Apco Technologies sur orbite avec Ariane 6

Industrie spatialeEngagée à Kourou et dans la mission Rosetta, la PME lémanique voit son horizon s’élargir grâce au lanceur de satellites européen

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Le feu vert début décembre au projet de la nouvelle fusée européenne Ariane 6 ouvre une nouvelle voie à l’industrie spatiale suisse. Dans son orbite, on trouve principalement Ruag, le groupe détenu par la Confédération, mais également Apco Technologies, un PME vaudoise basée à Aigle qui a une importante antenne sur la base de Kourou en Guyane française et qui se développe désormais dans la fabrication d’éléments de vol.

La Division des Affaires spatiales estime à près de 3% les retombées pour l’industrie suisse du programme Ariane 6 dont le budget global est de 4,3 milliards d’euros. Trois entreprises sont engagées directement dans la fabrication de la fusée: Ruag réalisera la coiffe, la société fribourgeoise Meggitt, anciennement Vibro-Meter, les capteurs de pression et de vibration du propulseur principal Vulcain, alors qu’Apco Technologies est chargée des cônes des fusées d’appoint, les booster en anglais.

«Ariane 6 est la consécration de tout notre développement dans les pièces de vol» se réjouit Aude Pugin Toker, directrice des finances et fille du patron André Pugin qui a fondé cette société familiale issue des Ateliers de constructions mécaniques de Vevey (ACMV) en 1992. Spécialisée dans les équipements de manutention au sol des engins spatiaux, Apco Technologies s’est lancé depuis une dizaine d’années dans la production d’éléments sur mesure intégrés sur des engins spatiaux.

La société faisait ainsi partie du voyage de la sonde spatiale Rosetta et de son robot Philae qui s’est posé sur la comète Tchouri en novembre. Elle a travaillé sur le spectromètre de masse Rosina, développé à l’Institut de physique de l’Université de Berne, qui est l’un des 11 instruments embarqués dans cette mission.

L’entreprise du Chablais, située non loin du Rhône, produit aussi maintenant des composants en séries. Ainsi elle va être occupée durant toute l’année 2015 avec la fabrication de 70 panneaux de structure des satellites météo de nouvelle génération MTG. Des panneaux composites à triple couches, dont elle s’est faite une spécialité, comprenant deux peaux en alu entourant une structure en nid d’abeille. Ceux-ci sont fabriqués en salles blanches, puis chauffé comme les panini dans un four géant (autoclave).

Le programme Ariane 6, qui sera lancé dès 2020, représente également une production en série puisque il est déjà prévu 10 à 12 vols du lanceur de satellites, ce dernier étant décliné en deux versions à deux ou quatre boosters. Apco, prévoit de réserver l’une de ses deux nouvelles halles, équipées de ponts roulants jusqu’à 23 mètres de haut, pour la fabrication des cônes. Entre 20 et 40 employés devraient être affectés à cette activité, lorsqu’elle battra son plein, selon Aude Pugin Toker.

Le groupe, qui compte 250 employés, dont 150 à Aigle, n’a cependant pas encore programmé d’engagements supplémentaire mais cette commande pourrait tout de même se traduire par une dizaine d’engagements. Une croissance des effectifs normale sachant que, depuis une dizaine d’années, ils augmentent de près de 15% en moyenne par an.

L’apport de la société, explique sa directrice, se situe principalement dans le travail d’ingénierie et de design des composants afin d’en réduire considérablement la masse et le poids tout en conservant leurs spécifications, notamment de résistance. Dans ses ateliers, elle ne fait en principe ni usinage ni soudage, mais l’assemblage ainsi que tous les tests requis dans l’industrie spatiale. Les cônes destinés à Ariane 6, constitués en partie de fibre de carbone, pèsent de 500 à 600 kg, font 4 mètres de haut et 3,50 m. de diamètre. L’enjeu pour le futur lanceur de satellites européen, rappelle-t-elle, est de rester aussi fiable technologiquement qu’Ariane 5, mais à un coût nettement moindre, afin de contrer la concurrence (voir encadré).

L’industriel vaudois participe à de nombreux autres projets spatiaux, comme le télescope James Webb, le plus puissant observatoire jamais déployé, qui sera lancé en 2018 et appelé à succéder à Hubble. La société a conçu un adaptateur de test de vibration, une pièce essentielle pour tester la résistance du télescope. Elle avait également développé le bouclier anti-micrométéorites et anti-débris spatiaux sur le cargo spatial européen Albert Einstein (ATV-4) qui s'est consumé en novembre 2013 lors de sa rentrée dans l'atmosphère.

Cette même année 2013, elle a réalisé pour la première fois une structure complète, la «carrosserie», d’un satellite (Sentinel 5 Precursor) destiné à un programme d’observation de la Terre (étude de la composition de l’atmosphère) . D’ici 2 à 3 ans, le satellite d'observation, Solar Orbiter, va emporter l’une de ses pièces maîtresse, un mécanisme de fermeture permettant de protéger les instruments de mesure dans les conditions thermiques extrêmes à l’approche du soleil.

Apco Technologies est la seule société suisse présente sur la base de lancement de Kourou, avec une quarantaine de collaborateurs. Elle est chargée des opérations de maintenance et de tests des satellites – avant l’envol - non seulement pour Ariane 5 mais aussi Vega et Soyouz. Elle fournit les engins de transport et les containers qui recèlent des satellites dont la valeur oscille 200 et 700 millions d’euros.

La firme vaudoise conçoit également des instruments scientifiques et des équipements spéciaux pour l’astronomie, notamment l’Observatoire de l’Université de Genève. Elle a ainsi construit la cuve à vide pour le spectromètre équipant un télescope des chasseurs d’exoplanètes. Reconnu pour la découverte de la première planète hors du système solaire en 1995, l’institut collabore avec l’ESA depuis les débuts de l’Europe spatiale en lui fournissant des instruments pour ses missions et en exploitant les données scientifiques.

Le domaine spatiale ne représente cependant qu’un tiers environ des affaires de l’entreprise. Un autre tiers est consacré au secteur nucléaire, principalement en France, où ses équipes basée à Chalon-sur-Saône (près de Beaune), se chargent des travaux de maintenance dans les centrales. Elle a conservé cette activité de l’époque des ACMV, alors que l’entreprise s’était spécialisé dans la construction de gigantesques ponts tournants, jusqu’à 320 tonnes, et d’équipements de levage automatisés. Apco travaille d’autre part sur le prototype de réacteur de fusion ITER, projet international qui doit voir le jour au sud de la France. Pour le reste de ses activités, Apco fabrique des équipements spéciaux pour l’industrie lourde, comme des installations de soudage et d’assemblages. Trois activités qui lui permettent de lisser les cycles conjoncturels. (TDG)

Créé: 26.12.2014, 19h21

Nouveau lanceur pour contrer les tirs low-cost

Aude Pugin Toker se félicite du choix européen, «assez ambitieux», porté sur Ariane 6. Elle souligne le rôle de la Suisse comme médiateur dans cette décision, elle qui copréside le Conseil ministériel de l’Agence spatiale européenne (ESA). Une agence qu’elle finance pour près de 150 millions de francs par an.

L’Allemagne a longtemps défendu l’idée d’une version modernisée d’Ariane 5, modèle certes fiable – avec 62 lancements réussis d’affilées au compteur – mais très onéreux. De plus, il nécessite le lancement simultané de deux satellites. Ce qui rend l’opération plus complexe selon la directrice. Or, est apparu récemment sur le marché un concurrent privé – mais soutenu par la NASA – très remuant: SpaceX, créée par le patron de Tesla, Elon Musk, le «low-cost» des tirs de satellites.

«Elon Musk a mis au point un lanceur très fiable et extrêmement concurrentiel car son prix est deux fois moins élevé que celui d’Ariane 5. L’Europe doit donc mettre au point un lanceur toujours aussi fiable, mais nettement moins cher», relève la dirigeante d’Apco. D’autant plus que SpaceX pourrait encore baisser ses prix d’ici les premiers vols d’Ariane 6 et que d’autres lanceurs sont sur les rangs. A commencer par Soyouz, qui vient de réussir le lancement de son nouveau modèle Angara A5. Le modèle plus léger avait eu besoin de deux essais cet été pour y parvenir. Mais d’autres nations, comme le Japon, l’Inde ou la Chine, pourraient, au-delà des missions scientifiques et militaires, entrer sur cet énorme marché commercial, notamment dans les domaines de la météo et des télécoms. L’Europe doit se battre s’il veut rester leader mondial.
J.-M. C.

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