Des «licornes» galopent dans la Silicon Valley

InternetNon cotées en Bourse, Uber, Pinterest ou encore Snapchat valent déjà des milliards de dollars. Risquons-nous une nouvelle "bulle" technologique, quinze ans après la précédente?

Evan Spiegel, CEO de Snapchat.

Evan Spiegel, CEO de Snapchat. Image: Keystone

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Alors que la Chine célèbre depuis le début de l’année la Chèvre, à Palo Alto ce sont les «licornes» qui sont à l’honneur. L’animal légendaire sert en effet depuis un certain temps à décrire les nombreuses start-up de la Silicon Valley qui, sans être cotées en Bourse, voire pour certaines sans même réaliser un seul franc de bénéfice, valent déjà plusieurs milliards de dollars.

En tout, le magazine Fortune estime qu’aujourd’hui cette région de Californie compte quelque 80 «licornes» valant plus de 1 milliard, dont une dizaine plus de 10 milliards. Parmi les plus connues se trouvent Uber (service de taxis privés), Airbnb (hébergement chez des particuliers), SpaceX (navettes spatiales) ou encore Dropbox (service de stockage Internet). Preuve de l’euphorie actuelle, il y a encore un an, cette dernière était la seule société à être valorisée au-delà des 10 milliards.

Boom des investissements

Le fait est que, depuis deux ans, l’argent coule à nouveau à flots à la Silicon Valley. Plusieurs «licornes», dont certaines restent encore méconnues en Suisse, sont ainsi parvenues à lever des montants astronomiques. Alors qu’Uber recueillait 1,6 milliard de dollars supplémentaires en janvier, son principal concurrent, Lyft, récoltait trois mois plus tard 530 millions. Le réseau social Pinterest finalisait également au mois de mars un tour de table de 367 millions de dollars. Quant à Snapchat, il vient de convaincre Alibaba (géant chinois du commerce en ligne) de mettre 200 millions dans le développement de son service de messagerie.

Au total, selon les données compilées par la National Venture Capital Association (NVCA), les «licornes» de la Silicon Valley ont levé 23,4 milliards de dollars l’année dernière, soit 85% d’argent en plus qu’en 2013. Historiquement, cette période se situe donc juste derrière le record de 33,4 milliards enregistré en 2000. Sur l’entier du territoire américain, 25 sociétés non cotées (dont 19 basées à Palo Alto) sont ainsi parvenues à récolter chacune plus de 150 millions.

Selon Alex Osterwalder, cofondateur de la start-up Strategyzer, derrière ces investissements massifs et multiples se cache «la crainte de passer à côté du prochain deal du siècle à l’exemple de Facebook, LinkedIn ou encore Twitter (ndlr.: même si cette dernière ne génère toujours pas un franc de bénéfice)». Car en cas de succès, c’est le jackpot. «Cent mille dollars investis il y a quelques années par un business angel dans Uber valent aujourd’hui environ 165 millions», a donné pour exemple au quotidien Les Echos Jeff Clavier, fondateur de SoftTech VC, l’un des plus grands fonds américains. Naturellement, un tel montant ne se concrétisera qu’en cas d’une entrée en Bourse (IPO) ou d’une revente réussie.

Vers une nouvelle bulle?

L’ampleur de ces investissements est telle que certains redoutent toutefois l’apparition d’une nouvelle bulle Internet. «Il y a actuellement une absence complète de peur à la Silicon Valley», mettait en garde au mois de mars Bill Gurley, l’une des sommités américaines dans le secteur du capital-risque lors d’un festival technologique aux Etats-Unis. Ce dernier rappelait à cette occasion que plus de la moitié des entrepreneurs actuels n’ont pas vécu le krach survenu à la fin des années 1990. «Du coup, ils ne cessent de prendre des risques, toujours plus de risques.»

Certains ratés récents vont dans le sens d’un secteur qui ferait bel et bien face à une surchauffe des esprits (et des porte-monnaie), ainsi qu’à une surévaluation assez nette de quelques-unes de ces «licornes». Valorisée pour 1 milliard de dollars en juin 2013, la start-up Fab.com (commerce en ligne) pèse aujourd’hui à peine plus d’une dizaine de millions de dollars. Quant à Box (stockage de données), son entrée en Bourse au début de l’année s’est faite à prix cassé. Entre juillet 2014 et janvier 2015, sa valorisation a plongé de 2,4 milliards à 1,67 milliard. Bon nombre d’analystes doutent d’ailleurs déjà de la valeur de son principal concurrent Dropbox (plus de 10 milliards). Quoi qu’il en soit, ces quelques exemples donnent du grain à moudre à Bill Gurley. «Plusieurs «licornes» vont mourir cette année», affirme sans hésiter l’investisseur américain.

Modèles d’affaires plus solides

Si tous s’accordent pour dire que la Silicon Valley fait bel et bien face à certains excès, les fondamentaux économiques sont toutefois loin de ressembler à ceux de la fin du siècle dernier au moment de l’explosion de la bulle Internet et du début d’une crise économique majeure. «La différence la plus notable entre ce qui se passe actuellement et la fin du siècle dernier se situe au niveau de la solidité des modèles d’affaires développés de nos jours», explique Olivier Good, analyste spécialisé dans les nouvelles technologies à la banque privée UBP, en faisant notamment allusion à Airbnb ou à Uber.

«La plupart des nouvelles sociétés Internet ont beaucoup plus de substance qu’il y a quinze ans», estime pour sa part Alex Osterwalder. Quant à Jeff Clavier, ce dernier souligne que certaines entreprises ont atteint de telles tailles que leur monétisation ne pose plus de problème. «Quand vous avez des centaines de millions d’utilisateurs à travers le monde, vous trouverez toujours une manière de gagner de l’argent», prétend l’investisseur américain.

Contrairement aux IPO express d’avant 2000, il faut également signaler que les nouvelles «licornes» attendent beaucoup plus longtemps avant d’envisager une entrée sur les marchés. Selon le NVCA, entre la première levée de fonds et le premier jour de cotation en Bourse, les délais ont doublé, passant de quatre ans à huit ans. Du coup, à l’instar d’un Alibaba, les fondamentaux économiques sont beaucoup plus solides et la société bien plus mature, une fois venu le temps d’aller affronter les marchés.

En termes d’IPO, l’année 2015 pourrait d’ailleurs être amenée à battre tous les records. Même si Dow Jones et Nasdaq sont au plus haut, à en croire certains spécialistes, un véritable potentiel boursier existe encore dans le secteur technologique. «Malgré une bien meilleure croissance bénéficiaire, l’indice global de cette branche est au niveau du marché», explique Olivier Good. Une preuve supplémentaire, s’il en faut encore, que la menace d’une nouvelle bulle apparaît pour une majeure partie des observateurs comme relativement illusoire. (TDG)

Créé: 19.05.2015, 21h32

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