Les banques tentées par le stockage de billets en coffre

Taux d’intérêt négatifs Eu Europe, la mesure a été évoquée pour éviter les ponctions imposées par les banques centrales. Quid de la Suisse?

La Banque nationale impose des taux négatifs (actuellement
de -0,75%) depuis janvier 2015.

La Banque nationale impose des taux négatifs (actuellement de -0,75%) depuis janvier 2015. Image: Keystone

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Les résultats publiés ces dix derniers jours par les deux banques cantonales lémaniques (BCV et BCGE) rappellent le poids que fait peser sur le secteur la situation de taux négatifs régnant depuis des mois en Suisse (comme en Europe). Une pression telle que certains établissements (mais également des caisses de pension) envisagent d’entreposer des piles de billets dans des chambres fortes, afin d’éviter d’être ponctionnés par les banques centrales.

Un responsable du grand réassureur allemand Munich Re a ainsi annoncé au printemps vouloir tester une telle solution, en commençant par une dizaine de millions d’euros. Soit l’équivalent de quatre attachés case remplis de billets. En juin, nouvel indice: l’agence Reuters évoque une telle tentation de la part de Commerzbank. Interrogée, une porte- parole de la deuxième banque allemande assure pourtant que l’établissement «ne stocke pas d’argent dans des chambres fortes pour éviter les taux négatifs». Selon le Financial Times, depuis 2014, les taux négatifs ont coûté 2,6 milliards d’euros aux banques de la zone euro.

430 milliards à la BNS

Qu’en est-il en Suisse? La Banque nationale impose des taux négatifs (actuellement de -0,75%) depuis janvier 2015. Les banques disposent d’environ 430 milliards de francs déposés au sein de cette institution.

D’après Maxime Botteron, économiste à Credit Suisse, les établissements «n’ont en réalité guère d’intérêt» à retirer en cash de grandes sommes de leurs dépôts à la Banque centrale. Selon lui, celles qui le feraient «verraient le montant exonéré réduit d’autant». Cet expert rappelle en outre que le secteur a «partiellement réussi à répercuter ces taux d’intérêt négatifs sur certains clients institutionnels ou en adaptant les conditions sur leurs crédits hypothécaires».

L’alternative est donc de faire payer les clients. Au Royaume-Uni vendredi encore, la banque RBS a annoncé qu’elle allait taxer les dépôts de certains de ses clients professionnels effectuant des transactions sur des produits financiers.

Quid des caisses de pension?

Les banques ne sont pas les seules sous pression. Les fonds de pensions helvétiques, qui ont la responsabilité de 800 milliards de francs, regarderaient d’un œil favorable cette solution de placement en cash très peu orthodoxe. En mars, la télévision alémanique évoquait déjà le cas d’un gérant de fonds de pension suisse ayant calculé que cela lui ferait économiser 25 000 francs sur chaque tranche de 10 millions déposée à la BNS.

«Retirer des liquidités pour les planquer sous son matelas représente une régression sur le plan de l’efficacité économique, mais c’est une marque de révolte face à la politique de contrainte des banques centrales», remarque Graziano Lusenti, expert du secteur. Le responsable de Lusenti Partners remarque qu’une telle solution pourrait être envisageable si la BNS allait encore plus loin dans sa «répression financière». Les wagons de billets ne sont donc pas d’actualité. Mais la tentation pourrait devenir pressante en cas d’accentuation du phénomène des taux négatifs. Collaboration: P.-A.SA.

Créé: 19.08.2016, 21h31

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