Psycho-rigides, obsessionnels, narcissiques: comment travailler avec eux

EmploiLes personnalités dites difficiles déconcertent patron et collègues, mais présentent des talents souvent mal exploités.

Yves Saint-Laurent. Le grand couturier français souffrait d’un trouble bipolaire, mais c’est en phase maniaque qu’il devenait un créateur exceptionnel.

Yves Saint-Laurent. Le grand couturier français souffrait d’un trouble bipolaire, mais c’est en phase maniaque qu’il devenait un créateur exceptionnel. Image: DR

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Le lieu de travail ressemble parfois à une micro-société dans laquelle on retrouve à peu près tous les caractères, toutes les mentalités, toutes les psychologies; du collègue le plus agréable, sociable et souple, au plus distant et rigide.

La seconde catégorie de collaborateurs peut représenter un élément perturbateur dans une équipe de travail, même sans être désagréable. Mais elle peut aussi receler d’intéressantes compétences utiles à l’entreprise. C’est ce que Annabelle Péclard, psychologue du travail et codirectrice du cabinet de consulting en ressources humaines Didisheim, basé à Lausanne, a expliqué lors d’une conférence faite au Salon RH, qui s’est tenu récemment à Palexpo, à Genève. Interview.

Dans un environnement professionnel, qu’entend-on par «personnalités difficiles»?
– Une personnalité difficile est quelqu’un qui agit de manière inadaptée, de façon récurrente et sans raison compréhensible ou visible (ce qui a un impact sur sa performance et ses relations) et qui est en souffrance. Nous avons tous des traits narcissiques, obsessionnels ou agressifs. Mais c’est leur accentuation, leur récurrence et leur intensité qui font atteindre un niveau pathologique.

Quel peut être l’impact d’un tel comportement sur le travail du collaborateur concerné et sur celui de ses collègues?
– Tout dépend du trait qui s’est rigidifié. Cela peut se traduire par de la confusion dans l’organisation de son emploi du temps, des difficultés de concentration, une lenteur dans les tâches à effectuer, une impatience vis-à-vis des collègues avec, au final, une perte de productivité. Les conséquences peuvent être dramatiques.

Un exemple concret?
– Prenons le cas d’une cliente, comptable de son état, que j’ai accompagnée dans le cadre d’un outplacement (ndlr: reclassement externe). Elle était très précise dans son travail. C’était un atout indéniable dans sa fonction. Cela lui a valu force reconnaissance de sa hiérarchie. Le problème, c’est que cette extrême précision est devenue obsessionnelle: cette comptable s’est mise à prendre de plus en plus de temps pour soigner les moindres détails. Les heures supplémentaires sont devenues ingérables. Ne parvenant plus à réaliser son travail dans le temps imparti, elle l’a pris à la maison où, avec son époux, également expert dans le domaine, ils ont tenté de rattraper le retard. Mais sa hiérarchie a tout découvert et l’a licenciée au motif d’avoir sorti du bureau des documents hautement confidentiels…

Pourquoi s’intéresser à ce type de personnalités?
– Je ne suis pas la seule à m’être penchée sur le sujet. D’autres psychologues et des DRH s’interrogent aussi. Divers livres et études ont également été publiés sur la question. Ces travailleurs présentent une ambivalence: leur comportement peut être perturbateur mais, en même temps, leurs traits de personnalités peuvent devenir des compétences professionnelles pointues. Par exemple: Yves Saint-Laurent souffrait d’un trouble bipolaire, mais c’est en phase maniaque qu’il devenait un créateur exceptionnel. Ces compétences peuvent être un vrai plus pour une entreprise. Et ce n’est pas négligeable, à l’heure de la pénurie de talents.

Cet intérêt est grandissant, selon vous. Est-ce à dire que le problème est davantage prégnant qu’auparavant dans le monde du travail?
– J’ai l’impression que oui. On constate que ce type de personnalités dites difficiles a tendance à se développer surtout en période de crise ou dans une situation de tension, car le stress contribue à la rigidification des traits de personnalités. Et on peut dire que le monde traverse une crise et que l’entreprise et le travail sont devenus plus stressants.

Vous estimez que, sauf cas extrêmes, il ne faut pas se séparer de ce genre de travailleurs, mais plutôt adopter une stratégie qui permet d’éviter qu’ils ne perturbent leur équipe tout en leur permettant de laisser éclore leurs compétences pour que l’entreprise en bénéficie… C’est un peu la quadrature du cercle, non? Quels conseils donner pour y arriver?
– En effet, il ne faut pas être angélique: certaines personnalités difficiles sont nuisibles et il faut parfois s’en protéger et s’en séparer. Avec les autres, il faut, d’abord, trouver un comportement adéquat: par exemple, avec un salarié narcissique, on éviter de trop le flatter pour éviter de conforter une telle attitude, tandis qu’avec un collaborateur à la personnalité évitante, on ne mènera pas avec lui de longs entretiens, ce qui l’épuiserait; il est donc nécessaire d’acquérir des connaissances sur le sujet des personnalités difficiles. Ensuite, le management doit être clair dans sa communication et ne pas entretenir le flou, car le flou entretient l’angoisse et le stress qui eux-mêmes entretiennent les personnalités difficiles. Enfin, au niveau de l’organisation, un changement de fonction peut s’avérer utile pour exploiter les richesses du profil narcissique en lui confiant un rôle de représentation. Pour reprendre le cas de cette malheureuse comptable que je viens d’évoquer: je soutiens que sa personnalité obsessionnelle aurait pu être cadrée par sa hiérarchie (je dis bien «cadrée» et non pas «soignée»), cela aurait permis à cette employée de conserver son poste et à son entreprise de conserver une collaboratrice compétente.

Créé: 22.10.2014, 10h13

Articles en relation

Comment trouver un job provisoire en moins de 4 heures?

Emploi A l'aide d'une application et de messages Push, une société basée entre Lausanne et Zurich offre la possibilité de dégotter le bon profil en un temps record. Plus...

Le surmenage coûte plus de 5 milliards par an

Travail L'épuisement et le stress excessif sur le lieu de travail coûtent environ 5,6 milliards de francs par an aux entreprises. Plus...

«Notre rapport au travail a profondément changé »

Genève internationale La financiarisation et les nouvelles technologies sont en train de refaçonner le monde de l’entreprise dit un expert de l’OIT. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Budget 2020: 590 mio de déficit prévus
Plus...