Glassdoor fait trembler les employeurs

Internet Ce site, accessible en Suisse depuis le mois de juin, a la particularité de permettre aux employés de noter leurs entreprises

La banque Credit Suisse compte près de 3000 avis sur le site Glassdoor.

La banque Credit Suisse compte près de 3000 avis sur le site Glassdoor. Image: Laurent Guiraud

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Depuis le mois de juin, les spécialistes suisses des ressources humaines sont confrontés à l’apparition d’un phénomène qui bouleverse leur travail au jour le jour. Il porte un nom: Glassdoor, «Porte de verre» en français.

Conçu aux Etats-Unis dès 2008, ce site Internet a chamboulé les rapports entre l’entreprise et ses employés, puisque ces derniers peuvent désormais et de manière totalement anonyme dire tout le bien et/ou le mal qu’ils pensent de leur société et lui accorder une note globale entre 1 et 5 étoiles. Une espèce de Trip Advisor de l’emploi en quelque sorte. EPFL, CERN, Credit Suisse, Nestlé, ABB, Zurich Assurance ou encore UPC Cablecom, Adecco et Bobst Group… de nombreuses entreprises et institutions suisses y sont déjà notées.

De nombreuses options

Pour prendre un exemple, au début du mois de novembre, un employé écrivait au sujet de Credit Suisse: «Une grande société avec de bonnes opportunités d’évolution professionnelle et l’occasion de travailler avec des personnes talentueuses.» Après le positif viennent les inconvénients, dont le principal concerne l’imposante bureaucratie de la banque. «Comme pour les grandes entreprises, l’accumulation de couches hiérarchiques en rend la gestion difficile.»

Mais le site ne se limite pas aux pour et contre, puisqu’il est composé de nombreuses autres options. Les employés qui le souhaitent peuvent en effet y faire part de leurs expériences lors d’un entretien d’embauche ou y indiquer leur salaire.

Sur ce front, Glassdoor vient d’ailleurs de lancer un nouvel outil, baptisé «Know your worth» («Connaissez votre valeur» en français), qui devrait permettre de savoir si son salaire est en ligne avec le marché actuel du travail. Une voie qui semble en inspirer d’autres, puisque LinkedIn vient de lancer un service comparable. Avec LinkedIn Salary, les quelque 460 millions d’utilisateurs du réseau social professionnel pourront ainsi savoir si ce qu’ils gagnent est dans la ligne de ce que touchent d’autres personnes à un poste similaire.

Pour en revenir à Credit Suisse, la banque helvétique, qui compte près de 3000 avis, obtient la note globale de 3,6 sur 5. Une note plutôt bonne en considérant qu’un Swatch Group (169 avis) est à 2,6 ou un Trafigura (61 avis) à 2,9, mais loin de l’EPFL et son 4,4 (251 avis) ou Logitech et sa note moyenne de 3,9 (342 avis). Qu’en pense la principale intéressée? «Nous suivons et observons avec intérêt les notes et les commentaires sur ce site mais n’y participons pas activement», répond Jean-Paul Darbellay, porte-parole de Credit Suisse.

Réaction des RH

D’autres semblent plus sensibles à cette plate-forme, à l’exemple de Nestlé. «Certaines de nos filiales sont déjà très engagées sur Glassdoor, à l’exemple de Purina PetCare, qui a une personne dédiée à répondre aux messages sur cette plate-forme», explique Nina Kruchten, responsable des médias pour Nestlé Suisse. Le nombre d’entreprises interagissant directement sur cette plate-forme reste toutefois relativement limité.

D’après les statistiques les plus récentes, sur un total de 500 000 sociétés listées sur Glassdoor, seules quelque 12% d’entre elles y sont véritablement actives. A l’EPFL, René Bugnion, délégué des ressources humaines, confirme également connaître ce type d’approche, étant de plain-pied dans la révolution digitale et en faveur d’une totale transparence. «En cas de plaintes récurrentes, une veille est mise en place de manière à réagir et corriger le tir», confirme ce dernier tout en précisant qu’il faut qu’elles soient considérées comme «fondées».

Le risque de dérives

C’est là tout le nœud du problème de Glassdoor: la crédibilité de sources finalement anonymes. «Le souci de ce site est surtout que les informations qui peuvent en être retirées ne sont pas forcément représentatives de l’ensemble des collaborateurs», concède Julie Knezevic, directrice de Scan Assesment, société lausannoise de conseil en ressources humaines. Cette dernière précise toutefois: «Plus le site prendra de l’ampleur, plus les dérives deviendront anecdotiques, et j’espère que les RH et les directions générales sauront faire bon usage des informations provenant de Glassdoor, car il s’agit d’un réel atout pour les entreprises qui souhaitent promouvoir une approche du travail moderne, agile et durable.»

(TDG)

Créé: 07.11.2016, 22h04

Un modèle économique basé sur trois piliers

Comme pour de nombreux sites, l’inscription sur Glassdoor est gratuite. Du coup, une question se pose: comment rentabiliser une plate-forme qui recense actuellement plus de 30 millions de visiteurs uniques chaque mois?

Si le modèle économique de ce site Internet repose
naturellement sur la publicité, il compte surtout se faire une place sur le marché très lucratif des offres d’emploi. Dans ce domaine, son approche originale , qui permet aux utilisateurs de noter leurs sociétés, s’avère particulièrement payante face à une concurrence exacerbée et déjà bien implantée, telle que Monster, LinkedIn ou, pour la Suisse, JobCloud SA (société codétenue par Tamedia et Ringier).

D’après les statistiques de Comscore, le site lancé en 2008 par trois anciens d’Expedia (société spécialisée dans les agences de voyages en ligne) aurait connu ces dernières années la croissance la plus fulgurante de la branche. Un succès apte à convaincre les investisseurs à miser sur cette jeune pousse. En tout, Glassdoor a jusqu’ici levé 200 millions de dollars, dont une partie auprès de Google Capital. La société est désormais valorisée pour 1 milliard.

Un troisième axe de revenus a été élaboré par le site américain: une sorte d’offre «freemium» rappelant celle de LinkedIn. Pour avoir accès à des services particuliers, dont celui de mettre en avant leurs offres d’emploi, les entreprises ont ainsi l’option de débourser entre 6000 et 100 000 dollars (suivant la taille du groupe). O.W.

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