Comment Airbus bâtit des avions moins polluants

Reportage à HambourgLes constructeurs proposent des appareils toujours plus sobres. Mais les avions étant toujours plus nombreux, la pollution continue d’augmenter.

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D’immenses hangars. Ils sont alignés sur un site tout aussi gigantesque. A l’intérieur, des fuselages vert kaki, des échafaudages sophistiqués, des milliers de pièces – du rivet aux câbles en passant par des trains d’atterrissage et des ailes. Des ouvriers assemblent le tout, ils construisent des avions. Des Airbus.

Environ 13 000 personnes travaillent sur ce site de 4 km2, plus grand que le centre-ville de Hambourg et situé à une dizaine de kilomètres à l’est de la cité. Elles travaillent d’arrache-pied: 42 appareils voient le jour chaque mois dans ce centre au bord de l’Elbe, un rythme record. Le constructeur européen possède d’autres grands centres, à Toulouse et à Tianjin, une ville portuaire chinoise. Pour accroître la cadence, une quatrième usine sera bientôt opérationnelle aux Etats-Unis.

Les carnets de commandes sont remplis, tellement qu’Airbus peine à répondre à la demande de cette industrie qui ne connaît pas la crise. Elle n’émane pas que des pays émergents. Ce mercredi 22 avril, Airbus délivre son 250e appareil, un Airbus A320, à EasyJet. La compagnie britannique reçoit en moyenne un aéronef tous les 17 jours de son unique fournisseur.

«Chaque fois que nous ouvrons une nouvelle route, le marché grandit car, à travers nous, les gens se mettent à voyager», lance la directrice générale d’EasyJet, Carolyn McCall, présente pour l’occasion. Hambourg, où le transporteur développe son offre depuis peu, n’a jamais accueilli autant de visiteurs que l’an dernier. Chaque année, la compagnie low cost accueille plus de passagers. Ils étaient plus de 65 millions l’an dernier. En 2014, 3,3 milliards de personnes ont volé à bord d’un avion civil, selon l’Association internationale du transport aérien (IATA), 170 millions de plus en un an. Encore un record.

Une croissance effrayante. D​enombreuses organisations pointent du doigt les effets néfastes de cette industrie sur l’environnement. Un Airbus A380, le plus gros avion civil de transport de passagers en service, rempli, pèse jusqu’à 560 tonnes; le kérosène, qui lui permettra de voler une quinzaine d’heures, y contribue à hauteur de 250 tonnes, presque la moitié. EasyJet, l’an dernier, a émis 5,9 millions de tonnes de CO2. Au sein du canton de Genève, le principal pollueur serait son aéroport, selon une association.

Ailerons de requin

Le secteur se dit conscient de son principal défi: réduire les émissions gazeuses constitue pour la branche un objectif écologique mais aussi (et surtout?) économique (lire ci-contre). Un appareil peu gourmand coûte moins. Avant la chute des prix du pétrole (amorcée l’été dernier), le carburant accaparait en moyenne 40% des charges d’une compagnie. Dans l’aviation, beaucoup plus que dans les autres transports, tout est entrepris pour atténuer les dégâts sur l’environnement.

Les modèles sortant des hangars de Hambourg sont donc particulièrement «efficients» – l’industrie n’ose pas encore utiliser le mot «écologique». Les ailes du 250e appareil EasyJet sont munies de ce qu’Airbus nomme des «ailerons de requin» («sharklets» en anglais). En réduisant la traînée de l’avion sans accroître son envergure, ils permettraient d’économiser 4% de carburant. Les ailes, construites par une firme anglaise (Airbus collabore avec plus d’un millier de sous-traitants), sont également plus fines, flexibles – elles s’ajustent en permanence durant le vol – et légères. Plus de la moitié du fuselage des modèles A350 est fait de fibre de carbone, alors que jadis les avions étaient surtout en métal, donc plus lourds. Les autres parties des appareils, des moteurs aux sièges en passant par le carburant, deviennent chacune plus efficientes. L’industrie se targue de résultats impressionnants: un passager aujourd’hui génère deux fois moins de CO2 que dans les années 90. Les progrès sont constants: les prochains Airbus permettront d’économiser encore 20% de kérosène par passager dans les cinq ans à venir. Pour un vol de 750 km, la consommation par passager d’un A320 de 180 sièges, ce que propose EasyJet, se situe autour de 3 litres de kérosène sur 100 km. Une voiture standard consomme en tout cas autant d’essence.

«Je prends l’avion trois fois par semaine, entre Genève, Londres et Berlin. Je pollue proportionnellement moins qu’un pendulaire en voiture qui fait chaque jour de la semaine l’aller-retour entre Genève et Lausanne», affirme Thomas Haagensen, directeur commercial pour l’Europe du Nord d’EasyJet.

Rythme effréné

Le transporteur orange, qui possède une flotte jeune, estime émettre 22% d’émissions gazeuses en moins que ses concurrents, dont les appareils plus vieux polluent davantage. Mais cette construction effrénée a également un impact. Pour le réduire, le site de Hambourg recourt un maximum à l’eau de l’Elbe (plutôt que de l’eau potable), sur lequel il dispose d’un port. Ce qui n’empêche pas des bateaux de partir régulièrement pour Tianjin, en Chine, un voyage de six semaines. Des avions cargo dits Beluga – car ils ressemblent au cétacé du même nom – sillonnent au quotidien les airs, munis d’ailes ou d’autres parties d’appareils. Autant d’émissions.

Chaque année, plus d’avions sortent des usines d’Airbus comme de celles de son principal concurrent, Boeing. Ils émettent toujours moins de gaz néfastes, mais ils sont toujours plus nombreux – EasyJet espère recevoir son 300e appareil avant 2019 – et nous volons toujours davantage. Le secteur pollue dans son ensemble plus que jamais. L’IATA, dans ses prévisions pour l’aviation civile en général, ne table pas sur une réduction des émissions de CO2 avant une décennie. (TDG)

Créé: 28.04.2015, 12h08

Que fait l’industrie pour moins polluer?

L’aviation se développe à toute allure. L’an dernier, selon l’Association internationale du transport aérien (IATA), 3,3 milliards de passagers ont transité par les airs; 170 millions en plus sur un an. Encore une année record qui alimente les rumeurs les plus folles sur l’impact d’une telle activité sur la planète. Le secteur polluerait comme jamais. Est-ce correct? Que fait l’industrie? Entretien avec Paul Steele, en charge des affaires publiques pour l’IATA.

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