Coca et Pepsi ont grande soif d’eau de coco

BoissonLes deux géants se font la guerre pour l’eau de ce fruit exotique. Populaire aux Etats-Unis, elle connaît un succès croissant en Suisse.

Sur les quelque 60 millions de tonnes de noix de coco cultivées annuellement dans le monde, la moitié est encore consommée localement.

Sur les quelque 60 millions de tonnes de noix de coco cultivées annuellement dans le monde, la moitié est encore consommée localement. Image: Antara Foto Agency

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La noix de coco a la cote de nos jours. Non pas seulement auprès des pseudos aventuriers d’émissions de téléréalités comme Koh-Lanta (TF1) ou de stars américaines comme Madonna ou Rihanna, mais aussi auprès des plus grands vendeurs de boissons au monde. Coca-Cola Company et Pepsico, notamment, lorgnent de plus en plus l’eau tirée du célèbre fruit.

Aux Etats-Unis, les deux concurrents se mènent une guerre larvée pour parvenir à se démarquer dans un marché qui explose. A travers plus de 200 marques, les revenus issus de l’eau de coco devraient doubler d’ici à cinq ans et dépasser les cinq milliards de dollars. Après Coca-Cola, qui rachetait Zico Coco en 2013, c’est au tour de son principal adversaire d’envisager une acquisition. Et pas la moindre, puisqu’il s’agit de mettre la main sur Vita Coco, le principal vendeur américain actif dans ce domaine.

«Je me suis engagée à remodeler Pepsico en une entreprise qui livre des produits contenant moins, voire pas du tout de sucre»

Cette société, méconnue en Suisse, prouve à elle seule l’engouement phénoménal autour de cette eau à laquelle on attribue de nombreuses vertus nutritionnelles (lire ci-contre). Vita Coco sort en effet d’une décennie de forte croissance. En parallèle aux ventes qui devraient dépasser le milliard en 2017, la valeur de l’entreprise n’a cessé d’augmenter.

Améliorer son image

Alors qu’en 2007, un quart des parts de Vita coco valait 7 millions de dollars, sept ans plus tard ces mêmes parts étaient reprises par Red Bull China pour 166 millions. Pour le moment, Pepsico est resté très discret sur les montants proposés pour prendre le contrôle de Vita Coco, mais si un accord est trouvé (certains le disent imminent), il devrait sans trop de doute augmenter encore fortement la valeur de l’entreprise.

Pour le géant américain, l’enjeu est double. Premièrement, il parviendrait à dépasser Coca Cola Company, dans un marché rempli de promesses. L’acquisition de Vita Coco serait surtout l’opportunité d’améliorer son image de marque. «Je me suis engagée à remodeler Pepsico en une entreprise qui livre des produits contenant moins, voire pas du tout de sucre ainsi que des boissons ayant un apport nutritif», promettait, en avril devant ses actionnaires, leur directrice générale, Indra Nooyi.

Forte tendance en Suisse

Aux Etats-Unis, suite à un vaste scandale survenu en fin d’année dernière, la pression sur les deux plus grands vendeurs de sodas au monde est énorme. D’après une étude réalisée par deux chercheurs de l’Université de Boston, Coca-Cola comme Pepsico auraient arrosé un grand nombre d’associations américaines luttant contre l’obésité, le diabète ou encore certaines maladies cardiovasculaires. Proposer des boissons plus saines, telles que l’eau de coco permet donc aux deux concurrents de se diversifier et surtout de redorer un peu leur blason.

Le succès de l’eau de coco ne touche pas que les Etats-Unis. La boisson tirée du fruit encore vert, – contrairement au lait de coco provenant de la chair blanche d’une noix mûre –, connaît également un succès croissant en Suisse et cela depuis déjà quelques années. Les principaux distributeurs suisses le confirment tous. «Si la demande est évidemment plus forte lors de grosses chaleurs, nous observons un vrai trend pour l’eau de coco depuis une année environ», répond Emilie Mathys, porte-parole de Manor.

«Chez Manor, nous observons un vrai trend pour l’eau de coco depuis une année environ»

Chez Coop, la popularité serait similaire, non seulement pour l’eau de coco, mais aussi pour l’ensemble des produits à base de noix de coco. Sans communiquer de chiffres précis, ce dernier confirme que les ventes de sa gamme de produits Naturaplan sont bonnes et cela depuis un certain temps déjà. Coop vient d’ailleurs de sortir une toute nouvelle huile de coco certifiée Fairtrade. Quant à Migros, le constat suit celui établi par ses concurrents, soit «des produits très tendances et appréciés de leurs clients».

Menace de pénurie

Cette explosion du marché de l’eau de coco, qui dope tant les résultats de Pepsico et Coca Cola Company que ceux des grands distributeurs suisses, a son lot d’inconvénients. Le principal concerne l’avenir du fruit en question. Le risque d’une pénurie de noix de coco se renforce d’année en année et inquiète les scientifiques.

Aux Caraïbes notamment, couplé à de récentes catastrophes naturelles et à la propagation d’une maladie mortelle, son succès commercial menacerait désormais l’avenir même du fruit dans cette région du monde. En un peu plus de vingt ans, la production de noix de coco y a d’ailleurs baissé de 17%.

Le risque de disparition de cette ressource inquiète d’autant plus qu’elle est inscrite dans les 35 espèces alimentaires cultivées du Traité international sur les ressources phytogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture (annexe I). La noix de coco est ainsi reconnue par l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation comme un élément crucial pour la sécurité alimentaire mondiale.

Appelé parfois Arbre de vie, – tout dans ce végétal est utilisable –, le cocotier est la principale source de subsistance d’environ 11 millions de paysans à travers les 94 pays où ce dernier pousse.

Sur les quelque 60 millions de tonnes cultivées annuellement dans le monde, la moitié est encore consommée localement. La courbe est toutefois en train de s’inverser, non seulement à cause de la soif occidentale en eau de coco, mais aussi parce que localement son prix flambe. (TDG)

Créé: 30.06.2017, 19h49

«Ses vertus sont nettement surfaites»

Perte de poids, vertus antistress et antifatigue, renforcement du système immunitaire et du cœur, action diurétique… En lisant tous les bienfaits de l’eau de coco sur Internet, impossible de ne pas penser que cette boisson est merveilleuse… Mais toutes ces vertus sont-elles réellement avérées? Le point avec Muriel Jaquet, diététicienne à la Société suisse de nutrition (SSN).

Est-ce que l’eau de coco est une boisson saine?

La boisson la plus recommandée reste l’eau. Mais en comparaison d’un soda, il est vrai que l’eau de coco contient en tout cas deux à trois fois moins de sucre. Sa spécificité nutritionnelle est d’être riche en potassium, un sel minéral intéressant pour la santé, mais que l’on retrouve largement dans les fruits, les légumes, voire même les pommes de terre. Ses vertus décrites sur Internet et dans de nombreuses publicités sont donc nettement surfaites. Il n’existe d’ailleurs pas d’évidence scientifique affirmant que la consommation régulière d’eau de coco par la population permettrait de prévenir certaines maladies.

Est-il par contre juste de dire qu’elle permet de perdre du poids?

Aucune boisson ou aucun aliment ne fait perdre de poids. L’eau est le seul liquide dont votre corps a vraiment besoin, que l’on ait un souci de poids ou non.

Magnésium, potassium, riche en nutriments… L’eau de coco ne contient-elle pas tout ce dont le corps a besoin?

Certainement pas. L’eau de coco contient surtout de l’eau et certains sels minéraux. Mais elle ne contient que très peu de vitamines et autres nutriments indispensables comme les protéines, les lipides ou encore les glucides fournis par une alimentation équilibrée. Par contre, l’ensemble des apports nutritionnels de l’eau de coco se retrouve dans une alimentation équilibrée.

Vu vos nombreuses réserves sur les bienfaits de l’eau de coco, comment comprenez-vous l’engouement autour de cette boisson?

Son succès surfe clairement sur cette vague à la mode, baptisée «super food». Elle concerne des aliments exotiques auxquels on attribue des vertus extraordinaires pour la santé. En réalité, leurs atouts nutritionnels sont le plus souvent soit exagérés, soit déjà disponibles dans notre alimentation traditionnelle. Les baies d’açaï (Brésil), par exemple. Elles sont riches en antioxydants, mais les myrtilles ou d’autres baies plus courantes et proches de chez nous en contiennent tout autant, voire même parfois plus. O.W.

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