Geely pourrait rajouter Aston Martin à son empire

AutomobileAprès Volvo, Lotus ou encore Daimler, le géant chinois serait en train de discuter avec la marque britannique.

Dans l’usine de Gaydon, en Grande-Bretagne, un robot déplace la carrosserie d’une Aston Martin.

Dans l’usine de Gaydon, en Grande-Bretagne, un robot déplace la carrosserie d’une Aston Martin. Image: Getty Images

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«Je veux que le monde entier entende les battements de tambour de Geely et des voitures fabriquées en Chine!» Ce rêve, le fondateur du géant chinois de l’automobile Li Shufu est en passe de l’accomplir. En quelques années, enchaînant les acquisitions, il est parvenu à bâtir un véritable empire automobile. Un empire dont les frontières pourraient encore s’étendre si d’aventure il parvient à s’emparer d’Aston Martin. D’après le «Financial Times», Geely serait en train de discuter avec la marque britannique, en grande difficulté, d’une possible prise de participation.

Que Li Shufu réussisse ou non son nouveau pari avec Aston Martin, le milliardaire laissera une trace dans l’industrie automobile occidentale au vu de ses faits d’armes précédents, à commencer par la marque Volvo qu’il rachète à Ford pour 1,8milliards de dollars en 2010. «Je vois Volvo comme un tigre. Un tigre appartient à la forêt et ne peut rester captif dans le tout petit enclos d’un zoo. Il faut libérer ce tigre», déclare-t-il à l’époque.

Premiers pas en Chine

Mais qui est cet industriel chinois qui voulait sortir le constructeur suédois de sa cage? Au moment du rachat de Volvo, la notoriété de Li Shufu ne dépasse alors pas les frontières chinoises. Dans son pays, à l’image d’un Jack Ma (fondateur d’Alibaba), il y est pourtant l’incarnation même du rêve chinois, très similaire à celui du XIXesiècle aux États-Unis. À son propos, il se raconte que son aventure entrepreneuriale commence le jour où son père, riziculteur, lui donne un billet de 100yuans (l’équivalent d’une dizaine de francs). Âgé de 18ans, il dépense cette somme pour développer une première activité économique dans la photographie.

«Je veux que le monde entier entende les battements de tambour de Geely et des voitures fabriquées en Chine!»

Li Shufu, Fondateur de Geely

Après une parenthèse dans la réparation et la fabrication de réfrigérateurs (une entreprise baptisée Zhejiang Geely) puis un passage sur les bancs de l’Université de Shenzhen pour obtenir le titre d’ingénieur, il se découvre une passion pour l’automobile en conduisant une Zhonghua, historiquement l’une des toutes premières marques automobiles chinoises. Alors que la grande majorité de ses compatriotes se déplacent encore à vélo, il perçoit tout le potentiel à venir de la voiture en Chine et commence à imaginer sa propre marque: Geely.

Tandis que ses concurrents se contentent de signer des joint ventures pour fabriquer des modèles de marques étrangères, Li Shufu choisit l’option de concevoir ses propres modèles. Du bas de gamme qui provoque les moqueries au Salon de Francfort en 2005, puis à Detroit les deux années suivantes. Pas de quoi désarçonner l’entrepreneur chinois décrit dans «Les Échos» par le consultant Michael Dunne comme un homme «visionnaire, ambitieux mais aussi très pragmatique, coriace et sans aucun doute sur le fait qu’il allait y arriver». Il revient en Chine avec une conviction: pour étendre ses activités à l’international, il lui faudra acquérir une marque occidentale. Ce sera donc Volvo, une marque suédoise en train de sombrer dans le sillage de son propriétaire, le groupe Ford.

Contre toute attente, cette reprise, donnée perdante par une grande partie de l’industrie, se passe bien. Conscient de son manque d’expérience dans certains domaines, Geely laisse les coudées franches à sa filiale et ne lésine pas sur les moyens, puisqu’il investit 11milliards dans son redressement. Cette réussite tant industrielle qu’entrepreneuriale confirme l’homme d’affaires dans sa stratégie. «Li Shufu estime que l’industrie automobile n’aura pas besoin de tant de joueurs à l’avenir. Le succès avec Volvo l’a conforté dans son idée que Geely devrait se développer plus rapidement par le biais de fusions», explique un analyste à Bloomberg. De cette réflexion ressort une valse d’acquisitions. Après Volvo, il reprend la totalité du constructeur des taxis londoniens LEVC en 2013.

Puis tout s’accélère durant l’année 2017. En quelques mois, l’actuelle dixième fortune de Chine enchaîne les chèques pour reprendre 51% des parts de Lotus, la moitié du constructeur malaisien Proton ainsi que la totalité de Terrafugia, société aux prometteuses voitures volantes. Fin 2017, pour 3,2milliards, Li Shufu achète encore 8,2% du fabricant de bus AB Volvo.

Quelques mois plus tard, l’homme d’affaires chinois met encore la main sur un peu moins de 10% des actions de Daimler. Pour 7,2milliards de dollars, il devient ainsi l’actionnaire majoritaire de la maison mère de Mercedes. De quoi dérouter marchés et investisseurs cherchant à comprendre la stratégie à long terme de Geely. «Je ne suis pas certain que cette acquisition soit très pertinente car, si elle garantit à Geely de toucher des dividendes, elle n’octroie aucun contrôle sur la société», rappelle Jérôme Schupp, analyste financier chez Prime Partners.

À l’instar d’autres géants chinois ayant pris goût à faire leurs emplettes en Occident, Geely inquiète désormais par l’ampleur de ses dettes. À la fin du mois de septembre, ces dernières s’élevaient à 136milliards de yuans, contre 92milliards un an plus tôt. «Cette situation pourrait poser problème à Geely, et cela d’autant plus qu’elle évolue dans une industrie ayant peu de dettes étant donné que leur coût serait trop élevé au vu de la faiblesse des marges», estime Jérôme Schupp. Si la raison voudrait que Li Shufu ralentisse la cadence dans les mois à venir, il est difficile d’imaginer – pour autant que l’occasion se présente – qu’il renonce à inclure la marque de James Bond dans son empire.

Créé: 17.01.2020, 21h40

Péril sur la marque de James Bond

Contrairement à d’autres marques de luxe en plein essor, à l’exemple de sa concurrente locale Rolls-Royce ou de Porsche, Aston Martin vit une période difficile. Alors que son dernier exercice annuel était déjà en recul de 7%, la marque de James Bond émettait il y a une dizaine de jours un avertissement sur résultat. Depuis son entrée en Bourse, fin 2018, son titre n’a cessé de plonger et l’entreprise peine désormais à atteindre le milliard de livres de valorisation boursière.

À en croire Jérôme Schupp, analyste financier chez Prime Partners, «Aston Martin paie ses retards technologiques pris durant la dernière décennie». Faute de moyens financiers en suffisance, la marque britannique serait notamment à la peine dans l’électrification de ses modèles.

Il y a quelques jours, d’après des sources citées dans «Autocar», le constructeur aurait renoncé à produire sa Rapide E, un modèle limité présenté au printemps 2019. Pour le coup, l’injection d’argent frais dans le groupe semble urgente pour stopper l’hémorragie. «Sans ce soutien financier, elle n’arrivera pas à se repositionner et continuera à perdre du terrain face à ses concurrents, à l’exemple de Porsche», avertit Jérôme Schupp.

O.W.

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