Les éditeurs suisses ont dû se calquer sur la France

Rentrée littéraireAgendée au début du mois de septembre, la manifestation morgienne est à l’origine de la réorganisation de la branche.

Depuis 2010, la manifestation morgienne Le livre sur les quais attire les foules.

Depuis 2010, la manifestation morgienne Le livre sur les quais attire les foules. Image: DAMIAN MALLOTH

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Après des années de résistance à la sacro-sainte rentrée littéraire française, les maisons d’éditions suisses ont fini par céder et s’adapter au calendrier imposé par leurs concurrentes actives dans l’Hexagone. La principale cause: la création en 2010 de la manifestation morgienne Le livre sur les quais.

La plupart des éditeurs locaux s’accordent en effet pour dire que cet événement – qui se déroule chaque année au début du mois de septembre – a bouleversé leur manière de procéder. «Avant je préférais voir mes ouvrages arriver en librairie vers la fin du mois d’octobre, juste après les vacances scolaires, raconte l’éditeur vaudois Bernard Campiche. Mais désormais il faut qu’ils soient disponibles dès la fin d’août, avant l’ouverture du Livre sur les quais.»

Un phénomène médiatique

Selon Ivan Slatkine, directeur des éditions genevoises éponymes, il est en effet «utile de publier des nouveautés à cette occasion, car couplé au phénomène de la rentrée littéraire française, elle est la période par excellence où les journalistes s’intéressent à nos publications.»

Qu’elle soit française, ou désormais également suisse, la rentrée littéraire résulte essentiellement d’un phénomène médiatique (lié aux prix français dispersés du 1er octobre au 15 novembre) et non pas de réels enjeux économiques. En France, des statistiques réalisées par l’institut GfK ont démontré que la rentrée littéraire ne pesait finalement que pour 2,5% du chiffre d’affaires total de la branche.

«Le moment est important et il ne faut pas minimiser cette période, mais elle n’est financièrement pas cruciale», confirme Andonia Dimitrijevic Borel, directrice des Editions L’Age d’Homme.

Importance de Noël

Si les éditions Slatkine ciblent désormais une petite partie de leurs parutions (trois titres de littérature générale et deux qui touchent à la politique) sur cette période, elle ne s’avère pas non plus fondamentale. «Nous axons nos publications avant tout sur les fêtes de fin d’année avec l’édition de beaux livres, de livres «loisirs» ou de livres touchant au patrimoine de notre région», explique son patron.

Pour les éditeurs, comme pour les libraires d’ailleurs, la période clé de l’année se situe logiquement un peu avant Noël.

«Dans la profession, nous aimons dire qu’une bonne année est une année où nos ouvrages se retrouvent sous le sapin», raconte pour l’anecdote Bernard Campiche. Dans les métiers du livre, près d’un cinquième des ventes annuelles sont en effet réalisées entre la mi-novembre et les fêtes de Noël.

Espacer les sorties

Etant donné la surproduction à laquelle fait face le secteur depuis plusieurs années (la rentrée littéraire 2015 en France ne comptait pas moins de 589 nouveautés), les maisons d’édition essaient toutefois de moins regrouper la parution de leurs ouvrages.

«Depuis une dizaine d’années, durant le mois de janvier, nous constatons l’apparition d’une seconde rentrée littéraire en France, dévoile Pascal Vandenberghe, patron des librairies Payot. Certes moins importante que celle du mois d’août, elle permet de remettre une seconde fois à l’honneur le produit «livre».»

L’autre tendance en cours est d’élargir la rentrée principale qui s’étend classiquement de la fin d’août au début d’octobre.

«J’ai le sentiment que cette rentrée littéraire a démarré plus tôt que les précédentes, confiait récemment une chroniqueuse littéraire de TF1 au Huffington Post. Ce timing ressemble à une stratégie de la part des éditeurs qui tentent d’augmenter le temps d’exposition de leurs livres en librairie.»

Durant de nombreuses années et jusqu’à son récent décès, Claude Durant, l’ex patron des Editions Fayard, a désespérément tenté d’avancer cette rentrée dès la quinzaine de juin. Sans succès.

«Car il faut analyser la situation, témoigne le patron des éditions Slatkine. Une sortie en juin pourrait avoir un sens, sauf que l’on sait par expérience que ce mois n’est pas propice aux nouveautés et qu’il existe le risque de voir ces livres nous être retournés à la fin d’août pour faire la place aux livres programmés pour la rentrée littéraire.»

Marché de l’offre

Reste qu’une période plus étendue pourrait apporter un peu de souffle à un secteur qui ne se porte pas spécialement bien et où, noyé dans le flot de nouveautés étrangères, «il est difficile d’être visible», selon Andonia Dimitrijevic Borel.

«La baisse du nombre de points de vente est également un problème et cela d’autant plus que nous faisons face à un marché de l’offre et non de la demande», complète Ivan Slatkine.

Les libraires ont souffert du franc fort

Si les éditeurs suisses romands souffrent face à une concurrence française contre laquelle il devient de plus en plus difficile de s’aligner en termes de prix, les libraires semblent également vivre une année 2015 particulièrement rude. Témoignage de Pascal Vandenberghe, patron et directeur général des librairies Payot.

Comment vos librairies vivent-elles cette année 2015?

Alors que nous avions très bien terminé l’année 2014 et que le démarrage de la suivante était sur la bonne voie, la décision de la Banque nationale suisse (ndlr: d’interrompre dès le 15 janvier 2015 le taux plancher entre le franc et l’euro) a brisé cet élan positif. Depuis cette date, les affaires sont difficiles.

Quant à l’été, entre les nombreux Suisses partis en vacances à l’étranger et la température incitant plutôt à barboter à la piscine qu’à lire un bon livre, il aura également été caniculaire pour nos magasins.

Regrettez-vous que les éditeurs concentrent toutes leurs sorties sur quelques périodes bien spécifiques de l’année (lire ci-contre)?

L’avantage est qu’au moins, durant quelques semaines l’opinion et les médias focalisent leur attention sur notre profession et sur le produit «livre». Le désavantage est de devoir gérer au mieux un tel afflux de nouveautés.

Justement, comment est-il possible de gérer près de 600 nouveaux livres publiés sur un peu plus d’un mois (période de la rentrée littéraire)?

Il s’agit tout simplement de faire notre métier, en identifiant notamment les incontournables de l’année ou en mettant en avant nos coups de cœur.

Comment abordez-vous cette rentrée 2015?

Avec beaucoup d’optimisme, étant donné sa qualité. Car le phénomène le plus dangereux pour nous est lorsque toute l’attention médiatique se focalise sur un seul et unique ouvrage. (TDG)

Créé: 04.09.2015, 19h09

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Article audio

Le Matin Dimanche
Polémique: les fast-foods débarquent dans les écoles suisses. Un bon plan pour les étudiants fauchés? Et leur santé alors? Ecoutez l'article!

Les plus partagés Economie

Caricatures

Donald à l'ONU
Plus...