Le patron de Deutsche Bank comparaît pour faux témoignage

Justice allemandeJürgen Fitschen, l'un des deux patrons de la première banque allemande, comparaît à partir de ce mardi pour faux témoignage. Il risque de un à dix ans de prison.

Image: ARCHIVES/Keystone

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Sueurs froides chez Deutsche Bank: Jürgen Fitschen, l'un des deux patrons de la première banque allemande en pleine réinvention, comparaît depuis ce mardi 28 avril pour faux témoignage. Le procès est susceptible de le mener en prison.

Jürgen Fitschen, les quatre anciens de Deutsche Bank, dont le Suisse Josef Ackermann, eux aussi accusés et leurs 17 avocats ont longuement écouté le procureur égréner les 110 pages de l'acte d'accusation. Premier acte d'un feuilleton qui se poursuivra jusqu'en septembre au moins au tribunal de grande instance de Munich, au moment même où la direction de la banque prend un virage stratégique délicat.

Les cinq hommes, dont deux anciens patrons de la banque, sont rattrapés par l'un des plus grands feuilletons judiciaires de l'économie allemande: la faillite du magnat des médias Leo Kirch.

Une décennie de procédure civile

Accusée d'avoir précipité la chute de l'empire Kirch Media pour en profiter, Deutsche Bank pensait s'être débarrassée de cette affaire en versant, en 2014, près d'un milliard d'euros (1,05 milliard de francs au cours actuel) aux ayants droit de Leo Kirch. La procédure civile avait duré 10 ans.

La défense de l'établissement financier lors de celle-ci, et particulièrement les témoignages de Jürgen Fitschen et des dirigeants de l'époque, font maintenant l'objet d'un procès au pénal.

Les cinq hommes sont accusés d'«escroquerie à un procès». Le délit est passible d'un à 10 ans d'emprisonnement. De quoi nourrir les spéculations sur un départ précipité de Jürgen Fitschen, alors que la direction bicéphale qu'il assure depuis 2012 avec l'Indo-Britannique Anshu Jain est déjà souvent remise en question.

«Cela devient maintenant un peu inconfortable», a confié Jürgen Fitschen peu avant le début du procès, dans un entretien au magazine Stern.

Mais le patron de 66 ans, qui est aussi président de la fédération allemande des banques privées, se dit «confiant» dans la justice. «J'ai été sincère. Et je ne comprends pas le reproche (de l'accusation): aurais-je dû interdire aux autres d'exposer leur version des faits ?», se défend-il.

Gains confortables

L'appréciation de cette sincérité sera la question centrale de ce nouveau procès pour Jürgen Fitschen, accusé d'avoir couvert les mensonges de ses anciens collègues: le patron d'alors Rolf Breuer, son successeur Josef Ackermann, l'ancien chef du conseil de surveillance Clemens Börsig et Tessen von Heydebreck, un autre membre du directoire.

Ces derniers auraient commis de faux témoignages selon le parquet, pour sauver M. Breuer. Dans une interview en 2002 à la chaîne de télévision Bloomberg, celui-ci avait émis des doutes sur la solvabilité de Kirch Media. Quelques semaines plus tard, le groupe de médias s'effondrait. Son dépeçage, accompagné par Deutsche Bank, a permis à celle-ci d'empocher des gains confortables.

M. Breuer a toujours affirmé qu'il n'avait fait que rapporter ce qu'il avait lu dans la presse. Mais l'accusation se réfère à une réunion du conseil de surveillance de Deutsche Bank, quelques semaines avant la faillite de l'empire Kirch, où le démantèlement de celui-ci aurait été explicitement discuté. C'est cette réunion qui aurait fait l'objet de faux témoignages.

«Ni complot, ni entente»

Le parquet reproche plus particulièrement à M. Fitschen d'avoir livré «un témoignage pas clair», qui suggérait une volonté d'«éviter de faire devant les juges de fausses déclarations, sans pour autant remettre en cause la stratégie de défense» trompeuse de Deutsche Bank.

«Il n'y a eu ni complot entre les accusés» pour couler le groupe de médias, «ni entente sur une stratégie pour flouer le procès», a rejeté au premier jour d'audience l'avocat de M. Ackermann, Eberhard Kempf.

La défense a par ailleurs répété que «le groupe Kirch était en faillite depuis longtemps», lors de l'interview de M. Breuer, présentée comme anodine.

Le destin de M. Fitschen est maintenant entre les mains d'un homme: le juge allemand Peter Noll. Celui-là même qui a mis fin l'an dernier à un procès pour corruption du magnat de la Formule 1 Bernie Ecclestone, moyennant un versement de 100 millions de dollars, un montant record dans l'histoire judiciaire allemande. (ats/nxp)

Créé: 28.04.2015, 18h25

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