Acrotec fédéralise la sous-traitance horlogère

Industrie de précision Quatre rachats de PME en trois mois. Acrotec sera l’un des exposants clef du Salon EPHJ-EPMT-SMT à Palexpo.

François Billig: «On fait face à un marché très difficile, suivant les clients les pièces commandées diminuent de –10% à –15% cette année.»

François Billig: «On fait face à un marché très difficile, suivant les clients les pièces commandées diminuent de –10% à –15% cette année.» Image: DR

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Il y a eu l’éclair de la chute des ventes en Asie, il y a dix-huit mois. Mais ce n’est que cette année que l’orage frappe les dizaines de PME fabriquant des pièces horlogères. La météo sera lourde à la 15e édition du Salon EPHJ-EPMT-SMT – l’événement annuel de l’industrie de haute précision – qui ouvre mardi à Palexpo.

«On fait face à un marché très difficile, suivant les clients les pièces commandées diminuent de –10% à –15% cette année», relate François Billig président d’Acrotec, l’un des plus importants exposants. Moins brutale que celle de 2009 – les commandes plongeaient de deux tiers – cette crise «sera plus longue», pronostique le cofondateur de cette galaxie de PME pesant 150 millions de chiffre d’affaires annuel.

La guerre des connecteurs

Oubliez le strass et les paillettes des salons horlogers ou la loupe de George Clooney. Faire une montre c’est travailler le métal à l’atelier, tenir la cadence des pièces, sentir l’huile des machines. Et, en sortant de l’atelier, affronter le vent aigrelet qui tombe, même au printemps, des crêtes du Jura. Racheté en 1998 par François Billig et trois associés, celui de Vardeco à Develier (JU) forme le point de départ de l’un des plus grands fournisseurs indépendants du secteur horloger. «En fait, on est entré dans la fabrication de pièces de précision de grande série suisse par la face nord – en rachetant une fabrique de composants électroniques», sourit François Billig. Le site produit aujourd’hui 1,4 milliard de pièces par an – connecteurs, petites broches et autres fiches. De la mondialisation toute crue: les concurrents de cette usine de 30 millions de ventes annuelles sont des multinationales comme Tyco ou Amphenol. Impitoyables, ses clients se nomment Samsung, Ericsson.

Accrochés à un radeau au sortir de la crise de l’électronique de 2001, François Billig et ses associés ont un objectif: se diversifier. «L’horlogerie utilise souvent les mêmes machines mais offre des marges un peu moins serrées – l’esthétique compte et le rythme de production est un peu plus lent», se souvient l’Alsacien de 57 ans. Dès 2006, ils parviennent à racheter le fabricant de pare-chocs pour montres KIF dans la vallée de Joux. STS, un plaqueur voisin d’une centaine de personnes, suivra peu après. En 2008 c’est au tour de Décovi à Vicques, l’un des deux producteurs d’une pièce stratégique – la masse oscillante, spécialité dominée par les frères Zürcher aux Bois. Puis du biennois Générale Ressorts, spécialiste des ressorts de barillet, le «moteur» de la montre.

Rachat en Haute-Savoie

Ces reprises se font au pire moment – la crise commence à frapper. Avantage, les grands groupes horlogers rentrent dans leur coquille. «On n’aurait jamais pu le faire sans cela», reconnaît le patron d’Acrotec. Il est en train de répliquer sa stratégie. L’envolée brutale de la valeur du franc face à l’euro le 15 janvier 2015 l’a incité à reprendre DJC en mars dernier, une société d’une cinquantaine de collaborateurs installée au cœur de la vallée du décolletage, en Haute-Savoie. «Avec leurs machines multibroches, DJC nous ouvre les portes des très grandes séries pour l’automobile; tout en offrant une planche de salut pour les pièces qui ne seraient plus rentables en Suisse», relate l’ancien responsable des robinets Hansgrohe en France.

L’artisan chaux-de-fonnier de pièces horlogères complexes Mu-Dec a été repris en mars dernier. Il y a dix jours c’était au tour du PreciPro, spécialiste de l’usinage de métaux précieux d’une vingtaine de collaborateurs au Locle. Au même moment était signé le rachat à Cortaillod du fabricant de machines-outils pour l’assemblage horloger Petitpierre, qui fait travailler une cinquantaine de personnes. Soutenu par les financiers parisiens de Quilvest – ils lui ont apporté 30 millions il y a quatre ans – Acrotec ne compte pas s’arrêter là. «Des entreprises artisanales disposant de décennies de savoir-faire mais n’ayant aucune chance de résister sans une automatisation complète viennent nous parler», reconnaît le responsable d’un groupe qui a réinvesti l’équivalent de 10% de son chiffre d’affaires dans ses machines.

Seul face à la Chine

Objectif? Rassembler assez d’activités pour répartir la production des pièces entre ses différents sites. Une stratégie «fédéraliste» basée sur le maintien en poste des responsables des PME reprises – et leur intégration au capital de la galaxie Acrotec. Résultat, l’ensemble emploie plus de 600 collaborateurs et a triplé son activité depuis 2009.

L’usine historique de la vallée de Delémont, dont les connecteurs sont essentiellement facturés en euros ou en dollars, continue d’affronter l’orage du franc fort. Pour éviter de licencier, Vardeco a décidé il y a un an de doper les cadences sur ses vieilles machines et de geler les salaires. «Un moindre mal pour des frontaliers qui ont vu leur pouvoir d’achat augmenté par cette appréciation», note leur patron. Plus de la moitié de ses employés viennent de communes françaises voisines – dans le coin, elles se nomment Sondersdorf ou Oberlag.

«La clef, c’est le rythme de production et la constance de la qualité», note l’ancien associé de KPMG. L’usine en bordure de forêt renvoie encore la balle face aux ateliers chinois. Avec des salaires suisses. Un petit exploit.

(TDG)

Créé: 12.06.2016, 21h32

Le salon en bref

Du 14 au 17 juin, l’industrie de la haute précision tient salon à Palexpo. Les sous-traitants de l’horlogerie et de la joaillerie côtoient les entreprises de microtechnologies et les techniques médicales. D’où l’acronyme – «EPHJ-EPMT-SMT» (sic) – qui affuble une manifestation qui a rassemblé 867 exposants et 20?000 visiteurs l’an dernier. La Suisse représente huit
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exposants sur dix. Des entreprises de douze pays sont cependant présentes, en particulier celles de la vallée du décolletage, en Haute-Savoie. P.-A.SA.

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