Avec un pétrole au tapis, le recyclage broie du noir

Industrie Des plastiques aux biocarburants, les matières premières secondaires peinent à s’écouler.

Le groupe Serbeco dispose d’un nouveau centre de tri très efficace, ce qui lui permet de faire face aux défis conjoncturels.

Le groupe Serbeco dispose d’un nouveau centre de tri très efficace, ce qui lui permet de faire face aux défis conjoncturels. Image: Georges Cabrera

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Une gigantesque machine bleue. Inaugurée il y a trois mois sur le site de Serbeco à Satigny, elle est nourrie de déchets par une imposante pelle mécanique, qui se sert dans un tas à ses côtés. Ses innombrables bandes transporteuses les acheminent vers ses tentacules qui les séparent, des plus petits aux plus gros, des plastiques aux bois en passant par les métaux, papiers, PET ou cartons. Certains sont triés grâce à un système de reconnaissance optique.

Cet outil est essentiel: il permettra de s’adapter aux législations à venir, toujours plus pointilleuses, améliore les conditions de travail des collaborateurs, recycle davantage. «Il permet aussi de continuer de vendre une importante part de déchets épurés, ce qui n’est pas anodin depuis que les prix du pétrole ont chuté», indique Bertrand Girod, directeur général de l’entreprise.

On recycle toujours plus en Suisse, voir infographie

De nombreuses matières premières secondaires – ainsi nomme-t-on ces déchets revalorisés que l’industrie peut réutiliser – se vendent moins bien depuis que les barils de brut s’écoulent à des prix défiant toute concurrence. «On le ressent clairement depuis une vingtaine de mois, pour les plastiques et le PET (ndlr: des matériaux créés à partir du pétrole), mais aussi pour les métaux.»

La machine de Serbeco – qui a coûté 4 millions de francs – contribue à faire face, en proposant des produits recyclés plus épurés que jamais à sa clientèle, des industriels pour la plupart. «La qualité, voilà ce qui doit nous démarquer dans un cadre où nos concurrents européens offrent des volumes bien plus importants», poursuit le patron. Serbeco et son concurrent Helvetia Environnement – les deux leaders de la place – exportent de nombreuses matières premières secondaires en Europe ou ailleurs, quand le marché helvétique ne peut les absorber.

Taxe sur le PET en hausse

«Le pétrole ne se reprend pas et les prix varient énormément d’un mois à l’autre», renchérit Thierry Vialenc, directeur de Sogetri, une marque d’Helvetia Environnement. «Même les matières premières secondaires de meilleure qualité, en général épargnées par ces aléas, sont touchées.» Léman Bio Energie, une autre marque de la société carougeoise, est d’autant plus affectée qu’elle propose des biocarburants à partir d’huiles végétales usagées.

En juillet, la contribution anticipée au recyclage (CAR) sur les bouteilles de boisson en PET a dû être augmentée à cause des cours du brut. «Les bouteilles neuves sont devenues moins chères que les bouteilles recyclées, dont les ventes ne généraient plus assez de rentrées», justifie Jean-François Marty, responsable du bureau romand de PET Recycling Schweiz.

Tout le secteur est concerné, tant ses acteurs sont enchevêtrés, presque classés par spécialité. Serbeco broie par exemple du bois, des matières plastiques, que l’entreprise collecte auprès des collectivités, des industriels et des constructeurs quand elle ne les reçoit pas d’autres recycleurs. Une installation traite depuis l’an dernier les boues de forage, dont les matériaux extraits sont utiles pour créer du béton recyclé.

Recyclage en réseau

Chaque recycleur trie, sans tout traiter. En Suisse, les piles aboutissent en général chez Batrec, à Berne; le Sagex chez Swisspor, dans un centre ultramoderne de Châtel-Saint-Denis. Les capsules Nespresso? Envoyées dans des succursales du groupe lausannois Barec, alors que les composants électroniques finissent en général à l’étranger, dans des usines capables d’en extraire l’or, l’argent ou le palladium.

«Les décideurs doivent promouvoir le bien commun de notre planète, mis en danger par les bas prix des matières premières, ce qu’ils ne font pas assez. Or gouverner c’est prévoir», s’inquiète de son côté Jean-Paul Humair, président de Recycleurs de Genève. Dans le canton, quatorze sociétés sont membres de cette association, elles emploient en tout quelque 300 collaborateurs.

(TDG)

Créé: 21.08.2016, 21h12

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