BNP Paribas veut doubler son activité dans les matières premières à Genève

BanquesSortant d'une longue crise, la filiale du groupe français a évoqué ce vendredi matin à Genève les détails de son avenir dans le pays

Le siège de BNP Paribas (Suisse) SA à Genève.

Le siège de BNP Paribas (Suisse) SA à Genève. Image: Laurent Guiraud

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Quatre ans après avoir attiré les foudres de la puissance américaine sur la première banque française, la filiale genevoise de BNP Paribas annonce sa sortie du purgatoire dans laquelle elle était plongée depuis son torpillage. «Nous sommes prêts à entrer dans une période de croissance maîtrisée et une vraie politique de développement en Suisse», a expliqué vendredi matin Geoffroy Bazin, responsable de BNP Paribas (Suisse) SA.

Officiellement, ce tournant se présente sous la forme d’un plan baptisé «Swiss Forward», traduction helvétique du plan de développement dévoilé en mars par ce groupe de 192 000 employés. Objectif pour la Suisse? Faire passer ses revenus opérationnels – l’équivalent de son chiffre d’affaires – de 380 à 500 millions de francs d’ici à la fin 2020, soit une progression de 30% en l’espace de trois ans. Ce niveau d’activité reste inférieur à ce qu’il fut durant les grandes heures de l’antenne helvétique de BNP Paribas.

Un club de 250 «traders »

Les aventures au Soudan, en Iran ou à Cuba de ses banquiers genevois écumant les milieux du pétrole, des minerais ou des produits agricoles avaient valu au groupe une amende américaine de 9 milliards de dollars en 2014. Après avoir porté la moitié de cette ardoise astronomique à la charge de son antenne genevoise, BNP Paribas semble aujourd'hui hésiter à abandonner son rôle de grand argentier des matières premières qu’il jouait depuis des décennies à Genève.

Le montant des prêts dédiés au monde des supertankers et des vraquiers tournant autour du globe ont déjà été réduits depuis longtemps. Les activités liées aux matières premières de son antenne genevoise n’assurent plus que le tiers des revenus de l’établissement – eux-mêmes en déclin – contre les deux tiers il y a dix ans.

«Nous nous recentrons sur les 250 sociétés importantes de la filière – compagnies de négoce ou affréteurs»

Geoffroy Bazin prévoit cependant de doubler le volume des activités de financement du négoce de produits de base d’ici à la fin 2020. «Nous nous recentrons sur les 250 sociétés importantes de la filière – compagnies de négoce ou affréteurs» . Au début de la décennie BNP Paribas entretenait plus de 2000 «relations» au sein du monde du négoce, beaucoup étant cependant inactives. Les sociétés retenues ont été sélectionnées en fonction de la taille de leur bilan et de leurs fonds propres, de leur éthique, de leur sécurité financière et de leur rôle économique réel, décrit le banquier.

Adieu, fortunes africaines

Autre pilier de la banque à Genève, les services à la clientèle fortunée seront également relancés après un sévère passage au Kärcher. Objectif assigné? Ramener 7 milliards de francs de dépôts supplémentaires d’ici à la fin 2020. Ceci permettrait à la banque de se voir confier un total de 32 milliards par ses riches clients, un patrimoine comparable à celui dont elle avait la responsabilité avant la crise. A titre de comparaison, ces sommes représenteraient moins du cinquième des actifs confiés à une banque comme Pictet, le poids lourd genevois du secteur.

Cette chasse aux millionnaires se fera en recrutant 40 banquiers privés supplémentaires d’ici la fin de l’année – 30 d'entre eux ont déjà rejoint la banque en 2016. Ils s’ajouteront à la centaine de ces «relationship managers» déjà en poste. La traque pourrait également se faire «en reprenant des portefeuilles de clients auprès d’autres banques», esquisse Geoffroy Bazin.

La banque veut «sortir de la plupart des pays du Continent »

En parallèle la banque dit procéder au filtrage complet de sa clientèle fortunée, qui est abandonnée dans 90 des 150 pays servis jusque-là. BNP Paribas (Suisse) SA, dont la clientèle africaine a longtemps suscité toutes les interrogations, répond «sortir de la plupart des pays du Continent africain, hormis ceux dans lequel le groupe BNP Paribas est présent, en particulier en Afrique de l’Ouest ou au Maghreb».

Cap sur les PME suisses

En parallèle à cette refonte de ses deux activités phares, la banque française vient braconner sur les terres de ses grandes concurrentes suisses: elle vise les multinationales et les grandes PME, moins risquées.

Quatre chargés de clientèle ont ainsi été recrutés à Zurich pour attirer chaque année entre 15 et 20 grosses PME de «plus de 250 millions de chiffre d’affaires et fortement exportatrices», selon les termes de leur patron.

Menace sur l’emploi

Ce redémarrage, annoncé après plus de trois ans de crise, se double cependant d’une poursuite des efforts imposés aux 1400 collaborateurs en Suisse – dont 1200 à Genève. L’an dernier la banque a connu des forts mouvements de personnels: entre les départs volontaires, les retraites ou les mutations, 200 personnes l’ont quittée en 2016. En parallèle la banque dit avoir recruté de nombreux profils nouveaux, dans le cadre de son plan de développement. Pour rappel, en 2010, la banque employait plus de 1700 personnes dans le pays.

«Une baisse progressive et structurelle des effectifs totaux en Suisse»

BNP Paribas veut réaliser des économies annuelles de 40 millions dans les dépenses de son implantation helvétique. Un plan qui va toucher en priorité les fournisseurs et prestataires de services mais également les employés. Geoffroy Bazin ne cache pas qu'il anticipe «une baisse progressive et structurelle des effectifs totaux en Suisse» les fonctions plus répétitives dites «industrielles» étant appelées à être remplacées par des postes plus qualifiés.

En début d’année, une trentaine de postes opérationnels de la division gestion de fortune – qui emploie 300 personnes – ont ainsi été déplacés à Lisbonne, une délocalisation qui aura au final causé 5 licenciements. «Cela coûte nettement moins cher de confier un poste à tâche répétitive à un employé au Portugal», a précisé vendredi Geoffroy Bazin.

Faire revenir les profits

Une présence en Suisse justifie «le maintien de postes à haute valeur ajoutée – ce qui signifie pour nous essentiellement les équipes commerciales, de fabrication des produits financiers ou de contrôle» a expliqué cet ancien de la police interne du groupe, arrivé en 2014 à Genève afin de remettre de l’ordre dans cette filiale. «D'autres fonctions sont appelées à s'évaporer», a ajouté ce dernier.

«Nous sommes profitables mais c’est très clairement insuffisant»

Sa mission reste de garantir la rentabilité de l’antenne helvétique, ce qui semble tout juste le cas aujourd’hui. «Nous sommes profitables mais c’est très clairement insuffisant – même si cela reste compréhensible au regard de la réduction volontaire de notre clientèle, du travail énorme de sa mise en conformité fiscale ou de nos investissements dans la sécurité», souligne le patron de BNP Paribas en Suisse. Ce dernier compte pouvoir dégager 150 millions de bénéfices opérationnels en 2020.

Créé: 28.04.2017, 14h47

Geoffroy Bazin, patron de la banque BNP Paribas à Genève (Image: Laurent Guiraud)

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