de francs d’impôts). En 2006, le déménagement à Carouge de Pictet, la plus importante banque privée genevoise, avait déjà eu des conséquences pour les finances de la Ville. Selon une estimation de l’époque, la commune avait alors perdu 10 à 15 millions de francs. Autre commune perdante, Lancy: près de 1150 postes de travail existent actuellement sur cette commune, entre l’avenue des Morgines (900 places) et la route de Chancy. R.R. (TDG)

Créé: 25.04.2017, 22h39

L'essentiel

Déménagement
Fondée en 1796, la banque va quitter son siège historique de la Corraterie.

Architecture
Lombard Odier va lancer un concours international pour ce site d’exception.

Fiscalité
Bellevue, largement gagnante dans l’opération. Genève et Lancy y perdront des plumes.

En chiffres

Le nouveau siège pourra accueillir jusqu’à 2600 postes de travail. Aujourd’hui, Lombard Odier emploie 2300 personnes, dont 1500 dans le canton de Genève. L’établissement dispose cependant de 1900 places de travail. Fondé en 1796, il est spécialisé dans trois lignes de métier: la gestion de fortune de la clientèle privée (119 milliards de francs en 2016, contre 116 milliards en 2015), l’asset management, notamment pour le compte d’une clientèle institutionnelle (45 milliards contre 49 milliards), et les services technologiques et bancaires (69 milliards contre 59 milliards). Au total, les actifs de sa clientèle s’élèvent donc à 233 milliards (dont 159 milliards d’actifs sous gestion). En 2016, Lombard Odier a dégagé un bénéfice net de 125 millions de francs, contre 144 millions en 2015. A part la Suisse (bureaux à Genève, Fribourg, Lausanne, Vevey et Zurich), la banque est présente dans 18 pays. R.R.

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